

Le vent et la tempête
De Jerome Lawrence et de Robert E. Lee, Etats-Unis, 1955.
Traduction de: Michel Dumont et Marc Grégoire.
Mise en scène de:Monique Duceppe.
À l'affiche: du 10 avril au 18 mai 2002 au théâtre
Jean-Duceppe.
Distribution: Michel Dumont, Benoit Girard, Antoine
Durand, Germain Houde, Marie-Chantal Perron, Serge Postigo, Patrick Bélanger,
Jean-Pierre Chartrand, Michel Daigle, Jean Deschênes, Pierre Gendron, Vincent
Rioux, Monique Joly, Marc Legault, Esther Lewis, Danièle Lorain, Jean Ricard,
Luc Roy, François Tassé, Jean-Guy Viau, Gilles Cazabon, Lise Martin, Daniel
Roy, Mélanie Roy et Catherine Ruel.
Inherit the Wind (Le vent et la tempête) est une pièce d'abord créée en 1955. Relatant l'histoire vécue de John Scopes, un jeune professeur de sciences naturelles ayant enseigné, en 1925, la théorie évolutionniste de Charles Darwin sans l'avis de ses patrons. Toute la petite communauté, s'appuyant sur la Genèse, tente d'inculper le jeune enseignant. Qui gagnera, la liberté ou le pouvoir?
"Qui sème le vent en sa maison récoltera la tempête", peut-on lire dans les Saintes Écritures; qui cherche à prouver la vérité doit entendre la réalité. Selon les créationnistes, notre univers n'aurait que six mille ans. Entre les différents habitants de Hillsboro, la petite ville où se trame la pièce, s'engagera un procès fort intéressant sur la liberté de penser entre le bibliste adulé, incarné par Benoît Girard, et l'avocat réputé, joué par Michel Dumont.
Si on l'a appelé à l'époque le "Procès du singe", cette histoire est à quelques détails près criante d'actualité, à l'ère des Sommets des multinationales: il faut ajouter qu'actuellement, dans certains états comme l'Ohio ou même New York, on songe encore à abolir cet enseignement...Fort connue chez nos voisins du Sud, la pièce a fait l'objet d'un film en 1960 (et bientôt peut-être un "remake" par Brian de Palma) et plus récemment d'une série télévisée, sans compter les représentations dont jouit encore la pièce de théâtre à Broadway.
Entre les éclats des personnages qui cherchent à tirer leur pion du jeu, que ce soit le jeune journaliste cynique incarné par Serge Postigo, le pasteur désespéré et fort coloré offert par Germain Houde ou l'étonnant Benoît Girard en bibliste furieux, ces derniers s'éclipsent dès l'entrée en scène de l'avocat du jeune professeur, joué par Michel Dumont. "Il faut être très intelligent pour dire: Je ne sais pas", dira celui-ci à propos des enjeux du procès. Personnage colossal s'il en est, cet avocat joué par Dumont domine en menant de front force de conviction, arrogance et subtilité jusqu'à la fin du procès. Un jeu serré qui rejaillit d'ailleurs sur l'ensemble de la distribution fort nombreuse de la communauté, un peu mal servie par une scénographie figée en deux décors restreints. Si le temps, comme les convictions, est un fil tenu fermement entre les mains de cette société fermée, il est dommage, de plus, que la performance plus nuancée de l'amoureuse du professeur (Marie-Chantale Perron) s'embourbe dans un jeu dont les émotions arrivent trop vite durant le procès, et dont le jeune professeur (joué par Antoine Durand), ne semble trop savoir que faire, éberlué par l'ampleur que prendra la situation.
Une belle pièce, toutefois, une réflexion intéressante, qui, même s'il est encore actuelle, gagnerait à ne retenir que l'essentiel du jeu, et à en éliminer la rigidité de la mise en scène où le temps et les discours défilent à toute vitesse (comme à notre époque malheureusement). Et qui, pour conclure, aurait favorisé ces personnages aux réflexions aussi existentielles que pertinentes.
Sandra Fillion
Club Culture