Montréal , le 1 mars 2001

 

Titanica, la robe des grands combats, Edmund C. Asher, Londres, 1968 : De Sébastien Harrisson. Mise en scène de René Richard Cyr. Avec Andrée Lachapelle, James Hyndman, Gérard Poirier, Dominique Quesnel, Frédérique Collin, Violette Chauveau, Stéphane Simard, Évelyne Rompré, Yves Amyot, Benoît Mc Ginnis, ainsi que Xavier Lamoureux, Frédéric Bélanger, Jean-Sébastien Lavoie, Pascal Patenaude et Marie-Hélène Racicot.  Scénographie de Gabriel Tsampalieros, costumes de Marie-Pierre Fleury, éclairages de Martin Labrecque, musique de Georges William Scott, maquillages de Angelo Barsetti et assistance à la mise en scène et régie de Nicolas Rollin. Au Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 17 novembre 2001.

 

 

 

 

Sur le dock King Edward II à Londres vivent des être hétéroclites et torturés : tout d’abord Titanica, une œuvre vivante créée en 1968 par le grand artiste Edmund C. Asher. Avec lui, des squatters, dont Isadora, en quelque sorte la reine du dock, qui pleure la mort de son frère, D .J. Lewis. Quant à elle, la vraie reine d’Angleterre, Virginia 1ere, reçoit des lettres érotiques anonymes d’un jeune homme, et travaille avec ses assistants à l’envoi d’une cargaison de fleurs vers l’Argentine, cargaison qui se trouve au même endroit qui abrite ces marginaux. Le dock se voit aussi habité par les fantômes de l’homme qui lui a valu son nom, King Edward II, ainsi que celui de sa femme, la Reine Isabelle, décédée au 14eme siècle, mais dont les âmes torturées par le fait que cette dernière a tué son mari ayant à l’époque un amant, n’ont pas encore pris leur envol…

 

 Pas facile de suivre cette fresque chargée, autant au niveau de la quantité de  personnages que de leurs histoires personnelles, qui nous amènent dans tous les sens. L’idée de départ peut sembler intrigante. Mais son développement, pour maintenir le spectateur accroché et concerné par tous ces destins torturés, s’avérait un immense défi que l’auteur n’a pas vraiment réussi à relever. On peut, certes, saluer l’imagination sans bornes de cette première pièce écrite par Sébastien Harrisson, jeune auteur dont le Théâtre d’Aujourd’hui avait déjà présenté la pièce Floes la saison dernière, mais on ne peut faire abstraction de ses failles. Le texte, écrit de façon pompeuse en plusieurs passages et souvent déclamé à la façon d’un texte de tragédie, nous touche peu, et est trop touffu. Une certaine cohésion manque dans toute cette cohue.

 

 Dans l’ensemble les acteurs, dont plusieurs sont de grands noms de notre monde théâtral, campent bien leurs personnages, mais René Richard Cyr n’a pu pousser la définition de plusieurs personnages, car souvent une imposante distribution ne permet pas d’aller en profondeur, tout comme l’écriture théâtrale elle-même ne peut fouiller ses sujets quand ils sont trop nombreux. C’est ici le cas. Il est difficile de comprendre que René Richard Cyr, qui est non seulement metteur en scène mais aussi le directeur artistique du Théâtre d’Aujourd’hui, aie pris le risque de mettre à l’affiche cette pièce  pour démarrer sa saison. Peut-être a-t-il vu dans cette œuvre des qualités qu’il ne lui a, malheureusement, pas été possible de transmettre au public.

 

 Dommage car le décor imposant mais très sobre, les impressionnants maquillages, les costumes très typés et les éclairages tamisés nous situent très bien dans cette atmosphère un peu inquiétante et jouant sur deux niveaux : le monde des parvenus et celui des déchus. Pour ces éléments, ainsi que la possibilité de voir sur scène plusieurs acteurs de talent, le détour peut s’avérer intéressant.

 

Pascale Canicchio

Club Culture