RIEN À VOIR AVEC LES ROSSIGNOLS

de Tennessee Williams

(1ère mondiale en français)

Théâtre Jean Duceppe, Place des Arts

du 25 octobre au 2 décembre 2000

Mise en scène : Serge Denoncourt

Traduction : Michel Tremblay

Rôles principaux : Normand D’Amour……... Canari Jim

: Michel Dumont…………. Boss Whalen

: Germain Houde………….. Butch O’Fallon

: Marie-France Lambert…... Eva Crane

 

Nous sommes à la fin de l’été 1938 , dans une prison de Pennsylvanie. Vingt-cinq prisonniers récalcitrants ont été enfermés dans une cellule surchauffée à la vapeur. Le lendemain, on découvre quatre cadavres… Le scandale éclate. Les politiciens l’étouffent. Le silence se fait.

Un jeune écrivain de 27 ans, indigné par ce massacre, écrit alors une pièce qu’il dédie " à la mémoire des quatre hommes morts sous la torture dans une prison américaine en août 1938 ". Ce jeune écrivain, qui signait pour la première fois de son nom de plume Tennessee Williams, allait devenir l’un des dramaturges les plus célèbres du monde. Son manuscrit fut refusé et la pièce ne fut jamais jouée de son vivant. Ce n’est que soixante ans plus tard, en 1998, que le manuscrit de Not about Nightingales fût sorti des archives et que la pièce fut produite pour la première fois.

Il en avait parlé en ces termes dans un texte publié en 1957 : " …ma quatrième longue pièce, que je considère la meilleure de toutes. (…) Je n’ai jamais rien écrit depuis qui puisse s’y comparer en termes de violence et d’horreur ".

En tant que spectateur, chez Duceppe, on ressent parfaitement la violence et l’horreur. La traduction de Michel Tremblay, ni français international d’intellectuel, ni " joual " du Plateau, nous emmène vraiment au cœur de cette Amérique dure qui cultive la violence et le pouvoir, et qui est plus près de nous qu’on ne veut bien le croire parfois.

C'est une production magnifique et de haut niveau. La mise en scène de Serge Denoncourt, puissante et sobre; le décor surprenant d’échauffaudages métalliques et d’immenses grilles coulissantes; les éclairages qui jouent entre l’ombre et la lumière; l’environnement sonore créé par les cris, les bruits de pas et de détonations; le jeu superbe des comédiens : tout contribue à nous faire ressentir l’ étouffement, l’indignation et le désir d’évasion et de liberté des personnages. J’ai même senti le besoin de respirer un grand coup en sortant…

Renée Grégoire

(pour Club-Culture)