Montréal , le 1 mars 2001

 

Les oubliettes du coeur :

 

De Michoue Sylvain. Mise en scène de Voxtrot et Yves Dagenais. Avec Charmaine Leblanc, Christophe Rapin et Michoue Sylvain. Au Théâtre La Chapelle du 31 janvier au 10 février 2002. 

 

 

Bill et Boquet sont frère et sœur, mais aussi différents qu’il soit possible de l’être : lui compulsant à l’adrénaline et à la productivité, alors qu’elle vit de façon recluse et au gré du temps et de ses humeurs. Depuis la mort de leurs parents sept ans plus tôt, ils ont coupé tout contact. Une malle, héritage d’une tante resté au fond d’une cale pendant des années, surgira dans leurs vies et les obligera à confronter à nouveau leurs différences. Les souvenirs et les blessures reliés à la famille, occultés pendant tout ce temps, referont surface et les obligeront aussi à se confronter à eux-mêmes et à ce qu’ils sont devenus.

 

Beau spectacle où la musique rejoint la parole, et où on oscille avec bonheur entre humour, parodie et profondeur. Le texte signé par Michoue Sylvain nous plonge dans un univers où les gens sont typés et les situations parfois extrêmes. Mais le tout est bien nuancé par les rythmes et sonorités variés et la voix chaleureuse de Charmaine Leblanc qui effectue un beau travail en incarnant plus ou moins la conscience témoin des retrouvailles et des vies si opposées de ces deux êtres issus d’une famille disfonctionnelle.

 

Les thèmes du conformisme, de la tolérance à l’autre et de l’incommunicabilité y sont bien dépeints. Les deux comédiens sur scène passent avec une aisance surprenante de leurs personnages respectifs de Bill et Boquet à d’autres personnages tout aussi exaltés et survoltés avec force détails et énergie, au fil des souvenirs et des situations évoqués. Leur composition gestuelle et de légers accessoires leur suffisant à passer efficacement d’un personnage à l’autre, on se rend donc compte rapidement qu’on a ici affaire à un duo d’excellents interprètes.

 

À part la finale qui nous laisse plutôt perplexe parce que pas très claire, on s’amuse et on ressort de ce spectacle avec une belle réflexion : la forte impression de devoir laisser cours à un peu plus de folie dans sa vie au détriment de toute cette pression infligée par notre société de performance. N’est-ce pas un beau message?

 

 

Pascale Canicchio

Club Culture