<b><h2>La ménagerie de verre </b></h2>

La ménagerie de verre

 

Texte de Tennessee Williams, traduction de René Gingras.

 

Mise en scène de Françoise Faucher.

Distribution : Louise Marleau, Évelyne Rompré, David Savard et Sébastien Delorme.


Au Théâtre Jean-Duceppe de la Place des Arts. Du 10 septembre au 18 octobre 2003.

 

Dans un logement de Saint-Louis au Missouri habitent une ancienne reine de beauté du Sud des Etats-Unis, Amanda, et ses deux enfants, Laura et Tom. Sa fille handicapée est timide et fragile comme les figurines de verre qu’elle astique et observe sans arrêt, et son fils qui travaille dans une usine de chaussures afin de subvenir aux besoins de la famille ne rêve que de connaître le monde et de prendre le large, tout comme l’avait fait son père qui un jour les a abandonnés. Sous l’insistance de sa mère, ce dernier se décidera à amener dîner un de ses confrères de travail afin de le présenter à sa sœur dont le peu de possibilités d’avenir inquiète sa mère. Ce beau jeune homme répondant au nom de Jim est nul autre qu’un garçon que Laura connut à l’école et dont elle était tombée amoureuse alors que ce dernier lui avait donné le surnom affectueux de Rose Bleue. Son bref passage dans cette demeure changera le cours des choses…

 

Cette histoire connue depuis longtemps est toujours aussi puissamment cruelle par sa nostalgie et le fatalisme qu’elle décrit. On ne peut que compatir devant le drame de cette famille. Tout d’abord pour le personnage de la fille qui ne semble destinée à rien dans la vie, se laissant porter par le fil des jours sans sembler pouvoir aspirer à quoi que ce soit d’autre que d’admirer et polir ses animaux de verre. Mais aussi pour celui de la mère, une femme qui a autrefois connu popularité et beauté, et qui regrette sa vie d’antan, ce moment où tous les hommes la voulaient pour femme alors qu’elle a choisi celui qui allait un jour l’abandonner à une existence pauvre et sans éclat. Mais, malheureusement, la mise en scène de Françoise Faucher manque elle aussi d’éclat. Elle semble avoir bien dirigé les acteurs car chacun offre une belle performance, très crédible, mais tout de même un peu trop sage, sans grand relief. Une actrice de la trempe de Louise Marleau aurait sûrement pu donner toute l’exubérance et la douleur de cette femme dont le quotidien ne correspond pas à ses aspirations, et dont l’impossibilité de sa fille à s’intégrer à la société constitue une obsession.

 

Par contre, cette façon d’axer le jeu sur les nuances sert bien Évelyne Rompré qui, dans le rôle de la fille mésadaptée et repliée sur elle-même est tout en demi-tons et en retenue, nous offrant toute la fragilité du personnage. David Savard rend aussi bien le désabusement de son personnage qui ne vit qu’entre parenthèses étouffé entre la pression que lui met sur les épaules une mère qui en veut beaucoup, et un emploi qu’il déteste. Mais encore là, on aurait pu sentir encore plus la fougue du personnage, même retenue, comme une braise cachée au regard des autres mais qui est toujours là. Finalement, Sébastien Delorme est charmant à souhait dans son rôle du jeune homme qui travaille à se développer afin de sortir de cette usine de chaussures et tente de donner un peu de son assurance à la pauvre Laura, ne serait-ce qu’à travers sa courte visite dans cette famille.

 

Le décor est très réaliste et efficace, mais encore là trop prévisible. La musique très belle et mélancolique de Catherine Gadouas ajoute au dramatique de cette histoire. Bref, une production très bien montée, qui demeure intéressante et qui nous permet de renouer avec un des grands textes de la dramaturgie de XXième siècle, mais qui manque un peu de surprise et de passion pour nous emporter totalement dans le tourbillon d’émotions qui sous-tend le texte.

 

Pascale Canicchio

Club Culture