La ménagerie de verre
Texte de
Tennessee Williams, traduction de René Gingras.
Mise en
scène de Françoise Faucher.
Distribution :
Louise Marleau, Évelyne Rompré, David Savard et Sébastien Delorme.
Dans un
logement de Saint-Louis au Missouri habitent une ancienne reine de beauté du
Sud des Etats-Unis, Amanda, et
ses deux enfants, Laura et Tom. Sa fille handicapée est timide et fragile comme
les figurines de verre qu’elle astique et observe sans arrêt, et son fils qui
travaille dans une usine de chaussures afin de subvenir aux besoins de la
famille ne rêve que de connaître le monde et de prendre le large, tout comme
l’avait fait son père qui un jour les a abandonnés. Sous l’insistance de sa
mère, ce dernier se décidera à amener dîner un de ses confrères de travail afin
de le présenter à sa sœur dont le peu de possibilités d’avenir inquiète sa
mère. Ce beau jeune homme répondant au nom de Jim est nul autre qu’un garçon
que Laura connut à l’école et dont elle était tombée amoureuse alors que ce
dernier lui avait donné le surnom affectueux de Rose Bleue. Son bref passage
dans cette demeure changera le cours des choses…
Cette
histoire connue depuis longtemps est toujours aussi puissamment cruelle par sa
nostalgie et le fatalisme qu’elle décrit. On ne peut que compatir devant le
drame de cette famille. Tout d’abord pour le personnage de la fille qui ne
semble destinée à rien dans la vie, se laissant porter par le fil des jours sans
sembler pouvoir aspirer à quoi que ce soit d’autre que d’admirer et polir ses
animaux de verre. Mais aussi pour celui de la mère, une femme qui a autrefois
connu popularité et beauté, et qui regrette sa vie d’antan, ce moment où tous
les hommes la voulaient pour femme alors qu’elle a choisi celui qui allait un
jour l’abandonner à une existence pauvre et sans éclat. Mais, malheureusement,
la mise en scène de Françoise Faucher manque elle aussi d’éclat. Elle semble
avoir bien dirigé les acteurs car chacun offre une belle performance, très
crédible, mais tout de même un peu trop sage, sans grand relief. Une actrice de
la trempe de Louise Marleau aurait sûrement pu donner toute l’exubérance et la
douleur de cette femme dont le quotidien ne correspond pas à ses aspirations,
et dont l’impossibilité de sa fille à s’intégrer à la société constitue une
obsession.
Par contre,
cette façon d’axer le jeu sur les nuances sert bien Évelyne Rompré qui, dans le
rôle de la fille mésadaptée et repliée sur elle-même est tout en demi-tons et
en retenue, nous offrant toute la fragilité du personnage. David Savard rend
aussi bien le désabusement de son personnage qui ne vit qu’entre parenthèses
étouffé entre la pression que lui met sur les épaules une mère qui en veut
beaucoup, et un emploi qu’il déteste. Mais encore là, on aurait pu sentir
encore plus la fougue du personnage, même retenue, comme une braise cachée au
regard des autres mais qui est toujours là. Finalement, Sébastien Delorme est
charmant à souhait dans son rôle du jeune homme qui travaille à se développer
afin de sortir de cette usine de chaussures et tente de donner un peu de son
assurance à la pauvre Laura, ne serait-ce qu’à travers sa courte visite dans
cette famille.
Le décor est
très réaliste et efficace, mais encore là trop prévisible. La musique très
belle et mélancolique de Catherine Gadouas ajoute au dramatique de cette
histoire. Bref, une production très bien montée, qui demeure intéressante et
qui nous permet de renouer avec un des grands textes de la dramaturgie de
XXième siècle, mais qui manque un peu de surprise et de passion pour nous
emporter totalement dans le tourbillon d’émotions qui sous-tend le texte.
Pascale
Canicchio
Club Culture