Salut Luc et Francine

 

L’Avare : De Molière, mise en scène de Alice Ronfard. Avec :Pierre Coli, Linda Sorgini, Henri Chassé, Gabriel Sabourin, Maxime Denommé, Jacques Girard, Jacques Lavallée, Catherine Florent, Geoffrey Gaquere, Jacinthe Laguë et Marcel Pomerlo. AU TNM jusqu’au 25 octobre 2001.

 

 

Pour célébrer son 50ième anniversaire, le TNM renoue avec son passé : à l’automne 1951, les fondateurs du théâtre présentaient ce même chef-d’œuvre de Molière afin de se faire connaître. Autrefois tenu par Jean Gascon, qui signait aussi la mise en scène, le rôle titre est cette fois-ci défendu par Pierre Colin. Rôle difficile, s’il en est un, puisque la tâche lui incombe de rendre un peu d’humanité à cet être complètement obsédé par son argent et sourd aux préoccupations de ceux qui l’entourent. En effet, Harpagon, veuf âgé qui vit avec son fils et sa fille leur impose un train de vie des plus austère, prétextant la pauvreté, alors qu’il est de notoriété publique qu’il est extrêmement riche mais aussi extrêmement… avare! Son avarice le poussera même à vouloir à tout prix marier sa fille à un vieil homme et son fils à une veuve sous prétexte que ces « transactions » lui seraient avantageuses financièrement. Mais, c’était sans compter le fait que ses enfants sont déjà  amoureux et bien déterminés à aller au bout de leurs sentiments…

 

Avec ce rôle ambitieux, Pierre Colin prouve qu’il est vraiment au sommet de son art! En effet, avec une présence scénique imposante aussi bien par sa durée que par la force de son interprétation, il nous époustoufle, nous faisant passer par toute une gamme d’émotions, lui qui nous montre de multiples facettes de ce personnages qui, pourtant, peut facilement être joué de façon monocorde. Il lui insuffle par moments une fragilité et une bonhomie qui, l’instant d’après, se transforment en furie.  Donc, une grande performance pour Pierre Colin. Il est également très bien entouré, chacun rendant hommage à son personnage, dont entre autres, Gabriel Sabourin en jeune premier fougueux et chevaleresque, Henri Chassé très juste en valet à l’allure décontractée doublée d’une intelligence indéniable, Linda Sorgini en grande forme en entremetteuse dégourdie et Jacques Girard, clownesque à souhait dans le rôle du cuisinier-laquais gaffeur.

La scénographie dépouillée au maximum possède une touche d’austérité qui sied bien au propos et à l’esprit du personnage principal, dans la maison duquel l’action se déroule d’ailleurs. En effet : pour tout décor, nous avons une grande porte d’arche au centre, au fond de la scène, des miroirs horizontaux de chaque côté avant de la scène, dans lesquels se reflètent les personnages et leurs déplacements, et finalement, un siège sur roulettes, genre de banc d’église qu’on déplace de part et d’autre de la scène au besoin. Et malgré tout, rien ne manque.

 

 Les costumes d’époque sont évidemment somptueux, mais en plus teintés d’une touche contemporaine.  Les éclairages semblent discrets mais en fait, ils sont très présents, complétant astucieusement les émotions véhiculées sur scène. Une très belle mise en scène d’Alice Ronfard, à qui on avait confié la lourde tâche d’ouvrir cette saison anniversaire par un spectacle très symbolique, chargé de nombreux souvenirs. Grâce à l’intelligence et au modernisme qu’elle a su lui insuffler, son Avare est une pure réussite : on en redécouvre toute l’actualité en cette ère du mercantilisme et du « chacun pour soi », et c’est avec élégance et brio qu’elle a relevé ce défi de taille.

 

Pascale Canicchio

Club Culture