

Jean et Béatrice
De Carole Fréchette.
Mise en scène de Mauricio Garcia Lozano.
Avec Marie-France Lambert et Normand D’Amour. Au Théâtre d’Aujourd’hui, du 12 mars au 6 avril 2002.
Habitant au 33e étage d’un immeuble vide, une jeune femme seule a posé des affiches dans la ville pour trouver quelque chose de bien précis pour combler sa vie : un homme qui pourra l’intéresser, l’émouvoir et la séduire. Celle qui se décrit aussi comme une jeune héritière promet une récompense substantielle à celui qui réussira là où tous les autres ont échoué auparavant. Jean, un chasseur de primes, se présentera, sûr de pouvoir y arriver. S’ensuivra une joute où chacun veut tirer son épingle du jeu, mais doit se rendre aussi à l’évidence qu’il est impossible de jouer cette partie sans y mettre vraiment de soi et que l’autre découvre un peu de ce qu’on est au fond.
Ce texte que Carole Fréchette a mis tant de temps à finaliser est bien écrit et fait l’autopsie de plusieurs états d’âme masculins et féminins, mais surtout, de la difficulté à communiquer entre les humains, thème cher à son œuvre théâtrale en général.
Pleine d’humour, mais avec ses touches de profondeur, cette pièce est défendue par deux excellents comédiens. Marie-France Lambert interprète un personnage de femme-enfant qui ment pour se rendre intéressante, mais qui se révélera tout autre que ce qu’elle veut bien montrer d’elle-même. Elle livre ici une solide interprétation, à la fois ludique et touchante, par les jeux que joue son personnage derrière lesquels se cachent sa solitude et son extrême besoin d’amour.
Normand D’amour est comme toujours très crédible dans ce rôle d’homme qui utilise son charme et son pouvoir de conviction dans un but mercantile et tente de rester en contrôle de lui-même et de la situation. Tous les rouages de la rencontre entre deux êtres qui ne visent pas la même chose et arrivent à ce rendez-vous déjà remplis de prémisses reliés à leur passé respectif, sont mis en perspective. La scénographie minimaliste, mais qui nous réserve quelques belles surprises, et la mise en scène toute simple, servent bien ce texte subtil et plein de charme d’une auteure de chez-nous dont on comprend bien pourquoi elle est de plus en plus jouée à travers le monde.
Pascale Canicchio
Club Culture