Photo: Yannick Mcdonald Montréal , le 1 mars 2001

 

Le Goûteur :

 

De Geneviève Billette.

Mise en scène de Claude Poissant.

Avec Annick Bergeron, Violette Chauveau, Patrice Coquereau, Robert Lalonde, Benoît Mc Ginnis et Hélène Mercier. À la salle du Théâtre Espace Go, du 5 au 30 mars 2002. 

 

Nils, un jeune homme de 15 ans à la papille parfaite qui a l’habitude de goûter tout ce qu’il découvre de nouveau sur son passage, devient stagiaire pour la compagnie Odibé, fabricant de puces électroniques. Grâce à son don, il réussira à devenir un employé original mais plus performant que tous les autres. Du coup, par son approche très sensorielle du monde, il sèmera le doute dans l’esprit des employés de la compagnie devenue aseptisée depuis l’arrivée de Sheïla à la présidence de la compagnie, laquelle avait interdit tout accès à l’art et aux émotions.

 

 

Objet théâtral hors du commun, Le Goûteur est à l’image du personnage dont il tire son titre : à la fois fougueux et surréaliste. Effectivement, l’approche que favorise l’auteure Geneviève Billette met une espèce de folie dans ce spectacle qui est tout sauf réaliste. Il y a de l’humour dont se dégage une réflexion sur notre monde de productivité, de bureaucratie terne et de superficialité des rapports entre les humains, dont quelques-uns sont ici déshumanisés. À travers sa loupe, elle grossit et dissèque les travers de la société d’aujourd’hui, et salue ses quelques dissidents qui aident à redonner un peu de chaleur au monde… quand ils ne se laissent pas prendre au piège de l’ambition, dilemme qui plane d’ailleurs sur le personnage de Nils.

 

L’usage coloré et imagé de la langue que nous offre l’auteure est assez exceptionnel : on sent dans son écriture l’amour des mots et le plaisir qu’elle tire à user d’un vocabulaire riche et varié qu’elle triture dans tous les sens.

 

Les interprètes se prêtent très bien au jeu, semblant tous à l’aise de nous transmettre ce texte dans cet univers éclaté. Leur aisance a sûrement été facilitée grâce au travail du metteur en scène Claude Poissant habitué au style de Geneviève Billette dont il signe ici la mise en scène d’un deuxième texte. On a donc droit à quelques scènes assez réussies et à des performances toutes très intéressantes, allant de « l’employé modèle qui veut dépasser tout le monde mais se dit lui-même trop moyen », à l’amant âgé et éploré qui ne rêve que d’aller retrouver son amoureuse morte 15 ans plus tôt, etc. Des personnages fascinants, donc. La scénographie dépouillée mais très « bureau sans âme» est on ne peut plus efficace, et recèle même quelques trouvailles intéressantes. La mise en scène en tire d’ailleurs très bien parti. Un spectacle réussi dans son genre, dénonciateur mais amusant, original et à la langue bien tournée!

 

 

Pascale Canicchio

 

Club Culture