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Que se passe-t-il lorsqu'un crime commis contre une femme se transforme en un crime racial ? Sur les planches, cela donne un pot-pourri teinté d'humour, d'une sensibilité extrême et de réflexions hautement pertinentes. Des mots qui qualifient aussi L'Affaire Farhadi.
Magouilles politiques, manipulation, violence domestique, racisme et enfin multiculturalisme... Montréal, ville aux multiples facettes, est un des parfaits exemples pour s'insérer dans le contexte.
Shapoor Farhadi, jeune immigrant iranien, a lâchement pris pour habitude de battre sa femme. Elle, c'est Shazia, fille d'immigrants indiens installés à Montréal, qui décide de porter plainte en étouffant un certain regret, semble-t-il. La police intervient. Rose-Marie, travailleuse sociale d'origine haïtienne, décide de défendre la jeune femme. Quant à M.Moolchand, lui, est indo-canadien et milite contre le racisme tout en ayant surtout des ambitions politiques. Celui-ci provoque alors une enquête pour démontrer que Farhadi a été victime d'un complot raciste. Les médias s'emparent de l'affaire, le président de la Fraternité des policiers intervient, les politiciens ont aussi leur mot à dire...Et l'affaire s'embrouille. Le sexisme se mêle au racisme et c'est alors à ce moment précis que notre capacité de jugement est ébranlée.
Sur fond de conflits interculturels et d'interrogations sur les mystérieuses contradictions de l'être humain, Rahul Varma lance plusieurs pistes de réflexions. Son oeuvre parle avant tout de multiculturalisme, mais elle rassemble surtout des causes progressistes en les opposant, créant ainsi un méli-mélo qui reflète pertinemment notre société actuelle.
La vérité saute aux yeux, et pourtant il fallait le rappeler ; les individus, ardents défenseurs emplis de bons sentiments, peuvent aussi manipuler leurs idéologies dans leur propre interêt.
L'affaire n'amène alors pas de solution et ne peut donc prétendre à aucun didactisme. Pas d'issue, ni de réconfort ...cela va dans la nature des choses ou, pourrait-on dire, des lois qui régissent notre société.
La structure narrative et complexe de la pièce crée une dynamique où règne la tension entre les personnages. Ils accèdent aux portes, qu'on semble leur ouvrir, cependant encore faudrait-il trouver les clefs. Analogie entre des personnages de cultures et d'origines différentes et l'éclatement de notre système où se perdent les illusions ?
Fondé en 1981 par Rahul Varma, directeur artistique et auteur de L'Affaire Farhadi, le Teesri Duniya Theatre (le Théâtre du Tiers-Monde en hindoustani), a pour mandat de donner une voix à la diversité culturelle et au brassage multi-ethnique. Elle l'explore ainsi comme une caractéristique fondamentale des sociétés canadiennes et québécoises.
L' Affaire Farhadi est aussi d'une précieuse rareté. Non seulement par la richesse de son scénario, le talent de ses acteurs, mais également par le fait qu'elle est la première production de la compagnie en langue francaise. Objectif brillamment relevé par R.Varma, celui de passer outre les ponts culturels et de se produire ainsi dans le répertoire francophone.
L'oeuvre de R.Varma rappelle les bons vieux jours, au temps où le théâtre avait la vocation de pouvoir changer l'ordre des choses.
Production de la compagnie en langue francaise. Objectif brillamment relevé par R.Varma, celui de passer outre les ponts culturels et de se produire ainsi dans le répertoire francophone.
L'oeuvre de R.Varma rappelle les bons vieux jours, au temps où le théâtre avait la vocation de pouvoir changer l'ordre des choses.
Distribution : Micheline Dahlander (Shazia), Cas Anvar (Shapoor), Mireille Métellus (Rose-Marie), Jean-Guy Bouchard (Guy Godbout), Michel Daigle (Gilles Perreault), Prasun Lala (Moolchand), Ivan Smith (Murad Rizvi), Ranjana Jha (Shafiqa Rizvi).
Hélène Chauvin
Club-Culture
16.03.99
