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Le chant du Dire-Dire


pièce de Daniel Danis
mise en scène de René Richard Cyr
avec François Papineau, Stéphane Simard, Pascal Contamine, Kathleen Fortin

Espace GO
du 28 avril au 30 mai 1998 à 20 h

L’argument

Après la tempête de tonnerre, d’éclairs, de vent et de pluie qui s’est abattue sur la maison des Durant et pendant laquelle les parents sont morts, trois frères ont appris à vivre comme des chats siamois, très près les uns des autres, en osmose. Le retour de leur soeur Noéma, la petite soeur d’amour malade, réveille en eux les vieilles douleurs d’enfance et tous les désirs non assouvis. Avec l’arrivée de Noéma naissent, entre les trois gars, frictions et mésententes. Jusqu’à la société qui s’en mêle, les consommateurs d’images et de miracles, la médecine et la justice !

Pour empêcher que Noéma ne les quitte à nouveau, ils implorent le ciel et appellent l’orage à leur secours. Avec Noéma, ils fuient le monde et se retrouve dans un ailleurs pour renaître dans une autre univers.

L’auteur

Daniel Danis a connu un parcours particulier. Originaire de l’Outaouais, il passe une partie de son enfance en Abitibi puis se retrouve missionnaire en Haïti dans un orphelinat à 18 ans ; il s’intéresse ensuite à la danse puis à l’art dramatique. Depuis quelques années, il vit au Saguenay. Comme auteur dramatique, il s’est fait connaître par «Celle-là», créée à l’Espace GO en janvier 1993 et par «Cendres de cailloux», primée au Concours international de Manuscrits du Festival de Maubeuge en France et récipiendaire du prix du meilleur texte au Gala des Masques de 1995. Danis s’est aussi adressée aux enfants avec une fable poétique qui dénonce la guerre et l’exploitation infantile avec une pièce montée au Théâtre du Bic et au Festival international de théâtre jeune public en 1996, «Le pont de pierres et la peau d’images».

L’écriture de Daniel Danis est spéciale et neuve au Québec. Elle est faite d’images, de poésie et de réalisme teinté d’une expérience de vie bouleversante malgré l’âge relativement jeune de l’auteur. Il est certainement un auteur à suivre et à surveiller dans les années à venir.

La pièce

René Richard Cyr a fait du très beau travail. Sa mise en scène donne l’impression d’un film tourné en cinémascope. L’espace scénique est délimité en un format 1.85 cinématographique, c’est-à-dire qu’il est plus long que haut. Les acteurs, étant situés dans un lieu (la maison délabrée par la tempête) circonscrit par un plafond bas et un plancher soulevé rempli de détritus. Côté cours et côté jardin représentent les deux coins de l’immense pièce. L’action se passe tantôt à gauche, tantôt à droite ou au centre de la scène. Fort intéressant comme concept.

Un jeu d’acteurs impeccable aussi. On a l’impression que le trio Contamine, Papineau et Simard est sorti directement d’une série télévisée de «Hillbillies». Ils forment une triade de frères différents et dissonants criant de vérité, particulièrement lorsqu’ils s’adressent à leur boîte à penser et à confidences, la boîte du dire-dire justement. Quant à Kathleen Fortin en Noéma, qui en est à son premier rôle professionnel, même si elle n’a pas une seule ligne à dire, fait une prestation touchante et remarquée.

Le chant du dire-dire, c’est de la poésie à l’état pur. Il faut souligner aussi le travail remarquable du scénographe Stéphane Roy, un habitué d’Espace GO et de Guy Simard aux éclaireges. Une très belle production à ne pas manquer pour les amateurs de théâtre.

Michel Paul Beaudry
pour Club Culture