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"La compagnie des hommes" présentée au théâtre de Quat'sous révèle un véritable bijou en matière de mise en scène. Dirigés par Lorraine Pintal, on y retrouve six excellents comédiens qui parviennent à tenir le spectateur en haleine durant toute la représentation. Parmi eux, et pour ne citer que ceux-ci, Luc Picard incarne avec talent un jeune homme ambitieux et avide de pouvoir (Léonard). Robert Lalonde, quant à lui, interprète avec beaucoup d'humour Wilbraham, un personnage perpétuellement soûl qui se donne en spectacle. Enfin, Gabriel Gascon, dans le rôle de Oldfield, présente un vieil homme dont la vie a été consacrée à la finance et qui ne peut penser que par celle-ci. C'est un sextuor remarquable qui fait revivre en neuf tableaux le mal de notre siècle, signé Edward Bond.
C'est la première fois en Amérique du Nord que cet auteur apparaît sur la scène théâtrale. Au travers de ses pièces, il dépeint les hommes et la société sous son jour le plus noir. Dans "La compagnie des hommes", c'est le milieu financier qui est ciblé. Oldfield (Gabriel Gascon), chef d'une industrie d'armement doit faire face à Hammond (Gilles Pelletier) qui veut racheter la compagnie. Celui-ci se servira de Léonard (Luc Picard), fils adoptif de Oldfield, pour parvenir à ses fins. Par l'intermédiaire de Wilbraham (Robert Lalonde), un alcoolique ruiné, Hammond grignote chaque jour un peu plus ses adversaires. C'est une véritable chasse à l'homme où tous les coups sont permis.
Bond, horrifié par la cruauté dont peut témoigner l'humanité, cache sous ses personnages un pessimisme très marqué. Il tente de démasquer l'homme corrompu d'aujourd'hui. C'est un homme meurtrier, rapace, cruel mais surtout effrayant. Cependant, comme lorsque l'on tire une sonnette d'alarme, l'espoir est là. Dénoncer c'est déjà espérer. Il faut pouvoir se rendre compte de l'horreur pour la prévenir. C'est pourquoi, cette oeuvre pessimiste dans sa façon de percevoir le monde permet tout de même un petit espoir.
"La compagnie des hommes" est une pièce qui dénonce le mal humain tout en nous offrant un spectacle grandiose.
Anna Manikowska
Club-Culture
