Couteaux [sept façons originales de tuer quelqu'un avec...]

texte Isabelle Hubert
mise en scène Jean-Philippe Monette
avec Nathalie Claude, Paul-Patrick Charbonneau, Guy Jodoin, Catherine La Haye et Daniel Parent
une production du Théâtre Petit à Petit présentée à l'Espace Go

Le titre de la pièce donne des frissons et fait rigoler. On a un fonne noir à la perspective d'assister à cette création théâtrale de la jeune dramaturge gaspésienne Isabelle Hubert. Pourtant, même si le texte, assez explicite, dépeint un univers de violence, la mise en scène de Jean-Philippe Monette dilue la portée des mots en plaçant les comédiens sur une scène trop grande.

Le décor de Daniel Castonguay est vaguement techno et évoque l'urbanité. Une longue passerelle de bois étroite occupe la scène en longueur et derrière elle se trouvent deux tableaux aux formes psychédéliques. Des jeux de lumière viennent quelquefois modifier leur aspect, mais c'est en vain qu'on tente de modifier l'ambiance. Le décor est complétée de deux chaises de modèle 1970, de deux micros et de divers accessoires qui sont utilisés dans l'une des sept fictions. Pris à jouer dans un si grand espace, l'interprétation en souffre. Même si les drames sont vécus intimement par les personnages, ils se crient à tue-tête comme si, trop loin, ils ne pouvaient s'entendre. Du même coup, la pointe du couteau qui se veut menaçante tombe à pic.

Le tempo percutant du texte se perd donc dans un manque de cohésion comme si la mise en scène avait été plaquée sur un texte pourtant mouvementée. Un homme tente d'éplucher jusqu'à l'os une anecdote d'enfance qui l'a marqué pour s'en débarrasser et mieux vivre. Il cherche le pourquoi et se rend chaque semaine chez sa psychologue. Mais à force de creuser ses souvenirs, d'autres anecdotes pour le moins tranchantes surgissent du chaos de sa vie et des personnages prennent vie et créent une toile urbaine de violence. L'obsession de l'homme ouvre une brèche sur sept fictions.

Si les sept couteaux ne sectionnent pas tous une vie, ils écorchent au passage la désinvolture, la fierté, l'amour ou l'honneur de ceux et celles qui sont menacés. Une jeune anorexique se charcute les cuisses, une gageure dans un bar dégénère, une lune de miel tourne au cauchemar, un député dénigre son secrétaire bègue. L'arme blanche est levée en guise d'argument.

Malheureusement, on en reste pantois tellement on espérait être pris, retourné et secoué par une virulence, un choc, quel qu'il soit. Les pires gestes sont dilués dans l'air et nous parviennent atténués. Le couteau n'atteint pas sa cible.

Dominique Choquette
pour Club-Culture