

Adaptation à la « sauce Ducharme » du Cid de Corneille, on se doute bien que la trame du Cid Maghané respecte sensiblement l’idée de départ, mais qu’elle se trouve résolument chambardée par la folie et la couleur qu’un auteur aussi délirant peut ajouter. Tout d’abord, un résumé de cette histoire revue et corrigée. Le couple formé par Rodrigue et Chimène ne demande qu’à se révéler au grand jour. C’est ce qu’ils s’apprêtent à faire, espérant avoir l’accord de leurs pères respectifs. Mais, manque de chance, le jour où ils désirent leur faire part de leur bonheur, le Roi Don Ferdinand a choisi parmi ces deux hommes lequel serait le nouveau gouverneur du Prince de Castille. Ayant décerné le titre à Don Diègue, père de Rodrigue, le père de Chimène, Don Gomès, dans un accès de colère, donne une « claque dans la face » de Don Diègue. Évidemment, rien ne va plus et il n’est plus question de favoriser une union entre ces deux familles maintenant ennemies. Rodrigue, croyant devoir racheter l’honneur bafoué de son père tue donc Don Gomès, ce qui place Chimène face à un dilemme encore plus grand : si elle veut sauver son honneur, elle se doit de ne plus revoir son amoureux. Mais, si elle veut sauver son amour, elle doit faire fi de sa peine et de son deuil et doit revoir Rodrigue à tout prix, au risque de passer pour une « sans-cœur ». Que faire?...

La distribution dynamique et jeune (principalement des finissants des écoles de théâtre des deux dernières années), mène à fond de train cette version abracadabrante et déchaînée du Cid que l’on connaît depuis toujours. Évidemment, l’écriture juteuse et la langue touffue de Ducharme y font pour beaucoup. Quiconque aime les jeux de mots, l’utilisation d’expressions québécoises imagées à souhait et l’humour absurde trouvera ce spectacle jouissif. On s’amuse autant à écouter les tournures de phrases d’une truculence extrême, qu’à voir le plaisir que ces comédiens prennent à se les mettre en bouche et à nous les livrer dans des performances survoltées.

Frédéric DuboisLa mise en scène nerveuse et délicieusement
« cartoonesque » de Frédéric Dubois, tout comme la scénographie de Yasmina
Giguère d’un kitch comique mais simple, sont tout à fait dans le ton. Un
autre qui est aussi on ne peut plus « dans le ton » est Pascal
Robitaille, bruiteur présent sur scène qui ponctue avec humour les
répliques et les scènes, ce qui ajoute à l’absurdité du spectacle.
Si vous
avez envie de découvrir de nouveaux talents, de vous amuser, et de vous régaler
d’un texte méconnu d’un de nos plus grands auteurs, précipitez-vous dans cette
petite salle de l’est de Montréal pendant qu’il en est encore temps!
Bon théâtre
Pascale Canicchio