

Le
grand retour de Boris S.
de Serge Kribus
mise en scène : Denis Bernard
avec: Gérard Poirier, Bernard Fortin et Guy Vaillancourt, au
théâtre du rideau vert du 25 mars au 6 avril 2002. En tournée du 20 avril au 11
mai 2002.
Tout dérape dans la vie d’Henri (Bernard Fortin): il vient de perdre son emploi, sa femme l’a quitté et pour clore le tout, son père Boris veut s’installer chez lui pour quelque temps. Boris est un acteur vieilli et dépassé qui fait un retour sur les planches d’un théâtre dans le rôle du roi Lear de Shakespeare. Ce personnage haut en couleur est magnifiquement interprété par Gérard Poirier. Les retrouvailles entre le père et le fils seront l’occasion de dire la vérité crue, d’émettre plusieurs reproches, mais surtout d’avouer sa vulnérabilité et son amour pour l’autre.
La pièce du dramaturge Serge Kribus, touchante et sans prétention, explore les rapports père-fils et les questions d’identité qui en découlent. Le ton parfois ironique et cinglant mène toutefois vers une profonde humanité. Nous sommes ce que nous sommes, mais aussi ce que nos parents nous lèguent, acceptons-le! Henri ne peut échapper à son père, malgré le profond désir qu’il a de se distancier de lui; la vérité est là, ces deux hommes se ressemblent. La construction de la pièce vient d’ailleurs de ces situations en miroir, père et fils se renvoyant le même discours, les même erreurs, la même peur et la même folie. Les personnages s’attirent et se repoussent, ils tournent autour l’un de l’autre: cette image est aussi reprise dans la scénographie avec un plateau tournant habilement utilisé.
Il faut voir cet étonnant duo d’acteur évoluer entre les faux-fuyants, les affrontements et les rapprochements. La mise en scène de Denis Bernard se fait discrète, laissant, à juste titre, toute la place à l’énorme talent de ces comédiens.
Sylvie Rheault
Club Culture