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Bonne nuit les vivants !

les univers d'Agota Kristof

textes de Agota Kristof
mise en scène, montage dramatique et conception de Guy Beausoleil
assistance à la mise en scène de Clermont-Louis Turmel
avec, entre autres, Sandrine Ricci, Ariel Ifergan, Philippe Jutras, Patricia Plante et Pipo Gagnon
une production autogérée en codiffusion avec le Théâtre la Chapelle
jusqu'au 22 novembre 1998

Ce sont bien les univers théâtraux d'Agota Kristof, cette écrivaine hongroise née en 1935 et exilée en Suisse qui a notamment écrit Le Grand Cahier et La Preuve, que Guy Beausoleil a mis en scène une structure dramatique cohérente. À partir de sept pièces, il a organisé l'univers insolite de Kristof avec une bande de onze jeunes comédiens au talent et à l'énergie incroyables.

La polyvalence spatiale du Théâtre la Chapelle permet évidemment de rendre cette création possible. En effet, Bonne nuit les vivants ! repose sur l'équilibre entre la représentation des univers poignants de Kristof et la puissance de ses mots. Autant dire qu'un théâtre conventionnel, où la scène et l'assistance sont à des places inamovibles, ne pourrait rendre pareille justesse du texte. Les estrades sont partagées de chaque côté de la scène, dans un face à face, dans la possibilité effarante de s'observer les uns les autres, alors qu'une simple route asphaltée avec ses lignes jaunes les séparent. Cette route se continue en trompe-l'oeil dans un panneau publicitaire éventé. Les limites théâtrales traditionnelles sont donc absentes et les spectateurs sont littéralement propulsés dans un monde ahurissant. Nous n'assistons plus à une pièce, car nous ne pouvons nous imaginer l'envers des décors.

Et c'est ainsi que les sept histoires macabres se déroulent en s'emboîtant comme des poupées russes. Si la première partie laisse songeur, la suite impose le ton de façon magistrale. Un homme, tour à tour libraire, architecte, bourreau, fils du chef de la tribu, travailleur, se retrouve seul après avoir tenté de cimenter les liens avec son entourage. La solitude et la mort attendent les personnages de Kristof. Qu'ils gravitent dans un monde burlesque, futuriste, réaliste, tous, sans exception, créeront le chaos autour d'eux.

Lui et Elle (Ariel Ifergan et Sandrine Ricci), les deux personnages à la source des autres récits, se livrent au jeu pervers de se raconter des histoires. Désillusionnés, ils se tiennent mutuellement en joue avec un couteau tandis que leurs mots lacèrent abruptement le réel pour ouvrir une brèche vers un ailleurs qui se concrétise sous nos yeux. Lorsque le spectacle se termine : la grâce de quelques secondes de silence.

Dominique Choquette
pour Club-Culture