Les Bacchantes

Chorégraphie, mise en scène et scénographie Paula de Vasconcelos

Avec Jadson Caldeira, Estelle Clareton, Heather Mah, Mathilde Monnard, Luc Ouellette, Marcel Pomerlo, Sarah Stoker, Paul Antoine Taillefer

Une création de Pigeons International présentée à l'Usine C

 

Dans le monde gréco-romain, on vénérait Cybèle, appelée aussi Rhéa, la mère des dieux. Cependant, au fil des temps, le culte matriarcal a peu à peu cessé pour laisser place à celui de Zeus, le fils de Rhéa, devenu par la suite Dieu, père de l'univers, dans les grandes religions. La femme était reléguée à un rôle de second plan. Dans les années 60, avec le féminisme, des groupes de femmes ont réactualisé le culte de la Grande Mère pour retrouver l'esprit religieux matriarcal.

C'est dans ce culte de la femme que Paula de Vasconcelos a puisé son inspiration pour créer son tout dernier spectacle présenté dans le cadre du Festival de théâtre des Amériques. Si, de prime abord, on peut penser que Les Bacchantes est une sorte de guerre des sexes, il en va tout autrement. Les quatre femmes sont armées de leur seule séduction et initient quatre hommes d'un club privé à leur vision du monde. Une magnifique Rhéa costumée à l'indienne donne naissance à trois déesses qui incarnent chacune une force de la nature. Si on parle souvent de la compétition féminine, c'est plutôt leur complémentarité qu'a choisi d'explorer la chorégraphe. Et pour tout dire, on est envoûté par leur gestuelle, leur coquinerie et leur force.

Tout comme les relations qui se modifient au fil des interactions, le décor s'épure au cours de la représentation. L'atmosphère lourde du club privé devient peu à peu un espace libéré de la surcharge, seul le tapis rouge délimite la scène. Comme si du particulier, les danseurs nous portaient à une réflexion générale sur une réconciliation des hommes et des femmes. De la même manière, les corps se dénudent progressivement, les attitudes sont plus directes, les expressions plus franches et les rencontres plus dynamisées. Et c'est dans un crescendo que se termine Les Bacchantes alors que Rhéa emporte avec elle Hermès sur son candélabre, métaphore de sa toute-puissance lumineuse.

En bref, Les Bacchantes est un spectacle où la séduction est coquine et le regard, moqueur. D'une scène à l'autre, on passe de l'étonnement au rire, seule la tirade haineuse d'Arès laisse perplexe : battu aux échecs par Aphrodite, il tentera de la violer pour ensuite maudire toutes les femmes, surtout les intelligentes, en prenant Zeus à témoin. Dans un spectacle de danse, est-ce vraiment nécessaire de faire appel aux mots pour traduire la rage ? Quoi qu'il en soit, les bacchantes tuent cet homme cruel et le font taire à tout jamais.

Dominique Coquette

pour Club Culture