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Albertine, en cinq temps,
de Michel Tremblay.

Mise en scène de Martine Beaulne. Avec: Sophie Clément, Élise Guilbault, Andrée Lachapelle,
Macha Limonchik (en remplacement de Sylvie Drapeau), Monique Mercure
et Guylaine Tremblay.

En tournée provinciale dès le 21 mars pour 40 représentations.

En ce jour où elle emménage dans sa chambre de centre d'accueil, Albertine se remémore ce qu'a été sa vie. Elle a aujourd'hui 70 ans et se revoit à travers les différentes femmes qu'elle a été au cours des quarante dernières années. On assiste donc à un échange entre ces quatre fantômes et celle-ci vieillie.

Ce n'est un secret pour personne, cette pièce est un chef-d'oeuvre de Michel Tremblay. Autant pour la forme audacieuse et inhabituelle de sa structure dramatique, mettant en scène cinq images de la même personne ainsi que la soeur décédée de celle-ci qui discutent entre elles, que pour son texte d'une grande force dramatique. En effet, celui-ci recèle de parfaits bijoux au niveau de l'utilisation de la langue qui a ici un impact peu commun. Les répliques acérées et la profondeur des monologues sont orchestrés de main de maître.

Évidemment, redonner une nouvelle couleur à cette pièce si souvent jouée et tellement connue du public n'est pas chose facile. C'est pourtant un défi que relève avec brio Martine Beaulne. Grâce à sa très juste direction, elle a su donner à ces six grandes actrices une force et un souffle commun qui ne se dément pas. Toutes sont excellentes. Malgré les différences inhérentes à ces différentes époques, et donc, à leur jeu différent, les interprètes sont suffisamment complices pour que l'on sente chez chacune d'elles le même feu intérieur. Aussi, Martine Beaulne a fait une très bonne utilisation des escaliers qui constituent le splendide décor, très beau travail de Claude Goyette. Cette trouvaille scénographique permet d'installer de façon précise et nuancée les rapports entre chacune des interprètes qui y montent et descendent, s'approchant ou s'éloignant les unes des autres au gré du texte. De plus, la blancheur, le dépouillement du décor, complété par la luminosité mêlée de pénombre des éclairages de Michel Beaulieu donnent à tout cela un aspect de tragédie grecque qui rejoint le coeur même de l'oeuvre. Les costumes très bien choisis nous situent efficacement dans le temps de ces différentes Albertine. Le tout soutenu par la musique tourmentée et passionnée de l'excellent Claude Lamothe, et vous avez ici un grand spectacle. De la qualité québécoise à son meilleur, dont pourront heureusement profiter les gens en région puisque la production par en tournée provinciale dès le 21 mars pour 40 représentations.

Du théâtre avec un grand " T "!

Pascale Canicchio
pour Club Culture

97/03/14