Retour à la liste

Un air de famille

Comédie d'Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri
mise en scène à Daniel Roussel avec Markita Boies, Diane Lavallée, Alain Zouvi
Rémi Girard, Hélène Loiselle et Carl Béchard

Cette comédie d'Agnès Jaoui et de Jean-Pierre Bacri traite des désordres d'une famille française ordinaire où toute situation est dramatique, où les conflits prennent de l'ampleur et où les injures se multiplient. Chacun est d'un égocentrisme inébranlable et l'on assiste vraiment à un chambardement familial où la réconciliation n'est que chose du passé, car les murs entre les membres de la famille sont parsemés d'épines haineuses.

Cette pièce est tout d'abord une interprétation du film français du même nom réalisé par Cédric Klapisch, qui a remporté le grand prix spécial du jury et le prix du public Air Canada dans le cadre du Festival des films du monde édition 1996. Vu l'énorme succès remporté par ce film auprès des critiques et du public, Sortie 22 avait donc à relever un défi de taille. En confiant la mise en scène à Daniel Roussel, qui a fait appel à une distribution remarquable dont certains des comédiens sont les plus connus et appréciés du public québécois, dont Markita Boies, Diane Lavallée, Alain Zouvi, Rémi Girard, Hélène Loiselle et Carl Béchard. Avec tous ces éléments en main, la compagnie de production a pris toutes les dispositions nécessaires afin d'obtenir le succès escompté.

Cependant, un drôle de phénomène s'est produit à la fin de la représentation. En effet, une demi- salle était debout et en délire, tandis que l'autre était assise et silencieuse. Plusieurs spectateurs ont quitté leur siège à la première occasion, comme si la déception était insurmontable. La seule explication possible est le fait que bon nombre de spectateurs avaient précédemment vu le film et étaient donc forcément enclins à comparer le jeu des comédiens québécois à ceux des comédiens français.

Dans cette pièce, Henri (Rémi Girard), le personnage principal qui est aux commandes d'un restaurant où se déroule d'ailleurs la totalité de l'intrigue, ne défend pas très bien son rôle et la mère (Hélène Loiselle), dont l'hystérie est quasi-inexistante, n'est pas très à la hauteur. En effet, Henri n'est plus le centre du jeu comme dans le film, car on ne ressent plus autant son désespoir, la détresse qui l'habite et sa douleur d'être le mal-aimé de la famille. Malgré les divergences d'opinions entre les spectateurs, il ne faudrait pas passer sous silence le jeu de certains comédiens qui ont remarquablement passé le test de comparaison. Betty (Markita Boies) campe son personnage de fille extravertie et dévergondée avec une force extraordinaire et elle se fout pas mal de tout ce qui se passe autour d'elle. Elle occupe d'ailleurs presque tout le terrain et la pièce gravite autour d'elle. Denis (Alain Zouvi), le serveur, fait tout en son pouvoir afin de s'infiltrer dans cette famille désordonnée, Philippe (Carl Béchard) ne rate aucune occasion pour faire parler de lui et Yolande (Diane Lavallée), cette belle-soeur soumise, s'apprête à exploser tant elle est dépassée par les agissements de chacun.

La première partie de cette pièce de théâtre laisse quelque peu à désirer, toutefois, le metteur en scène se reprend en deuxième partie et nous fait bien rire. On se retrouve au coeur d'une famille blasée et incapable de communiquer sans se blesser mutuellement. Au fait, tout le monde a du mal à aimer et à vivre. On se marche sur la tête et on met des bâtons dans les roues à qui mieux mieux. Le problème réside dans le fait que certains membres de la famille ont le courage de se remettre en question, tandis que d'autres préfèrent s'enfermer dans leurs incertitudes.

Bref, il est difficile de prévoir la réaction des spectateurs pour les représentations à venir. Le succès de cette pièce réside maintenant dans les mains des producteurs qui devront redoubler d'efforts au niveau publicitaire pour regagner le terrain perdu. Cela dit, ce n'est pas le succès du siècle, mais ce n'est tout de même pas une pièce à banir de ses sorties, ne serait-ce que pour votre culture personnelle...

Caroline Duguay
pour Club-Culture

97/03/14