


Soleil chaud en dialecte Bété de la Côte-d'Ivoire, Yoro-sou est un groupe hétéroclite qui rassemble des musiciens belges, africains, québécois et français. Malgré diverses origines, leur amour de l'Afrique est commune et même, contagieuse. Ils manient les percussions avec brio ; djembés, congas, tamas, panlogo, balafon, shékérés, cloches, bref ils rythment leur passion avec éclat. C'est au Zest qu'ils nous ont partagé leur bonheur, un Zest passablement transformé qui ressemblait à un dimanche de tam-tam sur le Mont-Royal. Exit la salle grise et terne.
Ils sont sept Yoro-sou, sept passionnés qui portent l'Afrique dans leur coeur. Ils ont interprétés de la musique de l'Ouest, leur région de prédilection. Grâce à leur expérience scénique, les spectateurs ont été emportés bien loin de Montréal dans une dérive continentale délicieuse. Pour ajouter au plaisir, deux danseuses ont tourbillonné et entraîné avec elles la salle dans un déhanchement général.
Dominique Choquette
pour Club-Culture
C'est avec un sentiment mitigé de hâte et de scepticisme que je me suis pointée au Cabaret ce soir-là. Hâte parce que ce genre de spectacle ou on mêle danse et mise en scène à la chanson, m'attire toujours énormément. Mais, scepticisme aussi et justement face à cet aspect chanson. Pour moi, enfin ce que j'avais pu en voir et entendre jusqu'ici, Carole Laure n'était pas une chanteuse avec une grande voix telle qu'on l'entend habituellement au Québec, et je ne croyais donc pas être très passionnée. Et bien une seule expression peut résumer comment je suis ressortie ce soir-là : conquise! Effectivement, tout cet univers m'a vraiment conquise.
Ici, le mot univers n'est pas exagéré, car tout transpire le concept, ou rien n'est laissé au hasard dans ce spectacle bien rôdé (il a été joué une cinquantaine de fois à Paris). Ainsi chacun sur scène a un rôle bien précis : Vic Emerson est le musicien fiable et solide, qui ne quitte jamais son poste derrière le clavier. Il y a aussi le danseur Claude Godin, un ancien de la troupe La La La Human Steps, qui danse en duo avec Carole Laure et signe les chorégraphies. Le tout mis en scène par Lewis Furey, le conjoint de Carole, aussi sur scène au clavier, mais qui chante ici et là tout en se mêlant par moments aux chorégraphies. Et finalement, Carole Laure, une très bonne interprète et pour certaines chansons ayant contribué aux textes sur l'album Sentiments Naturels.
Ici le mot interprète est employé dans son sens le plus noble, c'est-à-dire, quelqu'un qui sait interpréter ses chansons, car elle fait de très belle façon et ce sans effectivement avoir une grande voix. Ce ne serait pas nécessaire de toute façon car sa voix est très bien servie par des mélodies langoureuses et chaudes qu'elle chante de façon tout à fait feutrée et sensuelle, en alternant parfois avec une surprenante puissance. Toute sa gestuelle , ainsi que son côté comédienne, lui font vraiment habiter ses chansons sans besoin de tomber dans le tape-à-l'oeil, très sobrement, mais avec un esthétisme et une grâce peu commune.
D'ailleurs cette sobriété est partagée par tous, un des avantages de ces équipes ou chacun a atteint la maturité qui lui enlève le besoin de prendre toute la place.
On aperçoit donc quatre artistes qui se complètent bien, dans un monde que l'on reconnaît être très personnel à Carole Laure et Lewis Furey, celui de la sensualité, de la nuit et de la poésie, très joliment mis en valeur par les très beaux éclairages et les deux éléments de décors, présents en alternance sur scène : un paravent transparent très bien utilisé par quelques interventions de Carole Laure et une énorme tête d'orignal, qui illustre avec humour le thème des Sentiments Naturels. Tout comme les textes genre, études scientifiques qui présentent les chansons, tous axés sur l'aspect reproduction chez le mâle et la femelle de toutes espèces. Vraiment, un très beau concept, bien mis en valeur par cette salle du Cabaret, assez intime qu'aucune place n'est mauvaise, nous qui avions tous hâte de voir cette fameuse Carole Laure. Maintenant nous savons qu'il est aussi très intéressant de l'entendre!
Passcale Canicchio
pour Club-Culture
Coup de choeur pour Martin Dagenais, chef de choeur et les 30 choristes qu'il dirige. C'est en 1983 que le Choeur Mélodium fut formé par Martin Dagenais, l'actuel directeur artistique. Le répertoire du Choeur Mélodium, comptant aujourd'hui une quarantaine de choristes (sopranos, altos, ténors et basses), est des plus varié : de la musique sacrée, des extraits d'opéras et de comédies musicales, des airs folkloriques ainsi que du jazz vocal. Le Choeur Mélodium a remporté le Prix spécial du jury de l'ARCIM.
Coup de choeur aussi pour Quartango, ce quatuor de formation classique composé du pianiste Richard Hunt, du contrebassiste René Gosselin, quelques fois un peu bouffon, de Stéphane Allard le violoniste ainsi que de Mario Leblanc le joueur de bandonéon (accordéon). Gagnant d'un Félix dans la catégorie Musique du Monde au gala de l'ADISQ en 1996, Quartango se joint aussi à des ensembles d'envergure : Les New-York Pops, l'Orchestre Métropolitain de Montréal et les orchestres de Trois-Rivières et de Laval.
Patricia Marchand
Club Culture
A la 5ième salle de la Place des Arts
Studio-théâtre du Maurier
Montréal
Ce groupe a connu bien des boulversements au cours des années. Il a fallu beaucoup de détermination et de passion pour traverser ces tourments.
Aujourd'hui, ils sont cinq. Trois membres originaux, Paul, Suzanne et Michelle Campagne et deux nouveaux musiciens : le percussionniste, Michel Dupire et le multi-instrumentiste Davy Gallant : à la flûte, guitares, corne-muse et chanteur. La formation représentait le Canada au Festival pacifique de la chanson francophone au Viêt-Nam. Aux États-Unis, l'équipe de la prestigieuse étiquette " Urban Folk " Red House Records, basée à Minneapolis, fut séduite par l'approche d'Hart-Rouge.
Ce que j'ai retenu des moments passés en leur compagnie, sont les adaptations musicales originales de pièces traditionnelles de notre répertoire interprétées avec brio et une émotion à fleur de peau. Une émotion toujours présente.
En dehors des pièces folkloriques connues, des ballades, et quelques compositions originales en anglais. Il me semble avoir retrouver des couleurs " country " et des brises d'Irlande. Vraiment, du folk traditionnel à son meilleur.
De belles surprises!
Ce concert intimiste nous incite à l'écoute et les artistes nous ont tout de suite mis dans une ambiance conviviale. Le spectateur observe et réagit rapidement à tout ce qui se passe sur scène.
Ils nous racontent leur rencontre au Nicaragua, d'un frère et d'une soeur, de la complicité, des échanges et de l'amitié profonde qui les ont liés. Pour leur rendre homage, Hart Rouge nou a offert une très belle pièce en espagnol composée par ce frère et cette soeur. Un bijoux.
Redécouvrez Hart Rouge. Ils nous ont prouvé qu'ils sont là pour rester!
Procurez-vous leur dernier CD, (Highway 13 Musique/ Folle Avoine Productions/ Universal)
Intitulé : " Une histoire de famille " leur neuvième album
Allez lire la chronique

C'est dans la très charismatique salle du Corona qu'avait lieu la présentation de la si belle et évocatrice oeuvre de Philippe Leduc, Les Ailes du Feu. Évocatrice car, à travers sa musique qu'on qualifie même de "poème symphonique", il raconte musicalement l'histoire de Nicolas O'Connor, personnage fictif d'un roman qu'il a écrit, et qui aurait vécu de 1917 à 1945, fils d'un aviateur américain et d'une comtesse russe. À partir d'extraits de ses albums Les ailes du feu, tome I: Blood (lisez la chronique) et Les Ailes du feu tome II: Toil, (lisez la chronique) le compositeur nous fait donc voyager sur les traces de cet homme imaginaire, à la vie mouvementée. En suivant ses déplacements dans le monde, on traverse les grands événements et les thèmes marquants de l'histoire. Par exemple, la révolution civile espagnole, la deuxième guerre mondiale, et bien d'autres moments y passent. Et, par le fait même, on en profite pour dénoncer des notions comme le nazisme, l'abus de pouvoir des autorités sur le peuple. Si bien que ce spectacle est principalement dédié à la défense de la démocratie et de la liberté, afin de redonner une dignité à la mémoire de ceux qui en ont été privés au nom de la "bêtise nationale".
C'est d'ailleurs ce que nous expliquera le compositeur qui fait toutes les présentations lui-même, de façon fort sympathique d'ailleurs, en plus d'agir en tant que chef d'orchestre, ainsi que guitariste et pianiste à l'occasion. Mais, il ne faudrait pas croire que la représentation n'est que musicale, car certains accessoires (drapeaux nazis provocateurs, mini-avions volants) ainsi que des projections viennent ponctuer le récit musical. Le tout sans oublier les très beaux éclairages qui ajoutent vraiment à l'atmosphère de cette belle musique, riche et symphonique, mais accessible. Bref, une réussite qui nous fait découvrir, ou redécouvrir, un des compositeurs les plus actifs au Québec, que ce soit pour la télévision, le cinéma ou la radio.
Un spectacle à voir s'il revient en ville, car trois soirs seulement c'est très court pour une oeuvre de cette qualité!
Pascale Canicchio
pour Club Culture
Bori, c'est un mélange judicieux de poésie, de comédie, de théâtre, de cirque, de mime, de musique enivrante, et de textes qui nous font chavirer. On nous présente même Gaspar :une marionnette un peu spéciale et très attachante
Bori nous transporte dans un autre monde : un monde fantastique où se côtoie l'amour, la vie, le rêve et la sensibilité......
Ils sont quatre ou cinq et peut-être six ! À nous de deviner......Très souvent, on se demande qui chante...... Ils sont tous chanteurs mais qui chante quoi..... Mystère et boule de gomme ! !.
La mise en scène ne laisse aucun temps mort...... Tout est calculé et rôdé à la perfection.....La technique et le jeu de ces comédiens sont excellents..... Les petits accessoires utilisés (valises, caissons d'instruments de musique, rideau qui pivote,) aident à créer une ambiance originale mêlée de rêve et de fantastique.....
Au lieu de revenir sur scène lors du rappel, ces comédiens, musiciens et chanteurs serrent les mains des spectateurs à leur sortie de la salle. Question de se rapprocher du public....
C'est un spectacle original et plein d'émotions qui ne nous laisse pas indifférent.....
J'ai adoré...... Un must.......
Patricia Marchand
Le spectateur de l'Opéra de Montréal a d'emblée applaudi le lever de rideau : une grille, comme de fer forgé, mais lumineuse, projetée sur des éléments scéniques tout d'abord à peine perceptibles, mais qui peu à peu, se révélaient sous cette dentelle de lumière.
Ce concept de Michel Beaulac, le directeur artistique de l'ODM, et de Bernard Uzan, le metteur en scène, s'est révélé d'une extraordinaire efficacité, grâce aussi aux magnifiques éclairages de Guy Simard.
En fait, un mariage, ou plutôt une symbiose totale décor et lumière, l'un n'existant que par l'autre : des grilles projetées que l'on croyait irréelles et qui deviennent soudain de véritables barreaux accrochant l'éclairage, un sol incliné qui laisse sourdre ou jaillir par le bas, des faisceaux lumineux découpant des silhouettes devenues inquiétantes ou fantomatiques, textures tour à tour rudes, chatoyantes, sombres ou brillantes, et qui viendront suggérer par de légères transformations scéniques, et l'ajout de quelques éléments de décor, un cloître, les jardins d'un monastère, les jardins de la reine, une place publique, le cabinet du roi, la prison de Carlo et le tombeau de Charles Quint.
Malgré cette diversité des lieux, la concption scénique les rassemble et donne à l'ensemble une grande impression d'unité.
Même observation pour les costumes de John Lehmeyer : légèrement stylisés, ils découpent sur la lumière, leur ligne sobre et la variété de leurs sombres textures.
On regrettera seulement dans cette austère beauté toute espagnole, l'étrange clinquant de la couronne du roi sortie semble-t-il, d'une boutique de déguisement.
Dans la nouvelle édition du dictionnaire Kobbé de l'Opéra, le comte de Harewood écrit, à propos de Don Carlo : " C'est sur presque tous les plans, un opéra magnifique... On y trouve le plus grand rôle pour basse, écrit par Verdi; l'un des plus grands rôles pour mezzo-soprano sur le plan vocal, deux superbes parties pour Élizabeth et Carlo; et la possibilité, pour un baryton de talent, de rendre à la silhouette de Posa le panache du grand libéral dans la pièce de Schiller. Don Carlo contient aussi l'une des meilleures scènes d'apothéose de toute l'oeuvre de Verdi, la première de l'acte IV, où les lignes conductrices du drame, développées au cours des cinq scènes précédentes, se retrouvent. Les deux scènes suivantes résolvent les conflits mis à vif - dans l'acte IV, scène II, l'Espagne catholique contre la Flandre protestante; Rodrigo le libéral contre l'autorité en place(État et l'Église); l'Église contre l'État; et à l'acte V, Élizabeth contre Eboli ( au sujet de Carlo); et Philippe contre Carlo ( au sujet d'Élizabeth et de la Flandre).
Vu les sujets abordés, il n'y a pas lieu de s'étonner de la longueur de l'opéra ni d'être surpris par l'impressionnante qualité de la musique. "
Les chanteurs ont, à quelques nuances près, été à la hauteur du défi, particulièrement dans les rôles titres, le ténor Richard Margison en Don Carlo, la soprano Stefka Evstatieva dans le rôle de la reine, la mezzo-soprano Jean Stilwell dans celui de la princesse Eboli, le baryton-basse John Cheek dans celui de Philippe II, la basse Stefan Szkafarowsky dans celui du Grand Inquisiteur, et dans celui de Rodrigo, Gaétan Laperrière qui s'est mérité une exceptionnelle ovation.
La direction de l'OSM était assurée avec nuance et finesse par le chef Anton Guadagno.
On déplorera cependant, qu'en dépit de toute cette magnificence visuelle et sonore, la mise en scène s'en soit tenue aux habituels poncifs de l'opéra, des personnages sans expression, figés dans des attitudes prévisibles, comme si le cadre somptueux dans lequel ils évoluaient les avait pétrifiés.
James Dormeyer
Club Culture
