

Une voix à soulever les
montagnes
Plusieurs années
à chanter dans les bars, Patrice Blouin fait enfin entendre sa voix dans le
milieu professionnel. Il faut dire que son parcours ne fut pas sans
épreuve : des fins de mois difficiles, des problèmes d’alcool et la
désillusion du show-business. Maintenant grandi de ses expériences, son
charisme et son talent fou sont en train de lui donner raison. Il l’a
d’ailleurs prouvé dans la formation Du
Rock à l’Opéra où la critique fut unanime à son sujet : Patrice Blouin
est une révélation. Il est aux portes du succès.
Du
Rock à l’Opéra

Comment est
arrivé Du Rock à l’Opéra dans votre
carrière ?
Alors que j’étais contractuel pour Avanti, je
faisais quelques spectacles destinés aux corporations. Et dans un de ces
spectacles, une voix classique interprétée par Christine Williams était
mariée à une voix rock interprétée par moi-même. Steve Dalasse,
concepteur du spectacle, a eu l’ingénieuse idée de joindre à nos deux voix, une
voix blues. De là, est né Du Rock à
l’Opéra. Séduit par le concept, le Casino de Montréal a acheté le
spectacle.
Parlez-moi de
l’équipe ?
L’amitié et la complicité entre tous les membres de
l’équipe Du Rock à L’Opéra était
extraordinaire. Nous avions énormément de plaisir à nous retrouver ensemble sur
scène à tous les soirs.
Ce
spectacle était-il exigeant physiquement et vocalement ?
Assez. Il fallait être en forme. J’ai chanté et
dansé 4 soirs par semaine et ce, pendant 4 mois. Après chacun des spectacles
j’étais vidé. En général, une vingtaine de minutes me suffisaient après le show
pour faire redescendre l’adrénaline. Ensuite,
le dodo m’appelait. Dormir de bonnes nuits était la façon de garder ma
voix en forme. C’est ce qui me permettait d’être constant vocalement car …
« le stress des cordes vocales » était aux rendez-vous à tous les
soirs.
Quand preniez vous le temps
d’entraîner votre voix ?
Honnêtement, seulement faire le spectacle était de
l’entraînement. Il faut dire que lorsque tu chantes 4 soirs par semaine, après
2 semaines seulement, les muscles de ta gorge s’adaptent à recevoir un
traitement qui demande beaucoup. Il faut que tu pousses ta voix et que ça
sorte.
Avez-vous
un rituel avant la levée du rideau ?
Avant la levée du rideau, je fais ma prière, je prends
place sur la scène et je me concentre jusqu’à l’ouverture du spectacle. J’ai
toujours fait ça. J’essaie de garder mon calme même si je demeure nerveux soir
après soir. En fait, à toutes les fois que je dois chanter je deviens très
nerveux.
Est-ce que le spectacle Du Rock à l’Opéra se produira ailleurs
dans le futur ?
En fait, nous étions supposés de chanter pour la Fête
Québec - New York le 12 septembre dernier. Mais avec les événements du 11
septembre… Autrement, je crois que les propriétaires du spectacle, les
productions Zone 3, sont présentement en pourparlers pour vendre le spectacle à l’extérieur.
Époque
des bars

Les bonnes
critiques à votre sujet dans le spectacle Du
Rock à l’Opéra suppose sûrement plusieurs années d’efforts et de travail ?
Oui. J’ai fait parti de plusieurs formations de
musique à partir du milieu des années 80 jusqu’en 1996. Évidemment, les
conditions de travail dans les bars ne sont pas toujours faciles.
Quelles étaient
vos conditions de travail à vos débuts ?
Au début le groupe gagnait environ 500$ pour trois
soirs. De ce montant, il fallait déduire les frais de location d’un système de
son, etc… Après avoir tout payé, il ne me restait que 50 - 75 dollars pour
trois soirs de travail.
Quel était votre rêve lorsque vous avez commencé à chanter
dans les bars ?
J’envisageais chanter environ deux ans dans les
bars avant d’enregistrer mon premier album. Je pensais devenir rapidement une
vedette internationale, une rock star comme les gars de Kiss. (rire)
Les gens ne t’écoutent pas. Je peux comprendre
l’indifférence des gens lorsque j’évoluais dans des groupes comme Science ou Murder. On était jeune et
on se croyait bon. – De toute
façon, aussitôt que tu te considères bon, tu ne l’es pas à mon avis. Cependant,
Fly Circus était un groupe assez
professionnel. Humblement, je faisais
des trucs dont peu de personnes réussissaient à faire avec leur voix et malgré
tout, les gens n’écoutaient pas. C’était frustrant.
Prise de conscience
Parlez-moi de cette prise de conscience que vous avez eu à
l’âge de 30 ans.
Eh bien, j’ai eu un genre de « wake-up
call ». J’ai réalisé que je n’avais pas été productif pendant toutes ces
années où j’ai chanté dans les bars. J’avais le sentiment d’avoir gâché quelque
chose. Lorsque j’ai voulu mettre un terme à cette vie infernale, j’avais déjà
atteint 30 ans. Suite à ce constat, j’ai perdu le moral et j’ai cessé de
chanter. Je me suis mis à boire six jours par semaine. Avec le recul cependant,
je ne regrette rien de cette période car je n’étais pas encore prêt à
entreprendre une carrière professionnelle. Je manquais un peu de maturité.
Qu’est-ce
qui vous a redonné espoir après cette période difficile ?
Ma rencontre avec Shantale Bourdelais. Un soir,
elle est venue me voir chanter dans un bar. À cette époque, j’avais le
sentiment d’avoir tout exploré. Je n’avais plus rien à me prouver dans les
bars. Je buvais de plus en plus. Elle a été pour moi cette étoile qu’on
souhaite rencontrer lorsqu’on veut sortir d’une impasse. Responsable de la
division spectacle chez Avanti, elle a convaincu ses patrons de me faire
confiance et de m’accorder un contrat de gérance qui me garantissait 1 an de salaire. Durant cette période, j’ai
appris sérieusement à faire mon métier avec discipline, sans alcool et en
profitant de l’expérience des personnes les plus professionnelles du milieu du
show business. Bref, grâce à Shantale,
j’ai pu accumulé différentes expériences comme choriste en accompagnant en
tournée Luce Dufault, Isabelle Boulay et Nanette Workman. Et plus tard est
venu le spectacle Du Rock à l’Opéra.
Idoles de jeunesse
Quelles ont été vos influences musicales ?
À l’âge de 5 ans, j’ai découvert une chanson de Frank
Sinatra / I got you under my skin. J’ai
appris la chanson par cœur. Et sans toujours comprendre le sens des paroles, je
me suis mis à apprendre toutes les chansons de l’album.
Ensuite, vers l’âge de 12 ans j’ai entendu mon premier
disque rock. KISS, Destroyer. C’était
la toute première fois que j’entendais de la guitare électrique. Vraiment, ce
fut un point tournant dans ma vie. Une étincelle venait de s’allumer en moi. On
peut dire qu’à partir de ce moment-là jusqu’à l’âge de 30 ans, j’ai passé
presque tout mon temps assis devant un stéréo à écouter et à mémoriser des
albums de musique.
Et plus tard,
j’ai découvert la voix du chanteur du groupe Judas Priest. Ce fut une autre découverte importante pour moi car à
mon avis, Rob Halford est le dieu des
chanteurs de Heavy Metal.

En 6ième année, je faisais des spectacles
de « lipsing ». Je me déguisais comme les membres du groupe KISS. Cependant, au lieu d’utiliser du
maquillage comme eux, je me barbouillais le visage au crayon feutre. C’était
épouvantable enlever tout ça après le spectacle. J’avais la moitié du visage
enflé. Mais tu sais, c’était le
show-business, hein !
Une famille d’artistes
Dans votre
famille, la musique est cœur de vos vies, n’est-ce pas ?
Oui.
J’ai grandi dans une famille où la musique faisait partie de notre vie.
Tromboniste professionnel, mon père, Claude Blouin http://www.claudeblouin.ca/francais/site_francais.html
, a accompagné
Nat King Cole, Tom Jones et bien d’autres artistes encore durant sa carrière.
Ma mère, elle, chantait le jazz. Et ma sœur aînée, Johanne Blouin http://www.adisq.com/adisq2000/artistes/blouin_johanne/blouin_johanne.html
, mène une carrière de chanteuse depuis maintenant une quinzaine
d’années. Mais je ne m’identifie pas à
eux dans ma carrière de chanteur professionnel. Je suis simplement Patrice
Blouin.
Projets
de carrière
Avez-vous des
rêves et des projets futurs pour votre carrière solo ?
Oui. Éventuellement, j’envisage faire un album et une
série de spectacles en province.
Merci Patrice Blouin pour cet entretien.
Connie Byrne
Club-Culture