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Pour un virage, c'en est tout un!
Pour son deuxième disque en six mois, Bernard Primeau avait encore une fois choisi Biddle's pour le lancement de Virage, son dernier-né. On y retrouve les collaborateurs habituels de Primeau - le contrebassiste Frédéric Alarie, le pianiste Eric Harding, le saxophoniste Kelly Jefferson et le trompettiste Bill Mahar - en plus du tromboniste américain Ray Anderson qui partage depuis toujours l'intérêt du batteur montréalais pour l'ère bop.
On y retrouve également un heureux mélange de virtuosité, de simplicité, bref du plaisir de jouer qui transpire habituellement des enregistrements de Bernard Primeau.
Là où se situe le Virage annoncé, c'est beaucoup plus au niveau de l'approche moins traditionaliste de l'ensemble. Au lieu de suivre les chemins habituels d'interprétation des grands classiques, le groupe explore d'autres avenues et redonne vie à des classiques de Thelonious Monk (Ruby My Dear), John Coltrane (Naïma) ou Dizzy Gillespie (Con Alma).
Bill Mahar confirme son immense talent de compositeur et d'arrangeur sur ce disque que d'aucuns identifieront - sans risque de se tromper - comme le plus accompli du Bernard Primeau Jazz Ensemble. Enfin, l'apport de Ray Anderson se fait sentir dès la première pièce, Southend Stomp - une composition de Mahar - qui permet au musicien de Chicago d'annoncer ses couleurs et d'imprimer un ton à tout le CD, ton que ni les standards mentionnés plus haut, ni les ballade biens senties ne parviendront à édulcorer.
Doit-on parler de classique? Peut-être est-il encore trop tôt pour s'avancer. Les performances en concert viendront confirmer ou infirmer cette première impression qui ne laisse en bouche qu'un excellent goût.
On pourra entendre l'Ensemble un peu partout au Québec cet été, dont le concert très attendu du 30 juin à la salle du Gésu, à Montréal, dans le cadre du Festival de jazz.
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Alain G. Lecavalier
pour Club Culture
