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(roman)
Éditions
Boréal
Auteur : Gil Courtemanche
284
pages
ISBN : 2-7646-0071-2
C’est
la chronique d’un génocide. La critique
au vitriol des « petits chefs » blancs de l’Afrique. Mais c’est surtout le roman d’Émérita de
Cyprien, de Méthode et de la douce et belle Gentille. Un hymne à la vie…..(Isabelle Hachey, La Presse).
L’histoire
se déroule au Rwanda, à l’heure où tout se prépare, à l’heure où l’ombre de la
mort étend ses tentacules.
En
lisant ce récit, nous ne pouvons nous empêcher de penser aux sept plaies
d’Égypte et surtout celle de la main meurtrière et sanguinaire qui élimine les
premiers nés - mâles….C’est dans la Bible, au temps de Moïse….Légende ? Je ne crois pas. Après la lecture du roman, nous avons la preuve qu’après des
millénaires, la légende devient réalité.
Oui,
une plaie sanguinolente et destructrice démontrant toute l’horreur de l’homme,
sa folie vengeresse sous les yeux grands ouverts de gens responsables, des
blancs suffisants et hypocrites abusant sans vergogne de leurs titres et de
leurs petits pouvoirs corrompus. Tous
et toutes regardent, tous et toutes voient mais leur bouche restent scellée, se
rendant complice du génocide. Une
dénonciation virulente, des accusations sans détours, une description qui
bouleverse et qui nous interpelle.
Gil
Courtemanche ne mâche pas ses mots et ce n’est pas son intention. Il écorche tout le monde au passage. Par contre, à l’opposé de la torture et de
la haine, une histoire d’amour naît entre un journaliste, Bernard Valcourt et
la jeune et belle Gentille. Leur amour
est nécessaire voir même vital. Il
jette un baume d’espoir dans cet enfer insupportable. À cette époque, à Kigali, 35 % des gens entre 15 et 45 ans
étaient séropositifs. À cause du
bouleversement de population – des gens dans les camps, les viols, l’élément
culturel concernant les habitudes sexuelles ainsi que les prisons où les hommes
sont entassés, le sida prolifère rapidement.
C’est
à travers le regard de Bernard que nous apprenons à découvrir et comprendre le
plaisir, l’amour, que nous pouvons donner un nouveau sens à la vie, à accepter
la différence. Il nous interpelle comme
Blanc occidental face à une culture qui nous est complètement inconnue. Il nous crache en plein visage, sans détour,
notre responsabilité à cause de notre ignorance, à cause de nos préjugés.
Il
se sert de son expérience journalistique pour informer et décrier avec force
une situation impardonnable, inconcevable et atroce par le biais du roman –
mélangeant le reportage et le récit.
À
chaque page, à chaque phrase, nous nous sentons comme un accusé, face à la
victime, jugé par ses paires….Nous sommes accusés d’inconscience,
d’indifférence et d’hypocrisie, sous le couvercle de la « non
ingérence » dans les affaires d’état.
Par contre, comme puissance mondiale et économique, nous profitons
largement des richesses des pays du Tiers Monde…..
Un
roman choc. Il dérange, il est violent
par sa vérité. Une violence qui porte
jusqu’au cœur non pas parce qu’elle est gratuite mais parce qu’elle existe,
elle vit à cause des excès et de la démence.
Mais aussi, il y a une douceur, belle comme cette fleur qui pousse
malgré tout, à travers un champ de désolation et de mort. L’amour est présent et il est raconté en parallèle,
du début à la fin du roman.
L’action
se déroule avant le génocide, pas qu’il n’est pas présent avant….c’est tout
simplement qu’il fermente en puisant toute sa force pour qu’une fois enclenché,
il puisse frapper et atteindre son but.
Gil
Courtemanche a tourné « L’Église du sida » qui lui a valu des prix et
c’est justement pendant ce tournage qu’il se fait des amis qu’il décrit dans le
roman. Ce roman exceptionnel décrit
avec autant de force, la vie.
« Un
Italien de la banque mondiale…….Vous faites quoi dans la vie ? » lança
l’Italien hilare. Elle répondit en
passant sa main dans ses cheveux qu’elle faisait tout ce que les hommes
voulaient. Et elle insista : « Tout ce que les autres filles d’ici
ne veulent pas faire. » C’était
vrai. Très rapidement, une bonne partie
de la ville blanche le sut et Bernadette n’eut plus que de vrais clients. Ils venaient seuls ou par deux. D’autres amenaient leur femme……Maintenant qu’elle
ne s’appartenait plus, elle pouvait bien se donner à tous et à toutes. »
Bernadette
répond à Élise et à Bernard alors qu’elle reçoit une enveloppe dans laquelle
les résultats des tests lui annonce qu’elle est séropositive.
« Séropositive,
je meurs. Séronégative, je meurs. Vous nous regardez, vous prenez des notes,
vous faites des rapports, écrivez des articles. Pendant que nous mourons sous votre regard attentif, vous vivez,
vous vous épanouissez. Je vous aime
bien, mais vous n’avez pas l’impression, des fois, que vous vivez de notre mort
? »
Des
passages comme ceux-là, il y en a à la tonne….Jusqu’à la toute fin du roman et
même dans les écrits, laissés par Gentille lors de son incarcération, elle
dénonce les viols successifs, les tortures gratuites faites par des Rwandais
sur des Rwandais et non pas des Tutsis ou des Hutus….Au fond, ils tuent pour ne
pas être tués. Ils ont peur de
mourir…..alors ils tuent. Pour ne pas
devenir fous, les Hutus appellent les Tutsis des cafards, des sangsues qu’il faut
absolument exterminer de la face de la terre……Ils ont éliminé de leur esprit la
notion de bien et de mal en tuant des être humains. Ils ont le droit parce que ceux et celles qu’ils tuent ne sont
pas des êtres humains, des personnes….
Ce
n’est pas un roman facile à lire mais c’est un roman qu’il faut absolument
lire.
Bonne
lecture !
Francine
Charrette
Club-Culture