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(Roman)
Auteur : Nancy Huston
Éditions : Actes Sud/Leméac
500
pages
ISBN : 2-7609-2179-4
Genre : roman (social)
C’est
la « Thanksgiving » et un groupe d’amis se retrouvent pour souligner
cette journée importante.
« Quelle
espèce! Souvent à regarder les êtres
humains accomplir leur destinée sur Terre, je me laisse emporter presque au
point de croire en eux. Ils me donnent
l’impression singulière d’être dotés de libre arbitre, d’autonomie, d’une
volonté propre….Je sais bien que c’est une illusion, une notion saugrenue. Moi seul suis libre ! Chaque tour et détour de leur destin a été
planifié d’avance par mes soins; je
connais le but vers lequel ils se dirigent et le chemin qu’ils emprunteront
pour y parvenir; je connais leurs
effrois et leurs espoirs les plus secrets, leur constitution génétique, les
rouages les plus intimes de leur conscience…..Et pourtant, et pourtant….ils ne
cessent de m’étonner. » (N.H.)
Nul
autre que Dieu nous invite à la rencontre de personnages, de leurs réflexions
personnelles à tour de rôle, de ce qui les unit et ce qui les divise, de leur
passé, leur présent et leur futur.
Avec
une précision décapante, Nancy Huston pénètre les univers différents de chacun
par le biais d’un « happening », le Thanksgiving ». L’action se passe chez Sean Farrell, poète
et professeur de poésie à l’université, alcoolique, fumeur invétéré, un auteur
en déclin, désabusé mais très attachant flairant sa mort prochaine.
Y
sont invités, des collègues au département d’anglais : Hal Hetherington, romancier et Charles
Jackson, poète et essayiste noir. Deux
sont d’anciennes amantes :
Patrizia Mendino, secrétaire et Rachel, professeur de philosophie à
l’université. Son avocat Brian, le
peintre de sa maison Leonid Korotkov et son boulanger Aron Zabotinsky. Il y a Katie, l’épouse de Leonid, Derek,
l’époux de Rachel également professeur de philosophie, Beth Raymondson,
l’épouse de Brian, Chloë, la jeune épouse de Hal et leur fils de onze mois, Hal
junior.
L’écriture,
vivante et descriptive, s’étale sur une soirée de retrouvailles. L’auteure consacre un chapitre à chacun des
protagonistes qui se racontent et par la suite, Dieu s’impose pour la simple
raison qu’il nous informe sur le futur qui les attend. Dans cette petite jungle humaine, hommes et
femmes se dévoilent. À mesure que les
personnages font leur entrée, un film se déroule, un peu à la Woody Allen.
Le
temps s’écoule, les uns s’égarent dans leurs souvenirs pendant que d’autres se
délectent autour d’une table bien garnie.
Qu’arrive-t-il quand on meuble la conversation ? Eh bien, des échanges banals, anodins, sans
profondeur. C’est le lot de malaises, de
secrets non dévoilés, de regards furtifs et complices, c’est également le
« politically correct ».
C’est
la tempête de neige dans l’Est des États-Unis, les gens arrivent les uns après
les autres, on échange à la volée des mots et des expressions de convenance, on
s’installe bien confortablement dans un fauteuil avec un verre à la main – la
boisson coule à flot. C’est aussi la
frugalité et lorsque l’alcool s’infiltre dans le sang, il délie les
langues…..C’est le temps des confidences.
Ces gens sont réunis mais chacun se retrouve isolé dans ses souvenirs. On se retrouve à la fois entre amis mais en
même temps, un côté des personnages est gardé à l’ombre, enfoui au plus profond
de son être et l’isole des autres. Ce sont, pour la plupart, des intellectuels,
des universitaires, des professionnels – l’image d’une petite bourgeoisie. Par contre, chacun a son lot de malheurs et
de tiroirs secrets.
Nancy
Huston réussit à piquer notre curiosité parce qu’elle choisit de nous présenter
intimement chacun des personnages – comme un menu -.
Le
fil de trame est le repas – la raison de ces retrouvailles : les gens forment les ingrédients de cette
mise en scène. Son style d’écriture est
un doux mélange de masculin et de féminin.
Un
roman original, bien raconté, un jeu de miroirs, des situations typiques, des
réflexions personnelles, des questionnements, des vies uniques et des passés
juteux à souhait. Que ce soit la jeune
« junkie » amoureuse de son frère racoleur, travesti et mort dans les
rues de Vancouver, le peintre raté d’Europe de l’Est, du poète noir frustré et
amer, malheureux en amour, d’une femme médecin souffrant de boulimie aiguë,
tous possèdent un attrait, tous possèdent leurs petites perversions, riche
d’expérience et de vie.
Dieu
est ce grand arbitre, créateur et observateur de sa progéniture. Il surveille, explique, sans parti pris, il
suit la mise en scène d’un œil narquois, du haut de son univers. Dieu est conteur, il décrit les premiers
balbutiements des personnages jusqu’à leur dernier soupir sans être grotesque
mais tout de même avec une note cynique et paternelle, parfois
dithyrambique.
« C’est
touchant de leur part de vouloir m’inclure de temps à autre, même s’ils ont
tendance à me faire à leur image. Ils
croient par exemple, que je les aime.
Quel malentendu ! Que pourrait
bien signifier l’amour pour un être comme moi, omniscient et omnipotent
?…. »
Un
roman moderne, actuel et plein de vie.
Née
en 1953 à Calgary, Alberta où elle a vécu pendant 15 ans. La famille déménage à Boston. Elle étudie à New York et elle a l’occasion
d’aller à Paris pour y poursuivre des études.
Elle obtient une maîtrise des Hautes Études en Sciences Sociales. Depuis 1980 elle a publié plus de 19 œuvres
de fiction et de non fiction.
En
1981, son roman “Les Variations Goldberg” reçoit le Prix Contrepoint et en
lisse pour le Prix Femina.
Autre
chronique: "L'empreinte
de l'ange" chez Actes Sud/Leméac
Bonne
lecture !
Francine
Charrette
Club-Culture