

J'aime que les émissions de radio se déroulent en studio. Car il n'y a pas à dire, les habitudes apaisent l'homme. Pourtant, chaque fois que nous allons à l'extérieur, j'apprends des choses.
Mercredi dernier, tenez. Nous étions au Musée des Beaux-Arts. En me rendant à pied au rendez-vous, j'ai emprunté le plus rapidement possible la rue Sherbrooke. Cette rue m'en a toujours imposé. Je m'y sens riche. Jusqu'à ce que je me demande si on ne va pas m'appréhender. Puisque je suis en quelque sorte un intrus. Ce n'est pas mon monde.
Mais ne voit-il pas que je passe devant le Ritz. J'y suis bien allé quelquefois. Je n'en ai gardé aucun souvenir précis, sauf celui-ci : Je n'avais pas de veste. On m'en avait prêté une, trop grande pour moi. On voulait faire dans l'élégance et on m'avait costumé en roi de l'habit.
Mais revenons à Mercredi dernier, à la porte de l'hôtel , il y avait une affiche de taille respectable. Au premier coup d'oeil, on aurait cru voir une pancarte d'agent immobilier. Voulait-on transformer l'auguste auberge en appartement de luxe? Mais non, il s'agissait tout bonnement d'une invitation à déjeuner ou à dîner (je ne sais plus) dans le fabuleux jardin du Ritz. Tout de suite, je me suis senti tout drôle. Ce fabuleux m'intriguait. D'autant qu'une illustration agrémentait la légende. Oy voyait en premier plan un couple attablé. La dame donnait nettement l'impression qu'elle avait trouvé un cheveu dans son potage. Peut-être ne pouvait-elle plus supporter la présence de la demi-portion cravatée qui l'accompagnait? Ces deux-là ne semblaient pas se régaler. Leur jardin n'en était pas un de délices.
Pourtant sur l'affiche, le garçon était tout près, souriant. C'était peut- être l'ami du photographe. Il lui aurait obtenu le contrat et attendrait sa ristourne. Un autre couple plus loin avait l'air heureux de se trouver là. Ils portaient dans le regard la lueur de l'espoir, ainsi que dit mon ami poète. Nettement à l'arrière champ, officiait un autre garçon à l'air compassé. Il était clair qu'il n'était pas l'ami du photographe.
Je suis impressionnable. Je me suis demandé si je ne devais pas inviter la bourgeoise à festoyer en ce jardin. Nous irions tôt en espérant que le couple diabolique ne se soit pas encore installé. Nous ferions un festin, nous serions un peu fabuleux à notre façon.
Je retournerai au Musée dans quelques jours. Ce ne sont pas les toiles vues en passant au pas de course - je courrais afin d'échapper à mes supporteurs - qui ont apaisé ma soif de Magritte. Peut-être jetterai-je en passant un deuxième coup d'oeil à l'affiche du Ritz. Pour m'habituer. Le surréalisme de Magritte, à côté de ce réalisme- là, est d'une rare simplicité!
Toute reproduction est strictement prohibée. © 1996 Société Radio-Canada et Gilles Archambault
