Atlanta pour toujours

Je n'arrive plus à regarder la télévision. C'est à cause des Jeux Olympiques. Tout était tellement facile alors. On se braquait devant son poste du matin au soir avec la sensation d'assister à de grandes réalisations.

Ce que j'aimais par-dessus tout c'était la course à pied. Des gazelles partout. Parfois même on s'essouflait à les voir s'envoler dès le tir du pistolet. On aurait même juré que si les athlètes couraient si fort, c'était par crainte qu'une balle ne les atteigne en plein front.

Mon cousin- qui ne croit à rien- estime que c'est par goût des honneurs qu'ils se démenaient ainsi. "Quels honneurs?" lui ai-je demandé. "Recevoir un drapeau de Sheila, la patrimoniale, accepter l'accolade de Jean 1er de Shawinigan? foutaises!" Ça ne lui a pas plu, à mon cousin. Il m'a rétorqué que Donavan Bailey avait déjà l'air d'un politicien quand il a fait le tour du stade, enroulé dans sa serviette de plage emblématique. Mais est-ce qu'il y en avait des unifoliés! On se serait cru à Ottawa, une journée de semaine ou à Montréal, le 27 octobre de l'année dernière.

Mon cousin me bat froid depuis ce temps. Pas étonnant, il ressemble de plus en plus à un juge d'Atlanta. Je ne suis même pas sûr à la vérité qu'il s'agisse de juges, mais vous savez ces hommes coiffés de chapeaux à larges bords postés aux endroits stratégiques et qui semblaient dormir, l'air impassibles comme s'ils assistaient à l'une de ces exécutions capitales qu'Atlanta et la Georgie toute entière affectionnent et que Coca-Cola ne commandite pas.

Je ne m'en cache pas, j'ai adoré ces démonstrations de vitesse. Il m'a semblé que si je m'y mettais je pourrais moi aussi avoir cette légèrete. Mais comment y arriver? Chaque fois que, dans ma vie, j'ai voulu m'élancer, on m'a dit de ne pas m'énerver, de rester tranquille. Et puis je n'aime pas m'exhiber en petite tenue, j'ai une tache de rousseur sur la cuisse gauche.

Avec le résultat que je suis devenu pataud. Pas comme Jean-Louis Roux. Vous parlez d'un sprinter! De comédien vieillissant à sénateur puis à lieutenant-gouverneur en peu de temps, quel météore. Si on ne l'arrête pas, cet homme sautera en baril du haut des chutes Niagara, en disant que les chutes Montmorency, c'est la root beer en comparaison. Mais que met-on dans les rouleaux printaniers de la Maison du Egg Roll? Pas d'anabolisants, j'espère, ça ferait un scandale politique, ce serais bien désolant.

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