

Au temps de mon âge tendre, on utilisait volontiers le mot "indécence". On faisait alors référence dans la grande majorité des cas, au corps humain. Il ne fallait, à ce qu'il semblait, le dévoiler que fort parcimonieusement. C'était une denrée sacrée.
Aujourd'hui, l'expression est désuète. On ne "se rince plus l'oeil" comme alors, ce serait ringard. La libération des moeurs nous a habitués à une sorte de presque luxure ordinaire. Les corps sont plus visibles, et c'est tant mieux. Lorsqu'ils ne le sont pas, ils sont si étroitement ficelés qu'ils en deviennent plus provocants encore.
Il me semble pourtant qu'on pourrait réhabiliter le met. Quand un politicien, par exemple, évoque la création d'emplois, quand il fait campagne pour ce but avoué en multipliant les promesses, il sait bien qu'il ment. Le travail, notion sur laquelle est basée notre civilisation, disparaît à une vitesse foudroyante.
Tout aussi indécent, l'écart grandissant entre les pauvres et les riches. La classe moyenne voit ses rangs s'amenuiser, les empires financiers ont des appétits incontrôlés. Je ne m'y connais pas très bien en ces matières, mais jamais on me fera croire que l'ère de la technologie avancée dans laquelle nous entrons n'est pas une machine à broyer l'homme. Comment faire face à tout cela? Je ne sais pas, mais le nier me paraît indécent. La manière surtout c'est être dépassé par un phénomène, passe encore, mais prétendre savoir quand on est ignorant, c'est de fumisterie.
Puisqu'il est avéré que dans une génération le travail deviendra un privilège, pourquoi maintenir le même discours sur la valeur de l'effort, sur la récompense qu'on obtient de facto dès qu'on bosse un peu. "T'as voulu t'instruire, travaille !" disait-on dans mon quartier, aux travailleurs en usine, il y a une quarantaine d'année. On avait raison, les jeunes vont à l'université et on ne travaille pas par la suite. Dans l'angoisse. Ce n'était pas prévu. On ne peut pas tout savoir.
Je tape encore mes textes à la machine. Tout autour de moi, on est muni de d'ordinateurs sophistiqués. L'État aidait les créateurs, ainsi qu'on le disait joliment, se retire peu à peu de la course. Il faut rationaliser, réduire le déficit, sabrer dans les programmes.
Croyez-vous que cette tendance empêchera les politiciens de parler avec des trémolos dans la voix du travail intellectuel et de son apport à la nation? Ils ne se surprendront pas de ce que la télévision ne soit plus devenue qu'une usine à propagande publicitaire ou politique. Ils n'auront plus que des louanges pour ce qu'ils estiment être de la culture.
Ils n'en sont pas à une indécence près, les politiciens. Regardez- les agir dans tous les domaines. Un jour, on nous parlera de techniques médicales ultra sophistiquées que pourront se payer que les riches des États-Unis ou des Émirats arabes. L'agonisant se dira qu'avec un peu de chance il aurait survécu. Ce sera consolant.
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