

J’ai pensé à cette scène, l’autre soir. On venait d’annoncer la fermeture du service international. Un an plus tôt, on avait eu droit aux mêmes images. Airs désolés, tristesse généralisée comme après un sinistre. Pour moi, c’était plus qu’un moment du journal parlé. Je reconnaissais quelques visages. Des gens que j’avais croisés quelques fois avec qui j’avais pu converser.
Selon toute évidence, ces personnes n’avaient pas de sang sur les mains. Mais c’était tout comme. Ils avaient été pris en flagrant délit, tous. Puisqu’on leur signifiait une cessation d’emploi.
Deux ou trois jours après, la ministre faisait une déclaration à l’écran. Souriante, l’air d’une dame qui vient d’acheter des décorations de Noël dans un magasin à un dollar. Les choses revenaient dans l’ordre, estimait-elle.
Dans l’ordre pour un an. Presque une condamnation avec sursis. Je me suis imaginé dans la situation des employés soumis à ce régime. Combien de nuit sans sommeil n’aurais-je pas dû supporter? Et lorsque la toute puissante serait venue déclarer que " le problème est réglé ", aurais-je été soulagé? Je ne crois pas. Pas vraiment. D’emblée, j’aurais pensé à l’année à venir et à celles qui viendraient après.
Le lendemain, j’apprenais qu’une connaissance venait d’être limogée par la boîte qui l’employait. Après 22 ans de service. En prime, des miettes et des souhaits. Il n’y avait pas dans ce cas de déclarations de ministre. Au revoir et merci.
Je n’en dis pas plus. Se fâcher au saut du lit, n’est pas recommandable. Ce sont les médecins qui le prétendent. Les mêmes qui vous veulent en santé malgré vous et qui n’ont jamais songé à dénoncer l’avènement du monde ignoble de l’argent-roi dans lequel le moindre joueur de base-ball ou de tennis gagne plus d’argent en un an que les finissants réunis d’une école primaire, d’une école secondaire et d’une faculté d’université n’en récolteront pendant toute une vie.
Nous avons atteint l’époque du patron tranquille. Je ne parle surtout pas de l’immunité de ceux qui assument ce genre de charge, ils sont plus que jamais à la merci des actionnaires et des politiciens, mais bien de la fonction, sorte de masque de carnaval.
Comme il me semble doux en comparaison de ce temps où le patron, pas nécessairement
commode, cherchait à rassurer. On ne rassure plus. Tant mieux si on ne menace pas, si on
ne se réfugie pas derrière une froideur apparente ou réelle. Ca n’empêchera pas les imbéciles
de chanter l’avènement d’un monde nouveau et de souhaiter à tous des poumons frais pour
accompagner un état de stress permanent.
Gilles Archambault
