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Entrevue avec Michel Viau

Auteur de

BDQ 2000

 

Que faites-vous pour gagner votre vie ?

Je suis moniteur en réadaptation car je ne peux vivre de ma passion c’est-à-dire la bande dessinée.

La BD vous passionne depuis combien de temps ?

J’ai grandi avec la bande dessinée et j’ai suivi des cours en arts plastiques. Je collectionne la bande dessinée et je consacre une bonne partie de mon temps libre au 9ième art depuis très longtemps alors c’est normal pour moi, d’avoir écrit cet ouvrage.

Depuis combien de temps travaillez-vous à cet ouvrage ? Le premier je crois ?

" BDQ " édition 2000 a pris 3 années de recherches intensives. Répertorier tout ce qui s’était fait dans le domaine du possible car, même après la parution de mon ouvrage, plusieurs peronnes m’ont appelé ou écrit pour me dire qu’elles avaient des journaux, des magazines etc sur des bandes dessinées dont je ne faisais pas mention. Vous voyez à quel point, la documentation est incomplète et cela, pour toutes sortes de raisons, dont la plus importante, le manque de reconnaissance pour la bande dessinée et ses créateurs. C’est toute une partie de notre culture qui nous échappe en quelque sorte !

Parlez-moi des dessus et dessous de la BD au Québec et au Canada par rapport à l’Europe,les États-Unis ?

Il y a beaucoup à dire à ce sujet. Par exemple, saviez-vous que le Canada avait un bon pas d’avance sur la France et la Belgique ? Oui. En 1904, dans " La Patrie " il y a eu une première publication. À cette époque, la bande dessinée servait de " bouche-trou ". Lorsqu’on manquait d’articles ou si des articles prévus n’arrivaient pas à temps, on insérait une bande dessinée....

C’est ni plus ni moins, grâce à ces " bouche-trou " que la BD a vu le jour au Québec.

À cette époque, également, la nature du contenu était de nature pudique, religieuse, familiale et politique. La bande dessinée reflétait la société. Et c’est encore vrai aujourd’hui....

" Zig et Puce " ont fait leur apparition dès 1925.

Le Canada est un bien grand pays, en plus d’avoir deux langues officielles, l’anglais et le français. La distribution est un problème majeur et hors Québec, c’est l’anglais qui prime alors, les bandes dessinées sont anglophones et viennent en majeure partie, des États-Unis, à cause de la culture et sa forme de pensée.

Chez-nous, au Québec, la majeure partie des bandes dessinées proviennent des pays Européens, la France et la Belgique. Les bandes dessinées européennes profitent d’un meilleur emplacement et d’étallages sophistiqués chez nos libraires. L’argent investi dans le type de reliure compte aussi beaucoup et malheureusement, très peu de bédéistes peuvent s’offrir le luxe de reliures attrayantes et de qualité et comme nous avons une pauvre distribution, donc moins de lecteurs.....c’est un cercle vicieux qui est loin de se régler.

Il faut dire que le Québec représente 4% du marché de la BD pour les français, soit 7 millions de dollars. Alors, vous comprendrez que la BD européenne est très bien représentée...ceci, au détriment des bédéistes francophones. La clientèle (lectrice) de bandes dessinées ne connaît pas ou à peu près pas, nos bédéistes Québécois.

Avez-vous travaillé seul à la BDQ ?

Non. J’ai travaillé en étroite collaboration avec Monsieur Yves Millet, éditeur et libraire lequel, entre 1994 et 1995 avait " Zone convective ", achetée par Les Éditions Milles-Iles. Il m’a beaucoup supporté et ses conseils ont été très appréciés. En ce qui me concerne, j’ai mis trois ans à faire des recherches, compiler et enfin, écrire cet ouvrage.

Nous l’avons fait en noir et blanc pour des raisons d’économie.

À votre connaissance, y a-t-il eu une période d’or de la bande dessinée au Canada ou au Québec ?

Certainement. À la période de la deuxième grande guerre, un décret ou loi stipulait qu’il était strictement défendu d’accepter l’importation ou faire entrer au pays tout objet jugé non essentiel. C’est vers décembre 1941 que cette loi a été votée. Grâce à cette loi, la bande dessinée a pris son envol et a tenu une place importante sur le marché. Elle était lu et elle se vendait beaucoup.

Par la suite, nous avons connu une période noire. L’entrée en masse : BD, magazines, journaux etc., américains a envahi notre marché et la bande dessinée s’est effacée sous la marée américaine et européenne (Québec). Ce que les gens ne savent pas c’est que la majeure partie des " comics " BD américaines sont imprimés ici, à Montréal, au Québec et ensuite distribués et vendus dans le monde entier. Notre richesse naturelle, nos forêts et notre expertise en matière de qualité de papier est connue à travers le monde et les coûts sont très bas, surtout en calculant les taux de change de la monnaie...

Il n’y a pas de solutions miracles, ni de secrets de polichinelle pour contrer tout ces problèmes. Tout simplement, une volonté politique et économique afin de sauver et encourager nos créateurs et ainsi, sauvegarder notre richesse et notre culture. Par exemple, en Espagne et au Portugal, le gouvernement a fait passer des lois spécifiques qui protègent ce marché sinon, cette forme d’art ne pourrait résister à une marée de produits étrangers.

Un autre élément très important du problème qui nous concerne ici, c’est celui de la diffusion. Les médias, boudent littéralement la bande dessinée. Des animateurs d’émissions, et je ne nommerai pas de noms, lèvent le nez sur les bédéistes et la bande dessinée. Pourquoi ? Et de quel droit ? Ils ne font pas connaître les éditeurs, les produits disponibles, les créateurs et qui plus est, portent un jugement de valeur inacceptable, compte tenu de leur mandat : INFORMER.

De ce côté, la couverture médiatique est plus que décevante.

Mais j’ai espoir. Avec la création d’événements majeurs comme " La BD à l’honneur " au " Salon du livre ", à Montréal ou en région, la participation des bédéistes et des maisons d’éditions à des festivals d’importance comme celui d’Angoulème etc...Nous réussirons, peut-être, à retrouver nos lettres de noblesses. Il y a, malgré tout, une vie très active, des passionnés de BD comme moi, des créateurs de plus en plus nombreux et des maisons d’éditions audacieuses qui nourissent la bande dessinée. Espérons que tout ce travail permettra l’éclosion du marché !

Ah oui ! J’allais oublier : les produits dérivés.

Vous savez : puzzles, poupées, jeux, épinglettes etc..... ?

En France, aux États-Unis, en Asie, en plus des bandes dessinées, il y a toute une industrie de support, celle des produits dérivés. Cela permet de s’approprier un ou des personnages vedettes et des articles de toutes sortes. Ce faisant, la visibilité se voit de beaucoup augmentée et la vie des BD également. Économiquement, c’est profitable pour tout le monde incluant ses créateurs....

Mais ici, au Québec, il n’y a absolument rien. On pourrait faire la même chose et l’adapter à notre culture, à des personnages qui ont marqué une époque....Non, on les ignore !

Il n’y a pas de suivi après un album. On ne fait pas vivre un personnage très populaire de la bande dessinée très longtemps si ce n’est que le temps de parution. On le tue et voilà tout !

Prenons le personnage d’Onézime. Il est encore présent dans notre esprit et d’ailleurs il y a un prix décerné lors du " Salon du Livre " à Montréal pour la meilleur bande dessinée de l’année (meilleur album), qui porte son nom. En 1999, c’est Jean-Paul Eid qui l’a reçu.

Cela, très peu de gens le savent et, pas de battage médiatique pour ça....C’est dommage !

Avez-vous un autre projet que vous chérissez et qui pourrait voir le jour sous peu ?

Oui, j’ai un autre projet. Et non, pour la deuxième partie de la question. Le projet que je vais entreprendre c’est une deuxième partie, faisant suite à ce répertoire BDQ. Je crois que l’ampleur de l’ouvrage nécessite au moins 3 à 4 années de recherche alors ce n’est pas pour très bientôt.

Ce serait : " L’Histoire de la BD au Québec ". J’aimerais pouvoir lancer cette histoire en 2004, cent ans exactement après la première parution, soit 1904 dans " La Patrie ". Et j’aimerais pouvoir insérer un extrait original de cette première bande dessinée.

On verra !

Mon approche est la suivante : la BD, reflet de la société.

Comment s’intègre la BD dans l’histoire du Québec ?

J’ai besoin de répertorier et trouver toutes les photos, avoir l’autorisation de publier les différents personnages (héros) des bandes dessinées et j’aimerais avoir de la couleur. Est-ce que ce sera en plusieurs numéros ? Est-ce que je présenterai cette histoire en la découpant par époque ? Est-ce que je pourrai retrouver tous les documents, magazines, bandes dessinées que je n’ai pu trouver jusqu’à maintenant ?

Plusieurs questions font l’objet d’une profonde réflexion avant de décider de la forme ainsi que la présentation finale de cet ouvrage.

Déjà, je reçois plusieurs lettres ou appels téléphoniques de personnes qui possèdent des journaux d’époque, des magazines, des fanzines ou bandes dessinées exclusives. Dans la mémoire des gens, il y a encore beaucoup à apprendre et je suis certain que je continuerai à faire des découvertes renversantes qui me permettront de léguer une partie d’un héritage unique en son genre. Espérons-le !

Merci Monsieur Michel Viau, vous avez été très généreux de vos commentaires et j’espère, de tout coeur avec vous, que la BD et les bédéistes recevront tous les honneurs qu’ils méritent !

Personnellement, j’ajoute, pour ceux et celles, intéressés de près ou de loin à la diffusion et la culture bédéiste, d’informer Monsieur Viau par le billet des Éditions Mille-Iles de tout ouvrage original de bandes dessinées pouvant lui être utiles pour toutes ses recherches afin d’écrire toute l’Histoire de la BD au Québec depuis ses débuts.

Voici le numéro de téléphone et la personne à contacter :

Téléphone : (514) 381-1422

Madame Sophie Deschênes

À très bientôt !

Francine Charette

Club-Culture