
Qu'est-ce qui t'a donné le goût de faire de la musique ?
Ça fait longtemps de cela. Au mois d'octobre 99, je vais fêter mes 25 ans de vie artistique. J'ai eu mon premier contrat professionnel 1974 à Mistassini, au Lac Saint-Jean. C'était pour un mois et demi à l'Hôtel Saint-Michel, qui est passé au feu depuis. En fait, mes frères jouaient de la musique. Cela m'intéressait beaucoup. J'allais les voir jouer et pratiquer. J'aurais aimé être batteur, j'étais un batteur un peu frustré. Mon père jouait de la guitare et j'ai appris assez facilement en le regardant faire. Non pas parce qu'il voulait me le montrer. Quand il voulait me le montrer, je ne voulais pas l'apprendre, je dessinais plutôt. C'était plus le dessin qui m'intéressait. Après le secondaire, je suis allé à l'Académie des Arts suivre un programme de trois ans. Sauf que la première année, j'étais tellement omnubiler par la musique, par les groupes et par le fait que je voulais jouer dans un groupe. Cela faisait déjà un an que je 'picossait' (comme on dit) sur la guitare. Tout s'est vraiment déclenché après la première année à l'Académie. Je suis parti pour monter le groupe et c'est demeurer comme cela. Quoique, pendant cinq ans je n'ai pas réellement fait de la musique, j'ai fait de la peinture, des toiles.
Tu as un autre côté artistique que tu n'as pas tout à fait développé, en quelque sorte !
Plus ou moins, puisque j'ai quand même eu des contrats professionnels d'illustration, de pochette de disque, de poster, des T-shirts, des logos de compagnie, des façades de restaurants.
Ce n'est pas ce qui prime pour toi !
Non, en effet. Ce qui est le plus important pour moi, c'est la musique et l'écriture de texte.
Qu'est-ce qui t'inspire ? Je sais que tu es très proche des causes humanitaires, comme par exemple l'Accueil Bonneau. J'imagine que cela doit avoir une certaine influence !
Je crois que c'est le fait d'être engagé socialement, non pas politiquement pour défendre des causes de séparation ou d'unification. Je ne suis pas vraiment là-dedans. Je regarde mon voisin immédiat, celui qui est à côté de moi. C'est de là que je puise mes informations, pas nécessairement des réponses. Je viens de Montréal Est. J'ai grandi dans un milieu ouvrier et malgré que le Plateau Mont-Royal soit un endroit assez relax, on voit encore beaucoup de misère. On peut toujours faire quelque chose pour aider les gens à s'en sortir, ne serait-ce que donner un dollar de temps en temps, donner des conseils si on n'a pas d'argent ou encore un sourire, un encouragement. Les causes sociales m'inspirent beaucoup et aussi le quotidien, ce qui m'arrive à moi et aux autres. Nous ne sommes pas à l'abri des malheurs du quotidien.
Les débuts des Frères à Ch'val !
C'est drôle parce que c'est vraiment l'esprit des Frères à Ch'val qui s'est formé alentour du parti Rhinocéros, un de leur dernier mandat.
Dans le temps, je votais pour ce parti !
Moi aussi, j'ai encore ma carte de membre. C'est une dérision. On sait que ce parti ne sera jamais élu. Plutôt que de voter pour quelqu'un que l'on connaît moins ou encore de ne pas voter, j'aime mieux voter pour ce genre de parti.
Le fondateur est décédé !
Oui, le pouvoir a été repassé aux mains du vice-président. Il n'existait pas vraiment de président, de vice-président ou autre. Les gens se nommaient comme cela. Rien n'était fondé. Les réunions, c'était la dérision des pauvres communautaires. Cela faisait renouveau hippie, même un peu plus. Il y avait ce petit côté révolutionnaire. Pascale Buissière était à l'époque la porte-parole, dans la dernière année du parti. Elle est devenue, dans les premiers spectacles, choriste pour les Frère à Ch'val avec Jennifer Allan et d'autres. Moi et Thibault, on jouait déjà en duo des chansons des Beatles sur les terrasses pour s'amuser. François G. nous a proposé de composer une chanson et de la jouer dans les quatre spectacles-cabaret (un par semaine) que François organisait. Le but c'était de ramasser de l'argent pour le parti Rhinocéros, pour avoir un siège. On n'a alors composé La vie est une longue caravane. On la pratiquait dans les locaux du parti. Tout le monde la chantait avec nous. On a joué cette chanson au spectacle-cabaret. François G. nous a dit ...vous avez droit à une chanson de plus par spectacle ... alors on s'est mis à composer une chanson supplémentaire par semaine. On faisait la chanson de Charlebois sur un texte d'Arthur Rimbault. De fil en aiguille, on a alors composé des chansons pour un premier album. Il s'est également greffé aux Frères à Ch'val, des musiciens qui jouaient avec moi dans le groupe des Détraqués, le batteur et le guitariste qui est devenu, pour la forme, bassiste. On avait également une violoniste, Stéphanie Simard, qui nous a quitté pour aller jouer avec Carbone 14. Entre temps, Mara Tremblay est arrivée. Le bassiste est parti et Gilles Brisebois est arrivé. Donc, cela a formé le premier quintet des Frères à Ch'val : moi; Thibault De Corta, Mara Tremblay, Gilles Brisebois et François Lalonde. Nous avons roulé un an comme cela et par la suite nous avons fait un album. Les gens nous voyaient transporter nos instruments sur la rue St-Denis parce qu'un soir on jouait au Quai des Brumes. Le lendemain soir on s'en allait au Barouf et le surlendemain on retournait au Quai des Brumes. Notre auditoire augmentait au fur et à mesure qu'on jouait. On faisait également quelque chose que peu de groupe faisait : on photocopiait les paroles de nos chansons et on distribuait un cahier de paroles à toutes les tables. Libre à eux de chanter avec nous. Puisque ce n'est pas évident de comprendre les paroles avec un système de son, le public pouvait comprendre et participer. Il y a toujours eu de l'interaction entre le public et notre groupe.
C'est important également !
C'est très important. Puisque que je suis le 'front' en avant, c'est à moi que revient la tâche d'aller chercher le public. C'est à moi à lui parler, d'autant plus que c'est moi qui écrit les textes.
Quelles sont tes préférences musicales ? On sait que cela peut changer, mais quand même !
Je vais avoir 43 ans au mois de septembre. J'ai écouté toutes les sortes de musique. Ce que je n'écoute pas c'est la musique 'ballroom'. Cela ne m'a jamais accroché. Ce n'est vraiment pas ce que j'écoute à la maison. Je peux écouter du Fernandel à Led Zepplin en passant par Death Can Danse etc... J'aime la musique celtique et la musique latine.
En fait, tu es très ouvert sur la musique du monde !
Oh oui, absolument. De plus en plus je dirais.
Comment trouves-tu la scène musicale à Montréal !
De mieux en mieux je dirais. Malgré que l'on soit dans une sorte de crise économique, les gouvernements ont des programmes intéressants pour les jeunes qui sont prêt à continuer. Beaucoup de producteurs se tournent vers les jeunes, vers les groupes à consonance World Beat. Je vois de plus en plus de jeunes groupes. Lors de nos tournées d'été, nous avons toujours un groupe local qui nous accompagne en première partie. Cet été j'ai entendu beaucoup de violon, de mandoline, de bousouki, de tam-tam. On sent que les jeunes groupes s'ouvrent de plus en plus et également, que le marché est prêt à accepter cela. De là à dire que c'est tout rose... non, mais tu peux vraiment avoir une chance, si tu veux.
Tu étais au Franco !
Oui, avec Trio un groupe reggae acoustique. Il n'y a que des petits tam-tam et de la guitare sèche. Ils ont réussi à attirer l'attention du public pendant une heure et quart.
Pourquoi les Frères à Ch'val ?
Les fers à repasser c'est trop long. En fait, on cherchait un nom. Moi et Thibault, à nos débuts, on se promenait avec nos lunettes de soleil et notre chapeau. Ça me faisait penser un peu au Blues Brothers. On était un duo donc brothers, les Frères... tout bonnement j'ai dit les Frères à Ch'val. Thibault est parti à rire et nous avons gardé ce nom. Les gens peuvent penser au début que nous sommes un groupe country. Nous n'avons jamais fait de chanson country dans notre palmarès. Du folk oui, comme notre premier album : complètement folk, aucune guitare électrique. Le deuxième est beaucoup plus électrique et le troisième est un mélange des deux. D''où le retour de Thibault et de Mara sur le troisième album. Denis Lavigne est resté du deuxième album aussi. Chaque année, il y a de nouveaux visages, certains partent, d'autres reviennent. Tout le monde a ses projets. Mon projet premier est les Frères à Ch'val. Mais on a tous des projets.
Cela doit apporter un nouveau souffle au groupe ?
Je suis très ouvert à cela. Ce que j'écoute le plus par les temps qui court c'est Frank Zappa. Il y a 70 albums de lui. As-tu écouter Hommage à Frank Zappa avec Walter Boudreau ? Non, c'est sorti en disque ? Oui, c'est vraiment super. J'ai dans la tête de monter quelque chose comme cela. Ca prend des musiciens qui sont ferrés dans le Zappa. Ca me prendrait de 12 à 15 musiciens. C'est plus un survol qu'un hommage. Il y a une chanson que beaucoup de gens ne connaissent pas mais elle est super :My name is Bobby Brown. Ici, Polo chante. Si jamais tu réussis à faire un tel spectacle, sois certain que tu m'auras comme public...
Qu'est- ce qui s'en vient pour les Frères à Ch'val ?
Nous terminons notre tournée d'été tranquillement. On retourne au Nouveau-Brunswick et en Gaspésie. On fait Percé, Rimouski. Après octobre, je vais probablement faire beaucoup plus d'écriture. Nous n'avons pas de spectacle de rentrée comme tel. Je n'en prévois pas.
Comment fonctionne la vente de ton dernier album?
Très bien. On est le 18e meilleur vendeur. Ce n'est pas autant que le deuxième album. On trouvait d'ailleurs qu'on avait sorti le 2ième album trop tard, et finalement, on s'en est tiré avec 43 000 copies. Ce qui est vraiment bon pour nous. Le premier a plafonner à 18 500 copies. On est rendu à 30 000 depuis que le deuxième a fait vendre le premier. Avec le troisième, on fait une campagne de poster. Le fait de sortir un album au début de l'été, c'est peut-être bon, mais en même temps tu as les fêtes de la Saint-Jean et les festivals qui monopolisent les médias et les gens ont beaucoup de spectacles à voir.
Changement de sujet. Est-ce que tu planifies de nous montrer tes oeuvres ?
J'ai exposé mes toiles en 86 et 88 et j'ai presque tout vendu. J'en ai gardé 5 ou 6 pour la maison.
Dans quel créneau te situes-tu ?
Le Pop Art. Beaucoup de cartoons avec des dessins que j'invente. Mes tatoos sont mes dessins à moi. Thibault et moi, on s'est d'ailleurs rejoint grâce à la bande dessinée. Il était éditeur de la revue Iceberg. De fil en aiguille, on a commencé à chanter pendant qu'on préparait le magazine. J'ai découvert qu'il avait une belle grosse voix.
Merci beaucoup Polo pour le temps que tu nous a accordé !
Merci à toi !
Patricia Marchand
Club Culture
