Rencontre avec un gaucher et un retardataire.

Les Mauvais Quarts d'Heure se font donner des mauvaises directions...et prendront une nouvelle direction.

J'ai passé une bonne heure et demie avec Simon Bédard et Bernard Potvin, respectivement chanteur-guitariste et batteur-vocaliste des Mauvais Quarts D'Heure (MQH), groupe qui a lancé il y a un an un album tout à fait exceptionnel: Gaucher. C'est donc après plusieurs minutes que l'entrevue s'est officiellement déroulée, sans empêcher que celle-ci s'initie à l'arrivée de Simon, lui qui a passé par une crevaison et le centre-ville pour arriver à midi, heure de notre rendez-vous.

La dernière année a été mouvementée pour le groupe originaire de Québec. Eux qui se sont baladés à vive allure sont maintenant en période de repos et ressourcement. "Quand t'as travaillé longtemps sur un projet, après un bout (...) Moi, mon image c'est comme si t'es en char pis tu roules, pis tu roules, à un moment donné il faut que tu t'arrêtes dans une station d'essence. Mais pendant ce temps là, tu roules plus, tu fais le plein pour continuer, bien, c'est là qu'on est rendu." Cette analogie, Simon l'utilisera souvent au cours de la rencontre. Mais ce qu'on ne savait pas jusqu'à aujourd'hui, c'est qu'il est fort probable que la route des Mauvais Quarts d'Heure, telle qu'on la connaît, pourra s'arrêter et prendre un important virage.

Très influencé par la musique nord-africaine, son nouveau matériel n'aura peut-être pas la saveur punk-pop que l'on connaissait jusqu'ici. On parle de métissage musical, de collectivité de musiciens et de la possibilité d'une rupture avec Musi-Art, leur compagnie de disques, si les deux partis ne voient pas le futur du groupe de la même manière. "Tu vois, ça c'est "Zone Grise" pour le deuxième album. Parce qu'au moment où l'on se parle, je ne le sais pas si les MQH et la compagnie Musi-Art vont faire un deuxième album, si les MQH tout court vont faire un deuxième album, si moi je vais faire un deuxième album... ça peut prendre plusieurs directions". Même les autres musiciens n'étaient pas si certains de la nouvelle tengeante de Simon. "On a même pensé à un moment donné que le groupe se dissocierait mais après que j'ai été en mesure de leur faire voir et entendre le "concept", l'attitude des gars a complètement changé" dit finalement celui qui songe à faire entrer d'autres musiciens dans les MQH pour ce projet qui compte déjà une heure et demi de matériel.

Mais qu'arrive-t-il de la "formule gagnante", celle qui a fait que Myriam s'est hissé dans le top 20? Ils peuvent quand même pas cracher sur les attentes des fans et des stations de radio, ou est-ce plus une question d'intégrité artistique? "Premièrement, je n'ai jamais envisagé faire une carrière en musique, faque tout ce qui est arrivé avec les MQH me surprend encore aujourd'hui. En fait, d'un côté je n'ai jamais pensé au succès commercial. D'un autre, quand la machine s'est mise à rouler j'ai même pensé qu'on pouvait être aussi populaire que Jean Leloup. Mais en aucun temps ai-je utilisé une formule. Par exemple, Myriam, c'est une toune qui a pognée, que les gens ont bien aimé, mais quand je travaillais sur une nouvelle chanson et que ça sentait le déjà-vu, je la laissais tomber, parce que je veux faire des choses nouvelles et différentes. Peut-être qu'on va perdre des fans, peut-être qu'on en regagnera des nouveaux." Mentionne celui qui a fait son barreau et qui a un roman (très original à ce que j'ai pu entendre de l'histoire, mais non-publié) à son actif.

On sent que Gaucher n'a pas affiché la vraie nature du groupe, on sent aussi une amertume à cet endroit. "Je pense qu'on a fait trop de compromis pour les radios, pour ce que ça a finalement donné. On a raffiné un petit peu trop les chansons pour se faire accepter auprès de ceux-ci". Et d'ajouter des choses non publiables à l'endroit du réalisateur Guy Tourville (France d'Amour, Bruno Pelletier)..."Ça prend les bonnes personnes pour les bonnes choses" rajoute Bernard, fraîchement arrivé à notre cocus. "Il y a des conséquences à toutes les décisions que l'on prend..." répond Simon. Ça dit tout.

On aura répondu à ma question. Cette nouvelle direction c'est pour une bien bonne cause, la magie perdue. Quand un groupe se fait mouler par les big-boys de l'industrie du disque, on perd un peu de soi. Dans ces moments, il arrive de se remettre en question et de déterminer le moyen de trouver un épanouissement personnel. On me conte une histoire qui s'est déroulé à Limoilou où Simon jouait ses nouvelles chansons sur un balcon avec des amis qui se sont improvisés percussionnistes pour la cause. On me raconte comment la rue s'est littéralement réveillée, où les enfants suivaient le rythme sur des pots de crème glacée et les plus vieux, souriants et tapant des mains. Une bien belle peinture qu'il m'a dessinée. On comprend tout. C'est cette magie que l'on recherchait tant. Cette interaction entre l'artiste et son public qui est devenu très rare, enfin, ici au Québec où tout le monde se prend pour un critique musical du moins.

Les Sauveurs du Rock Québécois

Parlant de critiques, Gaucher a été un album très bien accueilli par ceux-ci. On a dit qu'ils seraient la nouvelle vague du rock au Québec. Ça a fait rire Bernard. " Depuis 1994 qu'on nous dit ces sottises, ça fait longtemps qu'on est sur la vague mais la vague ne se brise pas.. Par contre c'est vrai qu'au Québec il y avait personne qui était arrivé avec une grosse guitare méchante mariée avec des mélodies. Donc les mélodies réchappaient le côté méchant. On nous a souvent comparé à Nirvana" Malgré que l'auteur de ces lignes soit en partie d'accord avec cette dernière. Il croit que ça sonne plus comme du Indochine, s'ils étaient toujours ensemble. On ne leur avait jamais fait la remarque ce qui me prouve que l'on oublie les groupes assez vite au Québec. En France, par contre, on les a comparé à Noir Désir. Voyons-donc. "Les gens sont toujours portés à faire une référence, un peu comme s'ils étaient pas capables de le prendre pour unique, c'est comme ça. Au Québec c'est une maladie chronique, tu peux pas arriver avec un produit original, sinon ils seront déboussolés." Philosophe, ce Bernard.

La rencontre s'en suit sur une ligne un peu moins sérieuse. Pour entrer un peu dans le psychique des gens devant moi, je leur pose quelques colles. Comme s'ils avaient à faire un hommage à un groupe ou un artiste en particulier, qui serait-il? "Moi c'est The Respectables" répond sans hésiter Simon. Bernard, lui prend son temps pour ne pas dire Nirvana, mais qui fini par l'avouer. "J'ai appris le drum avec Dave Grohl, faque c'est sur que ça pourrait être intéressant"

Qui est leur Spice Girl préférée? La table explose de rire, visiblement pas habitués à ce genre de question. "Moi c'est Posh (Victoria Adams), elle est super cute je trouve" répond Bernard. "C'est qui elle, la noire? Moi c'est la noire!" réplique Simon. J'ai pas le droit d'écrire ce que Simon a dit par la suite...

Que font-ils le 31 décembre? Bernard va faire comme les années précédentes, ce que nous faisons tous, se saouler. "Moi l'an 2000..." dit-il avec un certain dédain dans le regard. Simon, un peu plus exotique, se prépare à aller à Amsterdam pour le "gros party" qu'il y aura là-bas. On tente de le convaincre qu'il est trop tard pour ça, il nous répond qu'il a un billet qu'il a eu d'une auberge de jeunesse en 1992. En tout cas...on verra.

Si les MQH étaient les maîtres du monde, s'ils contrôlaient toute la planète, que changeraient-ils? Simon, après une longue série de "euuuuuuuhhhhhhhhhhhhhhh" répond "Le capitalisme. On reviendrait à un mode de vie un peu plus simple. Genre j'abolirais les cartes de crédit." On paierait en poules? Je lui demande. "Pourquoi pas, j'abolirais les cartes de crédit pis les sondages" Bernard part à rire comme un mongol pour finalement répondre, toujours en riant, "Les Témoins de Jéhovah le dimanche matin à neuf heures qui nous réveillent pour nous donner un pamphlet qui s'appelle Réveillez-vous! Mais sérieusement, ça serait plus d'essayer d'enrayer la pauvreté, la pauvreté plate (il y en a une amusante?) genre la famille avec les enfants qui arrivent pas à manger, qui vont à l'école le ventre vide." De continuer Simon: "Mais si je te parle d'un côté purement égoïste, bien..., C**iss qu'on baiserait!" Encore, la table explose de rires. "O*tie qui yé colon" s'exclame Bernard. "On serait les procréateurs du monde, genre un harem planétaire, ah ça là oui!" Il est aussi question de légalisation de certaines substances...

Finalement, ce sont deux gars très sympathiques et bien ordinaires que j'ai rencontré ce jour-là, bien qu'ils n'aient pas accepté le café que j'avais fait expressément pour eux. J'avais mis beaucoup de temps et d'amour là dedans, ça m'a fait de la peine quelque part. Je crois que je vais retourner chez moi et en écrire une chanson...

Jean-François Boivin

Club-Culture

NB: Les MQH seront au Spectrum dans le cadre des Francofolies de Montréal le 2 août 1999 à 23 heures.

Pour rejoindre le groupe par courriel: mqhfanclub@hotmail.com