Retour à la liste

Entrevue avec Arturo Brachetti

Bonjour Arturo !

Bonjour.

Avant que l'on débute l'entrevue, tu nous disais que tu es le premier artiste italien à avoir un site internet !

Je suis le premier acteur italien à avoir un site sur internet (http://www.brachetti.com). En Italie, encore maintenant, il n'y a pas beaucoup d'acteurs ou d'artistes qui ont leur page web. Moi, j'ai un site avec plusieurs pages. Le site est en anglais et en italien. Nous allons bientôt faire la version française pour ce spectacle. Il y a des photos et aussi quatre petits films que tu peux visionner. J'aime beaucoup tous les gadgets. J'ai la voiture pleine de gadgets. Je voyage beaucoup. J'ai un GPS. Je vois dans l'écran comme dans un 'vidéogame'. Je vois ma voiture qui avance, qui tourne. Il te dit où aller. Il te parle. J'ai également deux portables dont un qui sert pour tous mes numéros de téléphone. J'ai la bicyclette pliable dans la voiture. En Italie, les parkings sont hors de l'enceinte de la ville. Alors, je me suis acheté une bicyclette que tu peux plier et transporter avec toi. J'avais déjà découvert le Minitel en France, il y a dix ans. Je voyage, j'écrit, je fais des 'chat'. Je trouve tout.

Est-ce que les internautes peuvent te rejoindre ?

Oui, à la fin du site, il y a la boîte aux lettres. On peut me rejoindre à arturo@brachetti.com. Quand je suis en tournée en Italie, je reçois une dizaine de lettres par jour.

Le transformisme, est-ce un art spécifiquement italien ?

C'est un art qui date du 16e siècle. Un acteur était sur la rue et changeait de veste. Ensuite, il y a eu la commedia dell'arte : deux ou trois personnes faisaient des transformations particulières. Un des personnages était poursuivi par son patron et pour se sauver, il se cachait dans une caisse. Tout de suite après, le patron ouvrait la caisse et trouvait le polichinelle à la place. Donc, l'acteur se jettait pratiquement dans le costume de polichinelle et changeait de masque. Et puis, il y a eu, surtout à la fin du siècle dernier, Leopoldo Fregoli. Le plus grand transformiste du monde à l'époque. Il faisait quelque chose comme 80 transformations dans une soirée et cela, au top de sa carrière. Enfin, c'est ce que l'on sait. Nous n'avons pas de film. On a des photos. Quoiqu'il existe un petit film de trente secondes. C'est vraiment très court. On ne comprend pas beaucoup ce qui s'y passe.

Combien de transformations y a-t-il dans ton spectacle ?

Une centaine. Une fois je reviens au même costume. Cependant, pour le public, ce n'est pas réellement une transformation, mais pour moi oui. Il faut que je remette mon costume.

Un spectacle comme celui-là demande certainement la participation de beaucoup de personnes derrière la scène !

Pas beaucoup. Fregoli avait six assistants. J'en ai un et c'est tout. Il n'y a pas un producteur au monde qui paierait pour six assistants. Il y a les assistants de scène, pour les décors, la technique. Avec mon assistant, c'est comme si j'avais quatre mains. On se comprend.

Après le Festival Juste pour rire et le Mont-Tremblant, que se passe-t-il ?

Je dois faire une mise en scène en Italie pour un grand spectacle avec des grands comédiens très connus. Un spectacle qui sera diffusé à la télévision. Je vais également reprendre le spectacle du Songe d'une nuit d'été que je faisais cet hiver. Et puis, nous l'espérons reprendre ce spectacle. Si cela marche comme ici, je pourrais facilement le vendre. On pourrait faire le tour du monde. Quand j'ai commencé, il n'y avait pas d'autres transformistes. Puis, il y a eu deux italiens qui m'ont copié, un continue, l'autre non. Il y a aussi un allemand et un espagnol. Mais ces personnes ne font qu'un numéro sans parler, sans histoire. Les numéros sont de dix minutes seulement. Moi, par contre, j'ai 350 costumes à la maison. Je possède tout un répertoire. Je peux faire une pièce de boulevard français. Je fais des 'maxibulles" avec 33 personnages. Je joue en me transformant. Je suis le seul qui parle, qui fait autre chose, sinon on ne fait rien. C'est comme faire un saut périlleux. Quand tu l'as fait une, deux ou trois fois, eh bien, on n'a compris.

Je trouve ce spectacle d'une simplicité déconcertante. Pas de laser, pas de gadget multimédia, juste la boîte et les ombres chinoises, par exemple !

Les ombres chinoises, cela prend cinq ans pour apprendre. J'ai appris grâce à un vieil indien qui s'appelle RAO. Il a sûrement 80 ans aujourd'hui. Il est venu en Europe, il y a 60 ans avec cette forme d'art. Dans ce spectacle, il y a des numéros à thème comme les saisons, la période du far-west. J'aime aussi recréer des images qui sont évocatrices où le changement de costume n'est pas le point principal mais au contraire, c'est la poésie qui sort, c'est l'atmosphère, comme un morceau de danse. C'est comme pour Fellini, pour qui connaît les films de Fellini. Nous avons retrouvé cette espèce de créature qui passe d'un personnage à l'autre comme si c'était vraiment un dessin animé. C'est une chose que je défend beaucoup. C'est le message, l'émotion qui arrive au spectateur. Ce n'est pas seulement la surprise de penser comment il fait cela. Je suis très content de ce spectacle, même si c'est une création complètement québécoise. Serge Dennoncourt a pris des vieux numéros que je faisais dans plusieurs de mes spectacles et nous les avons mis ensemble. C'est un genre de ' compilation '.

Cela vous a pris combien de temps à monter un tel spectacle ?

On a parlé pendant 6 mois. Serge est venu en Italie, il a fait une tournée avec moi. On a décidé ce que nous allions faire.

Qu'est-ce que tu aimes du Québec ?

J'aime beaucoup le côté américain, dans le sens de l'espace américain avec les relations humaines européennes. L'espace dans les chambres d'hôtel. Tu trouves facilement un stationnement. Il y a aussi la tolérance, les gens ne sont pas fermés les uns sur les autres. Il n'y a pas de violence comparativement à Milan, à Rome et à Paris. C'est aussi une nation jeune. Je pense que l'Italie, c'est une nation vieille. Ce qui fait qu'il y a beaucoup de place à la création, à la relève.

Merci beaucoup Arturo et bonne chance pour ton spectacle.

Patricia Marchand

Club Culture