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C.C.: Bruno, lors de ton spectalce au Club Soda en novembre dernier, tu étais avec une formation complète?
B.P.: Oui, c'était un spectacle "électrique" donc, avec un côté de ma personnalité sur scène que je considère comme étant un peu plus énergique.
C.C.: Et maintenant, en ce qui a trait au spectacle que tu donneras prochainement au Théâtre Du MAURIER de la PLACE des ARTS je crois que tu as plutôt opté pour une version acoustique, non?
B.P.: Exactement. Mais ce spectacle acoustique, même si il y a encore une bonne forme d'énergie, ca reste un "show" qu'on qualifie de plus intimiste. Je me raconte un peu plus et je partage des choses avec les gens, disons..., différemment, parce que ça laisse libre cours à l'improvisation. En plus c'est un spectacle qui est dénudé d'artifice, donc, qui laisse beaucoup de place au contact "proche" avec les gens.
C.C.: Combien êtes-vous sur scène?
B.P.: Nous sommes trois sur scène. Ce qui nous donne un sentiment de complicité. C'est bien, je trouve ça plus facile et ça me donne l'impression d'être là, comme si on prenait un café ensemble.
C.C.: Et qui sont ceux qui t'accompagnent?
B.P.: Il s'agit de Mario Hébert, mon guitariste et Michel Desjardins, mon claviériste, qui sont présents autant en formation réduite que complète. En ce moment, c'est-à-dire juste avant de débuter à la Place des Arts nous avons donné une trentaine de spectacles acoustiques et la réaction est très bonne.
C.C.: Est-ce que la réception du public se ressemble sensiblement quelque soit l'endroit que tu visites en province?
B.P.: Pas une place est pareille. Parfois les gens embarquent immédiatement, parfois ca peut aller plus tard dans le spectacle. Mais je suis conscient aussi que j'ai à gagner le public. Il y a beaucoup de gens qui viennent par curiosité. Ils viennent par ce qu'ils sont curieux de savoir qui est Bruno Pelletier, parce qu'ils connaissent deux ou trois chansons qu'ils ont entendu à la radio ou parce qu'ils se souviennent du rôle que je jouais dans STARMANIA .Ils veulent voir ce que je fais en solo. Mais j'ai l'impression qu'une fois qu'ils ont vu le spectacle, ils me connaissent un peu mieux et découvrent un nouveau personnage.
C.C.: Ce spectacle est donc pour toi une occasion de montrer un côté plus accessible de Bruno Pelletier...
B.P.: Tu sais, Louise Forestier m'a déjà dit "...un chanteur il faut que ça chante". Alors il faut que tu prennes les moyens pour chanter. Vois-tu, si je m'obstine à vouloir aller jouer en band, soit que je vais payer pour aller jouer, ou que je ne vais presque pas jouer parce que ça coûte trop cher. Je n'ai pas encore la notoriété de Celine Dion ou de Roch Voisine pour dire : "Ok, on part en tournée et on va aller jouer 30 soirs partout en province...". Par contre, il est possible de prendre les moyens pour le faire , en prenant une formation réduite, avec une logistique technique beaucoup plus petite et ainsi, les frais sont moindres. Ce qui permet aux gens de voir, d'écouter et de rencontrer le chanteur quand même. Et c'est dans cette optique là que je l'ai fait.
C.C.: Pour faire ce spectacle, tu as surement dû modifier quelques pièces afin de pouvoir les présenter en version acoustique. Je pense entre autre à TU CHERCHES MALGRÉ TOUT qui est , au départ, une pièce tres électrique et très rythmée...
B.P.: Oui, TU CHERCHES MALGRÉ TOUT a été très modifiée. Disons qu'on s'est payé une fantaisie musicale en ré-arrangeant la plupart des chansons. Mais il y a des pièces comme JE N'ATTENDS PLUS DEMAIN, tirée du deuxième album, qui se prêtent merveilleusement bien au show acoustique. Il reste que pour toutes les pièces, même celles qui ont été modifiées, la même énergie est présente.
C.C.: Bruno, on connait le succès que tu as eu en France avec l'opéra rock STARMANIA. À la suite de cet accueil, as-tu pensé aller présenter ton matériel original de l'autre côté de l'Atlantique?
B.P.: Mon matériel a été présenté plusieurs fois aux compagnies de disques françaises, mais ils n'ont pas eu l'air "d'accrocher". Ils disent que je suis "trop québécois". Je prends ça comme une critique positive et je me dis que tant et aussi longtemps que mon matériel va évoluer, eh bien ca va surement me permettre un jour d'aller mettre mon pied de "l'autre côté". Mais pas à n'importe quel prix!... Je pense qu'il faut que ça aille dans une démarche artistique évolutive, ou eux vont trouver leur compte et moi aussi. Je crois qu'il ne faut pas esayer de faire quelque chose pour la France. Il faut faire "ce qu'on est" ( pour le Québec c'est la même chose), il faut livrer le matériel qui sort de nous puis espérer qu 'ils nous aiment , comme ça, dans notre intégralité.
C.C.: Tu veux dire, sans essayer de te confiner à un "moule" dans lequel tu laisserais tomber ton propre style de composition et d'écriture, afin d'être plus accessible pour les goûts du marché français...
B.P.: Exactement. Mais d'un autre côté, peut-etre de travailler avec une équipe française pourrait m'intéresser. Mais une équipe où je serais à la base de tout avec eux, afin de construire ensemble. Ça, ça serait différent. Mais de faire mon matériel ici et d'aller le présenter de "l'autre côté" pour qu'ils me disent que je suis trop québécois, alors je dis : oui, je suis québécois, et puis! Je ne changerai pas ma manière de chanter pour faire plaisir.....
C.C.: Dans une autre optique, est-ce que tu crois que STARMANIA a pu aider à lancer ta carrière?
B.P.: Ça m'a aidé un peu. Oui c'est certain que ça n'a pas été mauvais. Mais ce n'est pas suffisant pour faire une carrière.
C.C.: Et est-ce que la transition entre ta carrière dans STARMANIA et ta carrière personnelle se fait aisément ou plutôt difficilement?
B.P.: C'est difficile un peu car je tombe d'une grosse infrastructure, d'une grosse méga-production, a quelque chose de beaucoup plus modeste qu'est ma carrière solo. Par contre, je m'investis beaucoup plus dans ma carrière solo, émotivement parlant car c'est moi que je vends et non une légende qui dure depuis 15 ans. Donc, je trouve que l'investissement à une plus grande valeur, même si les salles et les budgets sont plus petits. Et dans un sens, ça reste quelque chose de beaucoup plus important pour moi que d'être l'instrument de quelque chose d'autre. Mais d'avoir été "l'instrument" de STARMANIA pendant plus de deux ans m'a fait évoluer énormément au niveau de ma carrière.
C.C.:Si tu avais l'opportunité de retourner dans une telle production le ferais-tu?
B.P.: Oui je le ferais! Mais pas à n'importe quel prix puis pas n'importe quand. Je sais maintenant c'est quoi de monter un show comme ça, je sais la part d'investissement, de créativité, la part émotionnelle et le temps que ça demande. Mais c'est certain que j'aimerais encore en faire parce qu'on évolue toujours, d'un show à l'autre on apprend. Tu sais, dans la LÉGENDE DE JIMMY, j'ai appris l'histoire de James Dean au complet comme ça. Ce fut très formateur.
C.C.: Pour en revenir maintenant a ton deuxième album, DÉFAIRE L'AMOUR; tu as déjà sorti deux extraits (AILLEURS C'EST COMME ICI et EN MANQUE DE TOI). Le troisième extrait est prévu pour bientôt?
B.P.: Oui, il sort cette semaine, à la toute fin d'avril, et il s'agira de la pièce COEUR EN OTAGE. C'est une pièce qui a une très belle sonorité et une certaine chaleur car il y a un violon chinois (heru) qui interprète le thème de la chanson (qui avait été fait au départ par une guitare classique). Ce qui amène une touche de fragilité et d'émotion très intéressante.En plus de celà, cette pièce a un texte qui, fondamentalement, me rejoint, car ça parle (ou du moins je l'ai interprété comme ça) des enfants qui sont pris dans le tourbillon des séparartions.
C.C.: C'est une des pièces que tu préfères sur l'album?
B.P.: Oui. Et je suis content qu'elle sorte en extrait radiophonique car elle est "inhabituelle".
C.C.: Et pour quand prévois-tu le vidéo?
B.P.: Il n'y aura pas de vidéo pour cet extrait. Mais je prévois peut-être en faire un pour le quatrième extrait sur quelque chose qui brasse. Peut-être sur la pièce LIÉS PAR LE SANG qui a un rythme un peu tribal...Et comme habituellement je m'implique à presque tous les niveaux de la production (sauf sur la technique), disons que j'ai déjà un concept dans la tête pour cette pièce. Mais ce ne sera pas avant l'automne prochain. Car, vois-tu, faire un vidéo c'est très coûteux et ne fait pas bouger suffisamment la vente de disques. Donc, il faut y aller au compte-goutte, car dans les budgets québécois, c'est pas facile!
C.C.: Parlant de budgets, touchons a la problématique de l'industrie. Quel serait, d'après toi, le plus gros problème dans cette grosse "machine"? Que lui reprocherais-tu?
B.P.: Bien, en ce moment, l'industrie est artificielle. Je veux dire, tout est tenu par des subventions ( par chance!), et je crois que les gouvernements doivent se "botter le derrière" afin d'allouer un peu plus qu'un pourcent de leurs budgets à la culture. Je pense que ça doit augmenter aux différents paliers du gouvernement parce que c'est reconnu qu'une société en bas de 18 millions de personnes doit faire survivre sa culture. Et un peuple sans culture est un peuple sans âme. Sauf que dans les préoccupations économiques actuelles, même si les gouvernements se disent qu'ils ont d'autres chats à fouetter, je pense que, comme on fait partie du coeur de l'économie, on peut faire bouger des choses. Il ne faut pas oublier que les artistes, à mon avis, ont beaucoup plus de crédibilité que les politiciens. Les artistes sont donc un moteur de la société qui est en perte de vitesse en ce moment. Et ce qui est dommage c'est que les artistes ont de la difficulté à survivre et je crois qu'il est impératif, au niveau des droits d'auteur, des droits dérivés, ou des budgets et des subventions, d'ouvrir un peu plus les enveloppes là-dessus.
C.C.: Eh bien Bruno, je te remercie du temps que tu nous as accordé et je te souhaite la meilleure des chances pour ta série de spectacles acoustiques, mais avant tout, pour la continuité de ta brillante carrière...
Sonia Bergeron,
Club-Culture
