Dimension SF, Festival de films de science-fiction de Montréal

The War Game

Réalisé par Peter Watkins.
Narration par Michael Aspel et Dick Graham.
1965, 50 minutes.

A l'aube des années soixante, au plus fort de la guerre froide, la menace atomique pesait sur le monde comme une épée de Damoclès moderne. Ce qui constitue aujourd'hui encore un épineux problème a été relégué au second rang de nos cauchemars après la couche d'ozone, le chômage, le "bug" de l'an 2000 et j'en passe. A une époque de prospérité sociale et culturelle remarquable, après une guerre mondiale dévastatrice, l'ennemi invisible était nommé la Bombe. Se nourrissant de l'ignorance générale de la population sur le militarisme et de la constante menace communiste, les gouvernements occidentaux en profitèrent pour s'armer jusqu'aux dents, justifiant ainsi la course aux armements par une propagande souvent mensongère. De nombreux groupes pacifistes virent aussi le jour, qui tentaient avec leur propre moyens de pression de rétablir un certain équilibre dans l'information divulguée par les médias aux citoyens. Certains artistes engagés traitèrent du sujet de la paix, et en 1965 Peter Watkins en Angleterre réalisa The War Game, un film de commande tourné pour le réseau de télévision BBC, mais qui ne fut jamais présenté sur les ondes.

Contrairement à bien des oeuvres politiques ou militantes de cette époque, trop souvent dépassées ou prétentieuses pour être pertinentes en notre ère ironique, The War Game a gardé tout son impact. S'il fut considéré trop terrifiant pour être vu par un public de télé-spectateurs à l'époque, il demeure toujours une remarquable charge anti-nucléaire. Sa forme est unique et c'est ce qui lui donne toute sa force et son originalité. S'inspirant de réelles études publiques basées sur l'impact de bombardements répétés sur les habitants de villes allemandes à la fin de la seconde guerre mondiale, y compris de la qualité de vie post-explosion nucléaire à Nagasaki et Hiroshima, ce moyen métrage est construit comme un documentaire portant sur une éventuelle attaque thermo-nucléaire sur la Grande-Bretagne. Mêlant des scènes, de toute évidence fictives, d'explosions et de retombées radioactives, à des entrevues avec des citoyens dans la rue (réelles ou fausses, nul ne peut dire), Watkins réussit à créer un des films d'horreur les plus efficace qu'il est donné l'occasion de voir.

Par la suite Privilege, son premier long métrage de fiction réalisé en 1967, révèla les faiblesses inhérentes à toute oeuvre militante: trop dogmatique et linéaire pour être vraiment efficace, ce film bien que saupoudré d'ironie se retrouva dénué de la subtilité nécessaire pour s'écarter de la simple propagande et ainsi éviter l'élément doctrinaire qui se mêle assez mal à la fiction. Avec The War Game, Watkins obtint un équilibre presque parfait entre son propos politisé et la forme cinématographique superbe qui le servit. Un classique britannique inconnu qu'il nous est très rarement l'occasion de visionner.

Le Festival de films de science-fiction de Montréal se poursuit jusqu'au 20 juin 1999 au Cinéma Impérial.

Sophie Auclair
Club-Culture