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(vidéo)
Prix de la FIPRESCI à Cannes 2001
Christal Film
Un film de Bertrand Bonello
Distribution :
Jérémie Rénier, Dominique Blanc, Jean-Pierre Léaud (le pornographe)
Thibault de Montalembert, André Marconi, Alice Houri, Ovidie, Catherine Mouchet,
Laurent Lucas.
Genre : drame
psychologique
Durée : 106
minutes approx
Jacques Laurent, pornographe en vogue dans les années 70, se
remet à tourner des films pornos à la suite de difficultés financières. Quelques années auparavant, son fils Joseph,
avait claqué la porte lorsqu'il avait découvert les véritables activités de son
père. Le temps a passé. Aujourd'hui Joseph a 17 ans.
Le père et le fils se retrouvent au moment où Jacques cherche comment
finir sa vie, et Joseph à donner un sens à la sienne.
Une co-production canadienne de Bertrand Bonell0 – son
deuxième long métrage.
Un titre choc, quelques scènes pornographiques.
Laurent est un personnage désagréable antipathique, donnant
l’image de l’intellectuel manqué, angoissé, peu bavard que la folie a toujours
accompagné….
Beaucoup de silences, une caméra captant constamment des
images d’une forêt - longs travellings – des feuillages qui bougent dans le
vent….symbolisant le silence, la pureté, la paix et la beauté…..Celle-ci fascine
Laurent qui s’y promène seul pour réfléchir.
Cette forêt fait partie du domaine magnifique de son ami, un riche
propriétaire qui n’a pas d’enfant qui s’y ennuie à mourir. Dès les premières paroles prononcées
lentement sur un ton monotone, nous pressentons la lourdeur du déroulement.
Les dialogues sont peu nombreux. Tout ces gens vont et viennent, bougent presqu’au ralenti, se
suivent du regard sans prononcer un mot ou presque….
Jacques Laurent a un fils de son premier mariage. Il a disparu quand il a appris que son père
réalisait des films pornos…..Soudain, on ne sait comment ni pourquoi il
apparaît dans la vie de Laurent, juste au moment où il quitte subitement
Johanne, sa deuxième femme. Elle l’aime
tel qu’il est depuis le début. Elle ne
réagit pas, garde le silence…elle sourit presque….Une scène d’une froideur à
vous couper le souffle.
Jacques est à la fenêtre, se retourne, attire Johanne vers
lui pour lui dire qu’il a quelque chose à lui dire et c’est sérieux…..Tout
bonnement, en prenant une coupe de vin, il lui annonce qu’il la quitte sur le
champ. Il ne sait pas pourquoi. Il se lève, prend quelques vêtements, ne lui
adresse plus la parole et se dirige vers la porte. Il se retourne et il lui dit : « Voilà, on est séparé. »
Le comportement de Jacques est complètement
déroutant : alors qu’il dit
vouloir construire de ses mains sa propre demeure, on le voit tracer des
lignes, tendre des fils, monter quelques cubes de ciment l’un par-dessus
l’autre, sans trop savoir ce qu’il fait….Le carré qu’il a tracé n’est pas plus
grand qu’une petite remise….Il est dans son monde, dans sa tête et rien, si ce
n’est que ses lubies, ne viennent le détourner de son projet….Il nous apparaît
comme un adulte revenu à l’enfance devant un jeu de « mini-briques ». Toute cette scène sonne faux. Il porte les mêmes vêtements délabrés et
sales, du début à la fin.
Il joue au grand metteur en scène qu’il n’a jamais pu
devenir. Ce sont les films pornos qui
lui ont permis de vivre et il n’a jamais cherché à s’en détacher puisqu’ils
étaient populaires et qu’il y trouvait une forme de reconnaissance et de
sécurité. Il a fini par s’y faire. Nous avons une scène formidable lorsque
Jacques accepte de se confier à une journaliste qui fait une enquête sur le
sujet.
C’est à peu près les seuls moments de lucidité.
Il y en a, mais de très courte durée.
L’originalité repose sur le regard de Jacques Laurent, un
vieux routier du film porno au tempérament mou, issu d’un milieu bourgeois –
dont le père était médecin. Il a vécu
les événements 68 à Paris et pour poser un geste de protestation, a ouvert le
volet de la porno….et, il a tout simplement continué. – la facilité. À 50 ans, il fait le point dans sa vie,
regardant le passé et analysant le présent.
Perdu dans ses pensées, il dérape.
On dirait une marionnette désarticulée petit à petit par le temps et les
événements. Il perd le contrôle de sa
vie et je dirais même de son âme.
Jacques est un être introverti, taciturne, désabusé, qui ne
connaît plus l’espoir ni le rêve, encore moins le bonheur.
Cette caméra lancinante, ces moments de silences
interminables et tous les gens autour de lui qui bougent au ralenti comme s’ils
étaient des fantômes……le tout baignant dans une atmosphère irréelle, enveloppé
d’extraits d’œuvres musicales tragiques et dramatiques….m’ont complètement
désarçonnée.
Tout à coup, ce n’est pas la pornographie qui est au cœur du
film mais plutôt Jacques, cet être déchu, envahi par l’angoisse et le
remord. La pornographie n’est qu’un
prétexte puisqu’il n’a jamais assumé ses choix….Quant à son fils, il le voit à
quelques reprises mais c’est tout. Oui,
il l’a revu mais après, il le perd à nouveau puisque Joseph part de son
côté. Et puis rien…..Le fils n’aurait
pas été là que le film n’en aurait pas souffert.
La performance de Léaud frappe comme un coup de poing. Ce n’est pas un rôle de tout repos que celui
de Jacques Laurent !
Bon cinéma !
Francine Charrette
Club-Culture