
Christal Films
Réalisateur : Michel Jetté
Scénario : Léo Lévesque (ex détenu) et
Michel Jetté
Directeur de la photographie : Larry Lynn
Musique :
Gilles Grégoire
Distribution : Emmanuel Auger (Claude), Louis-David Morasse (Rousseau), Sylvain
Beauchamp (Tarzan), Jean-Sébastien Poirier (Zizi Grenier), David Boutin
(Jacques le Schizo), Domini Darceuil (Lucia), Karyne Lemieux (Karine)
Drame psychologique
Durée :
2h approx
Deuxième film de Michel Jetté, après
« Hochelaga »
« Histoire de Pen » - regard
surréaliste sur la vie de pénitencier sur fond de réalité brutale quotidienne.
Synopsis
Claude entre au pénitencier pour y purger une peine de
dix ans. Il a 19 ans. Un air naïf, un corps à faire damner les
saints et un visage d’ange. Une proie
de choix pour les prisonniers en quête de chair fraîche.
Le spectateur suit pas à pas le voyage de
Claude à l’intérieur d’un enfer dont il ne peut mesurer les conséquences.
Deux gangs s’affrontent pour le pouvoir
absolu. On tente de l’agresser…c’est un
membre du clan « Tarzan ».
Mais Claude sait se battre et il réussit à se faire remarquer de tous
quand il gagne sur son adversaire avec l’agilité d’un fauve. Heureusement ou malheureusement pour lui, on
le remarque.
Pour assurer sa survie, il doit rapidement se
faire des alliés adroits et puissants s’il veut s’en sortir sans trop de
blessures.
Il trouvera une protection dans le clan de Zizi
mais à la condition qu’il accepte de se battre lors de duels organisés par les
deux bandes rivales et qui mettent en jeu leurs territoires respectifs sous les
yeux amusés des gardiens de sécurité.
Ce film se passe dans une prison, un trou noir
sans fond, dans les abîmes obscurs des abus, des pires humiliations, des
perversions et des dépravations de toutes sortes.
Que faut-il faire pour s’en sortir vivant –
physiquement et moralement - ?
Sur fond de fable urbaine, des poètes de
l’ombre vivent l’usure, l’abjection, la profanation, l’ignominie, la brutalité
de l’Homme par l’Homme où même les agents de l’ordre participent à l’obscénité
comme si ces prisonniers étaient les acteurs - esclaves de leurs pires
cauchemars.
Il faut saluer les acrobaties photographiques,
les éclairages habiles, les dialogues intelligents, truffés de symboles. Une poésie noire, brutale où l’amitié
réussit à s’épanouir entre des êtres.
« Histoire de Pen », l’autre visage de l’homme.
Sont présents : l’ange, le sage, le schizo et le travesti formant les marginaux
du pénitencier. Le groupe de criminels
truands formé du pervers psychopathe – démon -, le traître dans le corps d’un
monsieur muscle et ses accolytes esclaves, finalement, le pouvoir suprême,
représenté par les agents de sécurité, ayant la loi de leur bord.
Son histoire, Claude la raconte à Lucia….retour dans
le passé de Claude et les raisons qui l’ont amené en prison.
Michel Jetté montre la prison comme un lieu de
punition et d’expiation. Parallèlement
à cette conceptualisation, la prison est également un lieu d’uniformisation où
tout le monde est pareil - à cause des crimes. Il fait abstraction des personnalités de chacun. De cette façon, il déshumanise l’être humain
et il crée un moule identique pour chacun– la prison –….Le principe de la soupe
Campbell….
En entrant en prison, chaque prisonnier laisse son
identité et son âme en dehors des mûrs…Le spectateur est incarcéré à
l’intérieur du début à la fin.
Avec Claude, Lucia, Jacques et les autres, nous sommes
systématiquement aspirés dans leur univers.
Jetté nous arrache les trippes.
Si vous voulez savoir ce que peut être la vie de
prisonniers, l’incarcération, là où les vivants sont déjà morts….voyez
« Histoire de Pen ».
Tous les acteurs se surpassent, spécialement Emmanuel
Auger (Claude), David Boutin (Jacques le Schizo) et Domini Darceuil
(Lucia). En plus de ces personnages, il
y a la voix spectrale du plus vieux prisonnier….Nous l’entendons seulement dans
les cachots. Un interprète
fantôme.
À certains moments, nous doutons même de cette
voix. Est-ce une illusion ? Est-ce la voix du mal ou de la mort ? ou est-ce bien la voix d’un prisonnier
oublié dans les cachots de la prison ?
Un film pétrifiant, tragique, bouleversant et
profondément dérangeant sur la vie à l’intérieur d’une prison à sécurité
maximale. Après le visionnement, vous
vous sentirez épuisé devant un tel récit.
À souligner, ce film comporte des scènes de violence
et de langage extrêmes….avis aux parents.
Un film à voir absolument !
Bon cinéma !
Francine Charrette
Club-Culture