LES HEURES

LES HEURES

(Hours)

 

Réalisateur :  Stephen Daldry (Billy Elliot)

Basé sur le livre de Michael Cunningham, gagnant du prix Pulitzer en 1998, un hommage au personnage de Mrs. Dalloway de Virginia Woolf.

Scénario :  David Hare (Plenty)

Distribution:  Meryl Streep (Clarissa Vaughn), Nicole Kidman (Virginia Woolf), Julianne Moore (Laura), Toni Collette (Kitty), Claire Danes (Julia), Ed Harris (Richard), Allison Janney (Sally), John C. Reilly, Eileen Atkins (Barbara) Stephen Dillane et plusieurs autres.

 

Genre:  fiction / drame psychologique

Durée:  2h50 approx

 

Ce film a déjà reçu des prix prestigieux :  Meilleur film du National Board of Review, Meilleur film – Drama, meilleure actrice (Nicole Kidman) (Golden Globes 2003). 

En nomination pour le meilleur film (Drama), meilleur actrice, meilleure actrice de soutien et meilleur acteur de soutien, meilleur directeur, meilleur scénario, meilleurs costumes, montage, meilleure trame sonore au Golden Globes 2003.

 

À noter :  le personnage de Clarissa Vaughn porte le même prénom :  Clarissa Dalloway comme le personnage dans le roman de Virginia Woolf.

 

Synopsis

Un ensemble de trois histoires en simultané :  trois femmes différentes.  Il s’agit de ne raconter qu’une journée de leur vie respective à trois époques différentes.

Ce sont celles de Virginia Woolf – écrivaine en 1923.  Elle combat la dépression profonde et le suicide.  Laura Brown– jeune mère enceinte d’un deuxième enfant au début des années 50 à Los Angeles planifiant un souper anniversaire pour son mari troublé par son engouement démesuré pour la lecture du roman de Virginia Woolf, « Madame Dalloway ».  Et, Clarissa Vaughn – éditeure, une femme moderne, lesbienne, vivant en 2003, amie intime et ex-maîtresse d’un poète sidatique à l’article de la mort.  Elle prépare une fête pour souligner son œuvre littéraire.  D’ailleurs, Richard est celui qui lui a donné le surnom de Madame Dalloway…..

 

Nous sommes loin du film d’action « bonbon », de l’histoire usuelle hollywoodienne, des valeurs nord-américaines – du « big is beautiful » ou du « We are the best in the world » et des effets visuels auxquels nous sommes invités depuis quelques années….

« Les heures » est un film intimiste, trois histoires liées les unes aux autres par un mince fil conducteur :  celui de la détresse, le point du non-retour. Un livre les unies, celui de « Madame Dalloway ».

Premièrement, nous sommes en présence de l’auteur, Virginia Woolf en 1923.  Elle est à écrire son dernier roman :  « Madame Dalloway ».  C’est également la dernière tranche de sa vie avant son suicide.  S’enfonçant de plus en plus dans une profonde dépression, Virginia s’aperçoit qu’elle ne peut plus continuer.  Elle vit dans un univers claustrophobe dont elle est l’unique prisonnière.  Le regard des autres devient un miroir implacable qui lui renvoie sa folie, sa bizarrerie et ses égarements.  Ne pouvant en supporter davantage, elle n’a d’autre choix que le suicide.

Les trois histoires ne sont pas successives, elles s’imbriquent l’une dans l’autre comme dans le principe des vases communicants et à chaque étape, le spectateur est convié à ouvrir une autre porte et derrière cette porte, la situation nous apparaît de plus en plus complexe.  Pour chacune de ces femmes, le précipice se dessine, elles ne peuvent revenir en arrière.  Pour chacune, il est temps de prendre une décision finale, quelle qu’elle soit.

 

Le film est construit méticuleusement et scrupuleusement - reposant sur l’urgence.  Comme spectateur, nous ressentons le carcan d’un passé qui les étouffe tellement il dicte leur présent devenu un enfer. Et le futur se dresse comme un mur infranchissable, un spectre intransigeant.  Elles n’ont plus de temps à leur disposition, elles ne peuvent plus repousser à demain parce qu’il est temps d’agir et c’est précisément cette heure fatidique qui les rattrape les unes après les autres.

 

Une superbe toile d’araignée où les vraies choses sont dites, les vraies émotions transpirent.  L’approche du réalisateur puise dans l’intensité et le moment obligeant chacune des actrices à se surpasser.  Il décortique au « scalpel » les moindres silences, les moindres soubresauts, les moindres regards, il passe au tamis les nuances et les physionomies de ses personnages. 

 

Le génie de Daldry se faufile dans les couloirs, à travers les histoires de ses héroïnes par le biais d’une caméra à l’affût des détails presque imperceptibles, d’une sensibilité totale.  Cette œuvre cinématographique fait la démonstration d’une communion entre le scénario et les actrices.

 

Ed Harris interprète le personnage de Richard, l’anti héros, le symbole même de la souffrance et de la mort.  En phase terminale, Richard ne peut plus supporter la répugnance et le rejet c’est pourquoi il se permet de révéler un visage jusqu’alors secret.  Comme Virginia, Richard ne sort pas de son appartement délabré, il ne parle à personne à l’exception de Clarissa.  Il est resté en vie pour elle, parce qu’elle avait besoin de lui mais aujourd’hui, il rompt cette suture et l’oblige à faire face à ses démons.  Ce n’est qu’à la fin du film que j’ai réalisé à quel point Richard était omniprésent dans la vie des êtres avec qui il a partagé sa vie et à quel point il a été façonné par eux.

 

Virginia consumée par son génie littéraire et sa folie suicidaire et Richard – poète écrivain - et sa sale maladie qui en fait un paria aux yeux de la société.  Tous les deux souffrent d’une incompréhension, d’une intolérance, d’une hypocrisie et d’un isolement à cause de leur différence.  Et entre ces deux personnages il y a Clarissa et Laura. 

 

Daldry nous propose un tableau dans un cadre.  Il joue non pas sur l’évidence mais sur la subtilité.  Il choisit les paradoxes, les confrontations repoussant le « politically correct » aux limites du possible.  Une dynamique non pas dans l’action – rythme – mais plutôt dans la dynamique entre les êtres et leur relation avec le monde qui les entourent….Tous les personnages sont à la fois dans leur bulle tout en étant intimement liés par la décision et le geste qu’ils doivent poser.

 

Un casting éblouissant, un scénario exceptionnel, un réalisateur audacieux possédant une compréhension de tous les éléments qui forment un tout hors du commun.……D’ailleurs, à la fin, Daldry pousse encore plus loin.  Je ne peux en dire plus sans révéler un « punch » alors, à vous d’aller au cinéma pour voir ce film.

 

Ce qui a de merveilleux et de rarissime c’est que du début à la fin, le suspense est entier et cohérent.  Il n’y a pas un moment mort, pas de scène bâclée.  De plus, la dimension humaine  - le tourment individuel – contribue à son unicité.  Il n’est donc pas surprenant de voir les trois actrices en nomination pour des « Oscars ».

 

Bon cinéma !

Francine Charrette

Club-Culture