
DIEU EST
GRAND, JE SUIS TOUTE PETITE
(Français)
Réalisateur : Pascale Bailly
Scénario : Alain Tasma & Pascale Bailly
Distribution : Julie Depardieu, Catherine Jacob,Philippe
Laudenbach, Audrey Tautou, Edouard Baer
Genre : Comédie dramatique
Durée : 95 minutes
Tautou et Baer, un duo exquis. À la recherche d’une spiritualité, en amour avec l’Amour, vivant à 100milles à l’heure !
Michèle
écrit dans son journal intime : "J'ai vingt ans et j'ai raté ma vie".
Bertrand et elle viennent de se séparer. Elle a dû avorter. Elle déprime et se
sent seule, toute petite face au monde qui l'entoure. Les autres lui paraissent
être des géants. Michèle voudrait grandir pour leur ressembler. Celle-ci
demande alors à Dieu de l'aider, puis elle se tourne vers Bouddha. Elle fait
ensuite la connaissance de François, un vétérinaire juif de 32 ans. 25 pages
arrachées de son journal intime nous racontent la quête d'identité mouvementée
d'une jeune fille, encore très ado, qui voudrait bien croire en la vie, en
quelqu'un, en François, à défaut d'elle-même.
Dès le
départ, Pascale Bailly donne le ton :
un générique sur fond jazz.
Ensuite, sur un rythme effréné, achuré de fondus au noir et une caméra
qui se colle aux personnages, c’est la rencontre de Michèle et François – un
coup de foudre.
A la
suite d’un avortement jumelé à une séparation, Michèle nous entraîne dans sa
quête spirituelle qui oscille entre le comique et la gravité – bien articulée,
langage bref et passionné, très souvent exalté.
La
réalisatrice utilise les scènes brèves et les longs plans séquences en jouant
avec la perception du « temps ».
Sous forme de calendrier aux allures naïves, l’histoire d’amour promet
d’être animée. La construction du film
est intelligente, ornementée d’embuches.
Le
cadre familial auquel Michèle est confronté – désaccords, frictions
continuelles, luttes – représente la captivité, le chaos – l’exaspère au plus
haut point. Malgré tout ça, quand
Michèle se retrouve confrontée à ses anciens démons, elle retourne près de sa
mère et d’un beau-père qu’elle a en aversion….Michèle ne semble pas supporter
les affrontements, les contradictions, les différences. Elle est à fleur de peau, toujours le mot
pour désarmer son vis-à-vis.
Le scénario, s’il en est un – plutôt une série (en boucles) de situations tout au long de l’évolution de l’histoire d’amour entre François et Michèle - est tellement vivant et les personnages poussés à l’extrême que nous savourons chaque mot, chaque phrases et chaque mimique….On rit de bon cœur devant les nombreuses séances de photographies de mode où l’on retrouve Michèle, plongée dans un livre, complètement subjuguée, soit par le christianisme, le boudhisme et pourquoi pas le judaïsme ? (à la recherche d’un absolu). Ou, que dire de François, vétérinaire, juif non pratiquant qui se voit entraîné malgré lui – par le parcours obsessionnel de Michèle - à observer religieusement le « kippour »..en catimini, il est surpris avec une cuisse de poulet, enroulé dans une couverture et avec sa kippa de travers sur la tête….
Et que dire des scènes entre Michèle et sa mère toujours proche de la névrose?
Mais,
derrière ces rainures, parfois humoristiques, parfois farfelues, Pascale Baily
enchâsse un thème irrésistiblement grave : le poids de leurs familles respectives sur leur vie
personnelle. Tous les deux combattent
leur passé. Ils ont un mal fou à
assumer leur histoire et leur vulnérabilité.
C’est un travail laborieux, une frénésie qui libère une énergie
délirante qui se transforme en une sorte de folie. Les deux héros du film se ressemblent, ils recherchent un sens à
leur vie et essayent de vivre ensemble.
Drôle, tragique, émouvant, ce long métrage est porté par deux excellents
acteurs : Audrey Tautou –
rafraîchissante, toujours fragile, elle semble sortir d’une boîte à surprise !
- et Edouard Baer, charmant avec cet air innocent, talentueux et enjôleur.
Malgré
ses côtés amers, l’histoire réussit toujours à nous faire rire. Faire face au quotidien, assumer son passé,
partager sa vie avec une autre personne tout en acceptant les différences donne
lieu à des situations cocasses. La
quête de spiritualité de Michèle est tenace au point de provoquer l’explosion
du couple parce que François considère le judaïsme comme faisant partie d’une
tradition familiale, à laquelle il n’adhère plus.
Orgueilleuse
et entêtée, Michèle se voit prise au piège.
Elle doit prendre une décision finale et passer à autre chose. Irrisistiblement attirés l’un à l’autre,
François et Michèle amorcent peut-être leur vie d’adultes !!!!!
Essoufflant,
drôle, quelques fois cynique, « Dieu est grand, je suis toute
petite » ne vous laissera pas indifférent !
La
strucutre est à l’image des protagonistes et du thème sous-jacent….
Bon
cinéma !
Francine
Charrette
Club-Culture