VUES D’AFRIQUE 2003

VUES D’AFRIQUE 2003

 

DABLA! EXCISION

Documentaire

 

2002- 73 Min-video couleur

Réalisation : Erica Pomerance

 

Scénario : Erica Pomerance/Image : Erica Pomerance et Bill Kerrigan/Montage : Danielle Gagné/Musique : Nathalie Dussault

Production : Virage (Québec) Sud Cap Production (Tchad)

 

Programmé au cinéma Ex-Centris à Montréal du 6 au 17 Juin 2003

Pendant que des hommes se disputent territoire et pouvoir dans plusieurs régions d'Afrique, un nombre croissant de femmes africaines sont engagées dans un tout autre combat, celui de l'éradication des mutilations génitales féminines.

La mutilation génitale féminine est toujours pratiquée dans 26 pays d'Afrique où, chaque année, deux millions de fillettes subissent l'excision ou l'infibulation, pratiques qui consistent en l'ablation partielle ou totale des organes génitaux. Il en résulte de multiples traumatismes physiques et psychiques qui affectent profondément la vie sexuelle et reproductive. Or, cette tragédie ne concerne pas que l'Afrique. De nombreuses femmes mutilées demandent l'asile politique en Occident pour protéger leurs propres filles du même sort. DABLA! EXCISION raconte l'histoire de femmes qui mènent cette lutte courageuse, montrant leurs motivations et les obstacles auxquels elles se heurtent. Tourné principalement en Afrique de l’ouest -au Mali et au Burkina-  ainsi qu’au Québec, le documentaire suit le progrès de la campagne menée par des africaines dynamiques avec l'appui d'ONG et d’agences internationales.

" DABLA " – ce mot bambara qui signifie cesser - est le cri qui résonne à travers le Mali, où 90% des femmes sont encore excisées d'office. C’est au début des années 1996 qu’Erica Pomerance a entamé le tournage de ce documentaire. Elle est partie à la rencontre de celles qui luttent  pour faire « déposer le couteau »afin que cessent ces pratiques de mutilation.

Fatoumata Siré Diakité, au Mali, se bat pour un projet de loi visant à interdire l’excision. Son association s’occupe de la reconversion des exciseuses leur permettant désormais de gagner leur vie dans l’artisanat et l’élevage. Liliane Côté, une coopérante canadienne, appuie le travail des comités nationaux dans la lutte. Avec un minimum de ressources, elle tente de venir en aide aux femmes mutilées ayant besoin d'interventions chirurgicales. Nathalie Hamel, au Burkina Faso est une jeune coopérante du CUSO Québec qui travaille avec les femmes de la Fédération NAAM, un important mouvement de sensibilisation contre les mutilations.

 Le Burkina est le premier pays en Afrique de l'ouest à avoir voté une loi contre l'excision.
La  lutte commence à porter ses fruits. Une chorale de fillettes chante de joie lors d'une cérémonie officielle marquant l'abandon de l'excision dans un village. Des pièces de théâtre hautes en couleur déclenchent de vifs débats publics sur ce sujet autrefois tabou. Un conteur Dogon offre sa version radicale des origines de l'excision: l'homme, craignant la sexualité de la femme, aurait ordonné à celle-ci de couper le sexe de ses semblables.

A Montréal, Guéda Keita , une étudiante malienne en sciences infirmières, entreprend une enquête à ce sujet. Elle interroge des médecins, chercheurs et intervenantes sociales qui travaillent avec des femmes excisées et infibulées. Elle s'informe de la situation des femmes africaines qui cherchent asile au Canada, fuyant la menace d'excision.

 DABLA! EXCISION est avant tout un film outil qui veut faire sortir de l’ombre et du silence  ces pratiques de mutilation en mettant surtout  l’accent sur les conséquences désastreuses qu’elles entraînent pour la vie sexuelle    et pour la maternité. De jeunes filles s’expriment sur l’ignorance dans laquelle elles ont été maintenues face à cette destruction de leur intégrité physique. Une hallucinante mais bien réelle discussion entre hommes montre comment cette pratique leur est nécessaire pour conserver leur pouvoir de mâle dominant car « une femme non excisée sera forcément frivole ». D’autres hommes sont prêts à coopérer pour rejoindre le travail des femmes dans l’éducation des jeunes générations. Une ancienne exciseuse, qui a failli perdre sa propre fille, sillonne les routes du pays pour dénoncer les mutilations et leurs conséquences dramatiques.

 Pas de voyeurisme dans ce film (même si certaines scènes sont éprouvantes) où la réalisatrice enquête  également sur  l'origine et la mythologie de cette pratique ancestrale animiste. Car il n’est prouvé nulle part que le Coran recommande la pratique de l'excision; pourtant des factions traditionalistes persistent à la proclamer un devoir de purification pour chaque femme musulmane.

Aujourd’hui cependant plusieurs chefs spirituels admettent que l'excision n'est pas un devoir religieux. Mais au nom de la tradition patriarcale, des pressions familiales contournent la loi et certaines excisions continuent à se pratiquer en cachette. 

Le documentaire d’Erica Pomerance ouvre avec clarté le débat :est-ce que les lois suffisent pour décourager la pratique? Ou est- ce que la mutilation demeure un secret si bien gardé que personne n'arrive à la dénoncer?

 

Mariette Gutherz

Club-Culture