
(vidéo)
TVA Films
Un film de Coline Serreau
Scénario et dialogue : Coline Serreau
Musique : St-Germain
Distribution : Aurelien Wilk, Ivan Franek, Michel
Lagueyrie, Wojtek Pszoniak, Catherine Frot, Rachida Brakni, Vincent Lindon.
Genre : drame social
Durée : 120 minutes
Malika, une jeune prostituée, est
sauvagement agressée dans la rue par des voyous sous les yeux de Paul et de
Hélène, un couple de bourgeois cadenassés dans leur voiture. Prise de remords, Hélène retrouve la jeune femme
à l’hôpital où elle gît dans le coma et décide de s’occuper d’elle, abandonnant
mari et fils.
Mais les proxénètes qui ont agressés la
jeune femme n’entendent pas la laisser tranquille et bientôt Hélène se
retrouvera impliquée dans une histoire qui la dépasse : elle entreprend à la fois de faire renaître
Malika à la vie et de la tirer des griffes de ses bourreaux.
Coline Serreau écorche la bourgeoisie
sous toutes ses formes. Elle dénonce le
proxénétisme et la léthargie policière face à la souffrance et à l’esclavage de
jeunes filles devenues prostituées, non pas par choix mais par
désoeuvrement.
Malika incarne une jeune femme
Algérienne de naissance, bafouée par une belle-mère et un père qui a le pouvoir
de vie et de mort sur ses enfants, tout spécialement les filles….
Dès l’adolescence, elles sont vendues à
de vieux bonhommes Algériens, dégénérés pour de l’argent. Comme de raison, elles ne le savent que trop
tard, alors qu’elles sont amenées au bateau par le père qui leur dit qu’elles
s’en vont en visite chez des gens biens qui prendront bien soin d’elles…..Cette
hypocrisie démontre à quel point la femme n’a aucune valeur aux yeux du père si
ce n’est que lorsqu’elle est vendue aux « en-chaires » !
Jeune adolescente, Malika se révolte
devant une telle injure. Elle s’enfuie
dans les rue de Paris….C’est la réalité pourtant. Triste histoire de plusieurs jeunes filles abusées, jetées à la
rue par des parents inhumains ou elles sont des Malika, innocentes, venues d’un
autre pays avec leur famille, rêvant d’une vie meilleure et libre.
De l’autre côté, il y a ce couple
« BCBG », de petits bourgeois qui ferment les yeux devant la
souffrance d’autrui. Ils se
déculpabilisent en se disant que tout ça ne les regarde pas. Pourtant, les scènes du début montrent à
quel point les enfants peuvent être ingrats envers leurs parents. Coline Serreau amorce l’histoire en
dénonçant la cupidité et l’égoïsme d’Hélène et Paul. Immédiatement après, la même scène se répète mais cette fois
entre Hélène et son fils. Ces scènes
sont présentées à la manière de Molière – tragédie, satire, comédie….elles n’en
sont que plus réelles ! Quelle entrée
en matière !
La réalisatrice instaure l’ambiance dès
le départ. Elle nous fait détester ce
couple bourgeois autant que leur fils.
Le moment fort du film est la rencontre inattendue avec Malika….
Un soir, Paul et Hélène sont témoins
d’une agression. Ils voient une jeune
prostituée se jeter sur la voiture, les priant de l’aider, de la sauver. Un cri de désespoir, un appel à l’aide. Mais Paul n’ouvre pas les portes pour la
laisser entrer, de sorte que trois hommes l’empoignent par les cheveux et lui
écrasent la tête sur le pare-brise de la voiture. Après, sous les yeux du couple muet, ils la rouent de coups de
poing, de coups de pieds et la laissent pour morte, ensanglantée et
inconsciente sur le trottoir d’une rue à peine éclairée.
La brutalité poignante de cette scène
provoque un haut le cœur, elle bouscule, frappe de plein fouet, elle témoigne
de la violence faite aux femmes en choisissant de nous montrer le visage de la
prostitution – des femmes forcées à l’esclavage de la drogue dure - de ses
proxénètes : l’horreur, la
torture, la soumission, la dépravation.
La misère humaine, la cruauté, la
dégénérescence, il n’y a pas de mots assez forts pour décrire la situation à
laquelle Paul et Hélène assistent. Ils
regardent un « reality show » se dérouler sous leurs yeux comme s’ils
n’étaient que des spectateurs impuissants et silencieux. Paul pousse l’ignominie de son indifférence
jusqu’à laisser cette jeune femme inconsciente sur le pavée pendant qu’il tente
d’essuyer le sang sur le pare-brise de sa voiture. Et comme si ce n’était pas assez, il s’insurge contre le geste
d’Hélène à l’endroit de la jeune femme agressée. Il lui défend d’appeler les « flics » pour ne pas être
mêlé à une histoire qui ne le regarde pas.
Il s’enfuit dans la nuit. Pour
effacer toute trace de sa lâcheté, il passe à une station de lavage automatique
pour faire disparaître le sang.
Personne ne les a vus, personne ne peut les identifier. Ils n’ont laissé aucune traces. Ils rentrent à la maison comme si de rien
n’était.
À partir de ce moment, Hélène prend
vie. Sa conscience se réveille et
secrètement, elle se retrouve aux chevet de la jeune femme. Elle ne la quittera plus.
Son sentiment de culpabilité est d’une
ampleur telle qu’elle doit se racheter auprès de Malika. Hélène est déterminée à lui sauver la vie
coûte que coûte. Elle ne réalise pas la
portée de sa décision, des conséquences qu’elle aura sur son couple, son fils
et surtout sur sa vie personnelle.
Le cheminement que Coline Serreau
choisit c’est le choc brutal dès le début et après, elle nous ramène petit à
petit à l’essentiel. Plus on avance
dans l’histoire et plus on savoure le jeu d’Hélène et de Malika. Elles sont les ambassadrices, chargées de
retrouver un équilibre. Est-ce un film
féministe ? Aucunement. Il n’y a pas d’amertume ou de vengeance
gratuite au contraire, ces femmes, dans leurs différences et dans leurs
similitudes, ne font qu’utiliser les mêmes armes que leurs agresseurs tout
simplement, au nom du respect et de la liberté. Une amitié, une solidarité et une complicité se tissent tout
doucement.
Un très beau film, un hommage à la vie
et à l’entraide, aux valeurs importantes que l’on doit chérir.
Bon visionnement !
Francine Charrette
Club-Culture