BARAN

BARAN

 

(FFM 2001)

Compétition officielle

 

Iran

Version originale, sous-titrage anglais

 

Durée :  94 minutes

Genre :  drame sentimental

 

Synopsis

En 1979, l’Afghanistan subit les contrecoups de l’occupation soviétique.  Le retrait, dix ans plus tard, des troupes soviétiques laissera le pays en proie à d’énormes conflits intérieurs.  Jusqu’à aujourd’hui, des factions politiques opposées continuent à se tirailler.  Des milliers de familles afghanes ont quitté leur terre natale pour trouver refuge dans des pays avoisinants.  Selon les Nations unies, l’Iran est le pays qui a accueilli le plus de réfugiés au monde.  Plus de 1,4 million d’Afghans demeurent en Iran.  La majorité des jeunes de la nouvelle génération sont nés là et ne connaissent même pas le pays de leurs parents.  BARAN se penche sur ce phénomène.  Le récit a lieu de nos jours, à Téhéran, dans un des nombreux immeubles en construction de la ville.  Memar, le contremaître des lieux, emploie des travailleurs qui viennent d’un peu partout à travers le pays, mais également des réfugiés afghans.  Lateef, un jeune ouvrier iranien, découvre bientôt le secret de Rahmat, un collègue originaire d’Afghanistan.  À mesure qu’il tente de pénétrer dans l’univers de cet homme et qu’il partage avec lui de dures épreuves, il fait des découvertes qui vont hanter radicalement son existence.

 

 

Les sujets chéris par les réalisateurs Iraniens autant que leur façon de filmer et d’écrire leur scénario fourmillent de poésie, de symboles, de spécificités culturelles, mêlés à des problèmes sociaux, économiques et politiques où les silences sont autant de moments précieux.  Des histoires habilement tissées d’émotion qui englobent les relations amoureuses, amicales, familiales, la générosité, l’entraide.  Une signature unique et très humaine.

 

Ce film ne fait pas exception.  Majid Majidi met en valeur des personnages sublimes, des paysages et des décors qui dominent.  Il est question d’un problème majeur en Iran :  les réfugiés Afghans et les difficultés de vie, la discrimination, la survie, l’illégalité.

Peu de moyens, vivant dans un état lamentable, une pauvreté inimaginable et le désir de vivre malgré toutes les horreurs et les inégalités, des hommes et des femmes, encore enfants avec des vieillards, accomplissent un travail inhumain pour quelques sous.  Dans le domaine de la construction, ce sont exclusivement des hommes.  Pour survivre et pour aider des parents, laissés derrière eux dans un pays en guerre, ils accomplissent leur devoir.

 

Majid Majidi explore les préjugés et la discrimination en passant par Rahmat et Lateef, les deux principaux personnages.  Malgré l’humiliation que lui fait subir Lateef, Rahmat demeure digne, silencieux et soumis, travaillant avec acharnement pour ne pas risquer de perdre son emploi.  Ce qui nous surprend c’est la noblesse, la magnanimité de Rahmat et de son grand-père. 

 

Habillés de guenilles superposées pour se garder au chaud, ils travaillent dans les entrailles d’un immeuble mais à certains moments, nous avons l’étrange impression que la construction n’en finira jamais, elle sera éternelle et ce sentiment d’éternité installe une atmosphère intemporelle, presqu’irréelle.  Ces hommes sont comme des fourmis, accomplissant leurs tâches sans l’aide de machine, aucune mécanique, aucun moteur :  tout se fait à la main et tout se transporte à bras, sur le dos comme des ânes ou dans des brouettes de fortune.  On monte et on descend des escaliers sans arrêt.  À chaque étage, de gros bidons de métal sont remplis d’eau reposant sur des grilles de métal tordues et chauffées aux tisons de charbon.  Cette image est exceptionnellement efficace. 

Le réalisateur se sert des éléments avec habileté et énergie, les images alimentent la tension.  Il y a des tableaux magnifiques :  les femmes et les jeunes filles qui ramassent de grosses pierres dans des rapides d’eau glacée, très souvent enfoncées jusqu’à la taille.  Elles chantent ou elles sont silencieuses, répétant les mêmes gestes.  Elles ne se plaignent pas, elles acceptent puisqu’elles n’ont pas le choix.  Et que dire de la scène du soulier, évocatrice et tendre :  en courant, une jeune fille perd son soulier dans la boue et un jeune homme se précipite pour recueillir le soulier, le nettoyer et le poser délicatement sur le pied de la jeune fille.  Un geste de désespoir mais également, une déclaration d’amour à travers un geste noble – et tout cela dans un silence complet :  tout se passe dans le geste et le regard complice.  Quelle poésie !

 

Le fond et la forme sont au rendez-vous, un scénario solide, des images sensibles, symboliques et évocatrices, une mise en scène intelligente. 

Dans toute cette allégorie, quelques personnages se démarquent du reste, spécialement Rhamat et Lateef.  Une histoire d’amour se dessine petit à petit.  Et toujours ces dialogues dans un silence complet où les yeux se rencontrent et se parlent. 

 

Un film exceptionnel !

 

Majid Majidi

Né en 1959 à Téhéran, il poursuit une carrière dans le théâtre, pour ensuite se diriger vers le cinéma où il commence par exercer le métier de comédien.  De 1982 à 1994, il réalise cinq courts métrages et il se lance ensuite dans la réalisation de longs métrages :  BADUK (1991), LE PÈRE (1996), LES ENFANTS DU CIEL (1997), LA COULEUR DU PARADIS (1999).  Les deux derniers remportent le Grand Prix des Amériques au Festival des films du monde de Montréal.

 

Bon cinéma !

 

Luc Lavallée

Club-Culture