
France
Hors
Concours / Festival des Films du Monde 2002
Durée : 116 minutes
Réalisateur : Dai Sijie
Scénario : Dai Sijie
Adaptation
de son roman.
Musique : Wang Pujian
Distribution : Xun Zhou, Chen Kun, Liu Ye, Wang Suang Bao,
Chung Zhi Jun, Wang Hong Wei.
Genre : drame
C’est
une histoire à la fois banale et sublime.
C’est l’amour de la vie à travers les choses simples de la vie !
Dans la
Chine de Mao, tout le monde vit toujours sous le joug de la Révolution
Culturelle. Savoir lire, c’est déjà
faire partie des intellectuels avec qui le gouvernement ne badine pas. Il faut tous les rééduquer ceux-là, en les
envoyant dans les campagnes travailler chez les paysans, dans les rizières ou
dans les mines pour les mettre en contact avec la dure réalité. C’est ce qui arrive à deux amis, Luo et Ma,
si jeunes et déjà marqués du sceau infamant d’ennemis du peuple, car nés
d’intellectuels réactionnaires. Pour ne
pas sombrer, ils ont encore quelques histoires, quelques films à se raconter,
même le violon de Ma sauvé de la destruction et qui réinvente Mozart. Mais finalement, cela fait bien peu. Un jour, un miracle se produit. Les deux jeunes tombent sur un roman de
Balzac, petit livre à lire en cachette, tellement dangereux, mais tellement
magique, qui changera le cours de leur vie en leur ouvrant la porte de la
petite-fille du tailleur et en leur permettant de rendre possible ce qui ne
l’aurait peut-être jamais été.
Pour
apprécier le film dans sa globalité, il vous faut le voir avant de lire le
livre. Pourquoi ? Parce que le livre est une forme
d’expression, un langage totalement différent de celui de la pellicule. Quand nous ouvrons le livre, nous absorbons
les mots, les phrases et les chapitres.
Nous sommes entraînés dans un univers particulier et très
personnel. Nous nous faisons notre
propre film. Nous avons une perception
qui nous est propre. Alors que le film
nous offre la perception du réalisateur en images et sur une période de temps
limitée : 116 minutes, la lecture
elle, s’échelonne sur plusieurs jours.
Ceci
dit, aborder le film et le comparer au contenu du roman serait une erreur. Alors, parlons du film et de son contenu.
Luo et
Ma sont amenés dans un village perdu dans les montagnes. Après plusieurs jours de marche, ils
arrivent épuisés au village.
À leur
arrivée, ils sont présentés au chef, un paysan inculte qui vénère Mao et sa
politique. Ils doivent ouvrir leurs
bagages devant les villageois et garder le silence à moins que le chef vous
adresse la parole. Une leçon d’humilité
qui passe inévitablement par l’humiliation……
Cette
situation tendue débouche sur une scène légère et drôle. Ma sort son violon et joue du Mozart devant
le chef pendant que Luo invente une histoire d’hommage à Mao et à son œuvre…..
Issus
d’un milieu aisé, ils ont fait des études supérieures et c’est pour cette
raison qu’ils se retrouvent dans un camp de travail obligatoire. Au début, ils seront responsables des
latrines : tous les jours, ils
doivent les vider et les transporter dans des contenants qu’ils portent sur le
dos à travers des sentiers rocailleux dans la montagne. Rien de tel pour vous ramener les deux pieds
sur terre et vous inculquer le partage des tâches pour le bien de la
communauté…..Fini la vie douillette, l’argent, l’éducation à l’université. Maintenant, rien ne leur appartient, ils
doivent plier l’échine, travailler dur et survivre dans des conditions
épouvantables.

Les
images sont particulièrement bien réussies.
Filmé en Chine dans des régions éloignées, les paysages dictent les
atmosphères. Au début, Luo et Ma sont
des complices par la force des choses et parce qu’ils sont issus du même
milieu. Plus le film se développe et
plus cette complicité s’effrite. C’est
l’éveil amoureux, les émotions troubles, la compétition entre Luo et Ma pour
gagner le cœur de la petite-fille du tailleur.
Il y a
double jeux : Luo et Ma apprennent
l’humilité dans le travail quotidien, l’effort et le partage obligatoire et de
l’autre côté, subtilement, en utilisant la magie des mots et de la musique, ils
font découvrir un autre monde à ceux-là même qui les emprisonnent….Ce petit jeu
de cache-cache progresse jusqu’à son implosion.
Il y a
plusieurs moments magiques dans le film ainsi que des situations loufoques.
Un
scénario intelligent, une histoire d’amour interdite, des amitiés brisées pour
certains, des rêves brisés pour d’autres, des rêves à réaliser, à poursuivre
même au prix de sa vie.
Ce film
est également l’apprentissage de la vie, de la connaissance, de la découverte
et du changement.
Deux
jeunes hommes et une jeune fille sont changés à jamais. Tous trois suivent un parcours qui les
amènent à un croisement de chemin.
« Balzac
et la petite tailleuse chinoise » c’est un conte, un moment magique dans
le temps, une expérience dans la vie de trois personnes dans une période
trouble sous le régime de Mao. Ca
aurait pu être une histoire de persécution politique, douloureuse et sombre
mais ce n’est pas le cas. Ce film est
habité par l’espoir, l’humour et la beauté sauvage des lieux : la Montagne du Phénix du Ciel.
Comme
spectateur, on s’attend à ressentir la douleur de l’exil, la solitude
exacerbée, il n’en est rien. Jamais
nous sentons la dramatisation ou le pathos.
Luo et Ma luttent pour leur survie, l’effort physique permet de
résister, de franchir des obstacles.
Par
exemple, un moment savoureux, celui de l’intervention de chirurgie dentaire
improvisée sur le chef du village, une scène hilarante. Et que dire de Balzac l’Écrivain, source
inépuisable de récits, lesquels surprennent les villageois. Même endoctrinés, ils sont si friands de ces
histoires que Luo et Ma se découvrent des talents de conteurs pour améliorer
leur sort. Personne ne se doute que ces
contes proviennent directement d’un livre et pire encore, d’un écrivain
Français……le diable en personne !
Un film
à voir absolument !
Francine
Charrette
Club-Culture