Léonardo ...

Cet amour-là
Un film de Josée Dayan
mettant en vedette: Aymeric Demarigny et Jeanne Moreau

 

Marguerite Duras, c’est connu, est un monument de la littérature française. Elle a écrit plus de 40 romans, des pièces de théâtre, des scénarios, des essais, et la plupart de ces ouvrages ont obtenu beaucoup de succès.

Pour incarner, à l’écran, cette écrivaine dans toute sa démesure, il fallait une actrice monumentale. La réalisatrice Josée Dayan a fait appel à Jeanne Moreau qui fut l’amie de Marguerite Duras. Pour l’interprétation de ce grand personnage, la comédienne et la réalisatrice n’ont pas opté pour la ressemblance à tout prix, ce qu’elles cherchaient se trouvait du côté de l’émotion.

Yann Andréa, un jeune étudiant en littérature écrit des lettres, depuis cinq ans, à Marguerite Duras, il connaît tout de ces livres. Le film débute dans la ville de Trouville, là où Marguerite Duras cherche à vaincre son alcoolisme, là où elle attend que l’écriture vienne. C’est à ce moment que Yann Andréa fait irruption dans sa vie, pour ce qui s’avérera son dernier amour. Enfermés dans «la chambre noire», ils écrivent, boivent, s’engueulent et s’aiment au-delà des différences qui les séparent. Grâce à Yann, Marguerite Duras retrouve l’inspiration et se remet à écrire. Leur relation durera seize ans, jusqu’à la mort de l’écrivaine. Le film est librement inspiré du récit «Cet amour-là» qu’a publié Yann Andréa trois ans après la mort de Marguerite Duras, en 1999.

Josée Dayan excelle dans les films à grand déploiement, pensons au fabuleux Comte de Monte-Cristo et à la série Balzac. Mais le propos, semble-t-il, trop intimiste de Cet amour-là ne rejoint malheureusement pas le spectateur. On croit peu à l’histoire d’amour et de passion qui nous est donné à l’écran. Non parce que le jeu des acteurs est mauvais, mais peut-être à cause d’un scénario trop faible. Le propos se tient à la surface des choses, dans l’anecdotique: les colères de Yann, la méchanceté, l’alcoolisme et la jalousie de Duras. Les anecdotes se suivent une après l’autre, seize ans se passe entre le début et la fin de ce film, et pourtant, on ne sent aucunement le temps passer, ni la relation évoluer. Le film tait l’essentiel, l’homosexualité d’Andréa et la sexualité trouble entre eux, ce qui aurait peut-être permis d’approfondir le lien particulier entre les deux amants. La réalisatrice voulait faire de cette histoire, une histoire d’amour universelle, mais en s’éloignant de la singularité et de la puissance de cet amour, elle est malheureusement passée à côté du film...

 

Sylvie Rheault
Club Culture