
ARTISTE PEINTRE

SAMIR KACHAMI

AU SÉRAIL
Qui est Samir Kachami ?
Comment et pourquoi est-il devenu à la fois un
artiste peintre et un enseignant impliqué ?
Né en Egypte, Samir Kachami n’aura pas le bonheur
de connaître son père puisqu’il meurt alors qu’il n’avait que quelques
mois. Entouré d’un grand frère et d’une
sœur, Samir a vécu une enfance relativement heureuse. Élève brillant, il participe à un concours à sa première année de
secondaire et reçoit un prix d’excellence : un livre sur la vie et les œuvres de Degas. C’est la première étincelle – le premier
contact - avec la peinture. Une date
charnière déterminante pour sa carrière – (le thème de la danse restera gravé
dans son imaginaire et utilisé pour créer une série de dessins). Très jeune, il aime le dessin mais tout
d’abord, il veut faire du théâtre et après du cinéma. « J’ai toujours aimé m’exprimer et jouer.. »
Son grand frère joue un rôle important dans la
vie de Samir tout autant que sur son parcours artistique puisque sous le regard
admirateur de celui-ci, le grand frère démontre un talent inné pour le dessin
(il deviendra ingénieur). Comme par
hasard, le meilleur ami de son frère le fascine tout autant, à un point tel
qu’il devient son idole. Selon ses
propres mots : « Il dessinait
comme un Dieu…Il travaillait les volumes, les formes et la lumière. Je n’avais jamais vu quelqu’un dessiner
aussi bien que lui. J’étais ébloui par
la beauté de ses œuvres car il passait des mois pour ne réaliser qu’une seule
toile. Imaginez ! Il avait un talent inouï ! »
À l’adolescence, Samir exécute sa première
peinture inspiré par la « Femme » (qu’il possède toujours). Déjà, à ce jeune âge, elle représentait à
ses yeux la beauté, la douceur, la souplesse, la sensualité, la
pureté…..l’imaginaire….un univers mystérieux et complexe où il puisait son
inspiration. Dans son entourage
familial, il y avait également une tante qui faisait du pastel et encore une fois,
le jeune Samir se voit animé par le désir profond de pouvoir, non pas de copier
les œuvres mais plutôt de développer sa propre technique et d’exprimer ainsi
ses émotions sur une toile aussi bien que le faisait sa tante.
Animé par la passion, la détermination et la
curiosité, il deviendra journaliste dans l’un des plus grands quotidiens
d’Égypte dans le département de la publicité.
Il touchera tout aussi bien le théâtre que le cinéma – par le biais de
la traduction d’un scénario américain en arabe, à la demande d’un réalisateur
qui l’avait vu jouer au théâtre. Comme
il le dit si bien : « J’avais
une facilité pour raconter. Tout
naturellement, j’aimais faire rire, raconter des anecdotes. À l’école on disait de moi que j’étais un
bouffon. »
Instinctivement, Samir imagine les personnages
du scénario tout autant que les scènes, les unes après les autres. Elles défilent dans sa tête….(Pendant huit
ans, Samir travaillera dans l’industrie du cinéma comme assistant à la
réalisation.)
Il rêvait de faire du théâtre et du
cinéma. C’est exactement ce qu’il a
fait !

OUCH
Il débute sa formation à l’École Leonardo da
Vinci au Caire surtout dans le domaine du graphisme et de la publicité. La raison est simple : il pourrait se trouver plus facilement du
travail au Québec.
Et c’est ici, au Québec, que Samir prend le
chemin de la peinture parce que cette forme d’art répondait à ses
aspirations. Il y consacrera toute sa
vie.
Dès son arrivée au Québec avec en 1967, Samir Kachami est plongé dans l’immédiateté et l’urgence. C’est alors qu’en feuilletant les petites annonces dans un quotidien montréalais, il répond à une demande et fait application pour un travail – il obtient le poste parce qu’il pouvait parler plusieurs langues – français, anglais et sa langue maternelle, l’arabe - responsable de formation – atelier de peinture et de dessin à Montréal.

PLACE À LA FÊTE
Tout en travaillant, il termine ses études à
l’École des Beaux Arts de Montréal à temps partiel, poursuit sa formation en
terminant un brevet d’enseignement avec spécialité en « Arts
plastiques » de l’Université du Québec à Montréal ainsi qu’une maîtrise en
éducation à l’Université de Montréal.
Et, pendant toutes ces années d’études, Samir peint, dessine et découvre
le dessin à l’encre de Chine, le pastel et l’aquarelle. Autodidacte, il développe sa propre
technique n’ayant pas les moyens financiers pour se payer les cours.
Dans le groupe d’aquarellistes sous la
direction de Ladouceur, il est invité à participer à des expositions avec le
groupe, en exposant ses « encres ».
Depuis 1980, Samir participe à plusieurs
expositions solos et collectives autant au Québec, au Canada, qu’à
l’étranger. Nous pouvons admirer ses
œuvres dans les livres de Louis Bruens, Jacques Latulippe.

AU MUSÉE
Ses racines orientales jumelées à son immuable
et intarissable admiration pour l’être humain dans un contexte contemporain
s’expriment dans ses œuvres.
S’inspirant de photographies, d’images et de rêves, ce qu’il voit, il le
réalise dans ses toiles. Le résultat le
surprend toujours !
Les peintres qu’il affectionne
particulièrement : Degas, Leonardo
da Vinci, Gustav Klimt, Leonor Fini, Salvador Dali…..
Ne nous surprenons pas de découvrir, ça et là,
des réminiscences évidentes de ces peintres de génie ! – à sa façon, il leur
rend hommage tout en démontrant sa personnalité et sa vision.

ET UN, ET DEUX, ET TROIS, ET QUATRE, ET...
Pour comprendre son cheminement et ses œuvres,
voici ce qu’il en dit :
« Je privilégie la ligne courbe parce
qu’elle définit assez bien la sensualité de la forme, et la lumière, parce
qu’elle représente l’essence de la vie.
La femme est, d’aussi loin que je me souvienne, mon inspiration
première. Elle est vitale dans ma vie. Pour moi, elle représente l’idéalisme. J’ai toujours eu un profond respect pour la
femme et c’est pourquoi elle exprime tout ce qu’est la vie, même le monde
imaginaire ! Je dessine la femme jeune
et belle dans la lumière, entourée de symboles, de mystère, en attente et dans
le doute. La femme, entre 18 et 35-40
ans parce que je n’aime pas la laideur ni la vieillesse. Je sais, je suis vieux – j’ai dans la
soixantaine ce qui ne m’empêche pas d’avoir un très grand respect pour les gens
âgés mais dans mes toiles c’est la force, la vitalité, la beauté, l’imaginaire
qui m’importent. C’est un choix
personnel. J’aime dessiner la fraîcheur
de la jeune fille, l’innocence, la sensualité, la fille rêveuse, l’élégance, la
douceur. Et je la dessine, entourée
d’une atmosphère, dans un lieu non défini, qui pourrait être n’importe où….(Je
fixe mon rêve sur la toile, ce que je vois dans ma tête. C’est ça que je recherche. Il n’y a rien d’autre qui m’inspire !
Spontanéité
Je me laissais aller tout simplement. Je favorise une liberté d’expression….
J’ai eu des périodes : par exemple quand j’ai commencé la nature
morte – clair obscur. J’ai réalisé une
dixaine de toiles et je les ai exposées mais, j’ai dû abandonner pour des
raisons personnelles. À cette époque,
j’ai perdu mon frère de façon brutale alors, pour apaiser ma souffrance, pour
laisser place à la vie et à la lumière, je m’y suis consacré totalement – la
représentation du rêve, ma nourriture….en passant par la femme. Ma fascination pour les films imaginaires
sont aussi source d’inspiration.
« Simbad » est un exemple parfait du genre d’imaginaire que je
préfère. Il y a aussi les films
futuristes.

LA RÉPÉTITION
Le corps est un outil. C’est la raison pour laquelle je dessine la
femme – l’inconnue, l’intemporalité, la fragilité et « le nul
part »….Puis, je dessine le visage à ma façon, comme je le ressens. J’invente et j’interprète le rêve, mon
rêve. Il n’y a pas plus beau que le
rêve !
Même éveiller je rêve encore. Pour faciliter cet état d’âme, j’écoute de
la musique. Quand je regarde les
choses, des objets ou des humains, je vois autre chose….peu importe le visage,
on dirait que je vois son expression et le geste d’une autre façon. Pour moi, le visage est le premier élément
que je regarde puis, c’est le ventre.
Le ventre parce qu’il y a quelque chose de doux
et de souple, c’est là que naît la vie.
Je suis fasciné aussi par la danse - le « baladi ».
En ce moment, c’est le cirque qui occupe mon
esprit : le « Cirque du
Soleil ». Je filme avec un
appareil et après, je passe le film au ralenti. Cela me permet de voir les corps, les expressions, les volumes,
la lumière, le mouvement, la grâce.
C’est de là que me vient l’inspiration.
J’ai terminé deux toiles avec des personnages de cirque et elles se sont
vendues immédiatement.
Ce qui m’inspire me nourrit. Cela ne peut être autrement. Je le sens, je le vois quand il y a quelque
chose qui transpire d’une toile ! »

POSE APRÈS LA PAUSE
Le fait d’avoir un atelier (dans le vieux
Saint-Eustache), le fait d’enseigner (35 ans d’enseignement), l’oblige à se
documenter, à lire sur une foule d’artistes, d’époques, de techniques,
l’évolution de la peinture, les écoles de pensée, etc…., Inévitablement, ses
lectures lui ouvrent d’autres univers.

CONFIDENCE
Voici quelques-unes de ses œuvres choisies
comme exemple, qui soulignent son talent, évoquent le métissage des cultures,
son imaginaire foissonnant, sa maîtrise exceptionnelle de la lumière, du corps
humain et ses références artistiques à travers sa création.
Mythes, culture orientale, américanité, luxure,
rêve, voiles - transparence, sensualité, douceurs, lumière, volumes, intimité,
composition….un mélange de souvenirs, d’Histoire ancienne et de modernité.
Touche graphiste, utilisation de plusieurs
« médiums » - encre, pastels, peinture acrylique, aquarelle.
Une série de toiles sur la femme languissante
et endormie…..le rêve et,une toile unique,hors contexte,
« Majesté »

UNE NUIT DE VELOURS : le rêve d’une femme - personnages provenant
de légendes moyennageuses – l’amour régenté (littérature fantastique) -L’époque
du chevalier.
Amours défendues….

À DOS DE RÊVE : atmosphère orientale – femme vue de dos, étendue, entourée de
pastilles multicolores….des bulles de rêve…

PAONNE :
les seins et le nombril délimités et contenus comme dans le calice d’une
fleur…Samir me dit que c’est une serrure….Femme ouverte à l’extase. Ce qui l’entoure fait référence au paon,
oiseau exotique et majestueux.

DOUCE ATTENTE : jeunesse, beauté du corps.
Jeune femme occidentale aux yeux bleus très « british ». En attente, elle repose sur un canapé,
entourée de couvertures, de coussins duveteux et moelleux. Teintes de bleus et d’ocres. Très lumineux.
On pourrait se penser aux Indes à l’époque
coloniale – le faste britannique.

« MAJESTÉ » : les drapés, les pieds dodus de
« Rubens », aphrodyte ou jeune adolescente ? Travail de composition captivant et
subjectif où la grâce domine.
Dentelles, soiries, transparence, lumière…..17e
– 18e siècle revisité….
Une toile « majestueuse » d’une rare
beauté.
Samir avoue qu’il arrive des moments où il
produit ce genre de toile.
L’inspiration lui vient spontanément. Cette toile, il l’avait déjà
imaginée à la suite d’une photographie….un souvenir du passé.
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Francine Charrette
Club Culture