À mon seul désir

Roman de Bertrand Vac
Éditions Québec Amérique
www.quebec-amerique.com
3e trimestre 1998, 611 pages

À mon seul désir est le tout dernier roman de Bertrand Vac, un auteur important des années 50 avec ses deux romans best-sellers publiés au Cercle du livre de France, Louise Genest (1950) et Saint-Pépin, P.Q. (1955). Entre ce dernier-né et son tout premier récit, Bertrand Vac a écrit plusieurs livres et une pièce de théâtre, Appelez-moi Amédée, jouée à l'Exposition universelle de Montréal en 1967. Malgré son âge, 84 ans, il continue toujours à écrire et, apparemment, à pratiquer la médecine.

Le propos

L'intrigue du roman est une grande saga montréalaise du tournant du siècle. Elle s'attarde à décrire un milieu, une classe sociale que la littérature d'ici a rarement abordé. Cette saga nous plonge au cœur même de la grande bourgeoisie, vers 1900, dans le "Golden square mile". Ayant vécu cinquante ans dans ce quartier des plus élégantes propriétés montréalaises, Bertrand Vac a été curieux d'en connaître l'histoire des familles qui l'ont créé.

1892. Mathilde revient enfin à Montréal après quatre années d'études dans un collège huppé de Boston. À peine descendue du train, son père, Pierre Guertin, un riche industriel, lui apprend qu'elle n'habitera pas avec lui. Sa décision est formelle : Mathilde doit "s'exiler" chez sa grand-mère, au bout du monde, à Saint-Gabriel-de-Brandon ! Pourquoi ce père aimé et veuf tient-il tant à éloigner de lui sa fille unique ? On l'apprendra plus tard dans le récit.

La vie à la campagne réserve bien des surprises à Mathilde. Malgré l'affection et la tendresse prodiguées par sa grand-mère paternelle, elle vivra son premier chagrin d'amour, sera trahie par sa grande amie Germaine, celle qu'elle croyait être sa plus fidèle alliée et devra épouser un homme de vingt ans son aîné, Philippe Schneider, le bras droit de son père.

1916. Mathilde a eu cinq fils, cinq garçons à qui l'existence ne refuse rien. Mais la richesse de la famille Schneider pourra-t-elle soustraire ces jeunes hommes aux intrigues, aux peines d'amour, à la guerre et même à la mort ? La vie se chargera de leur apprendre que l'argent n'achète pas tout et ne guérit surtout pas les plaies du coeur.

Passions, fugues, épidémies, le premier "virage technologique" (voiture, téléphone, avion), tous des éléments réunis pour faire de ce roman une grande fresque impressionnante sur la grande bourgeoisie de Montréal.


Un excellent conteur

Bertrand Vac sait bien manier l'intrigue et raconter une histoire. On est littéralement accroché aux pages qui nous décrivent les héros de ce roman-fleuve. Le style de Bertrand Vac me fait penser à celui de l'écrivain français, Martin du Gard. Enflammée, incisive, alerte, imagée, toujours correcte, la langue de Vac est faite pour le grand récit à souffle long. On ne s'ennuie pas dans ce beau roman, mémorial d'une époque centenaire, mais pas si lointaine que cela pour nous, contemporains, qui côtoyons encore les descendants de ses grandes familles.

Un grand roman digne des Balzac et Zola. Un roman tout de même actuel qui passera néanmoins à l'histoire de la littérature québécoise et francophone. J'ai passé de très belles heures de lecture avec cette saga. Des heures de volupté !

Je vous en souhaite autant.

Si vous n'avez pas de libraire tout près de chez vous, vous pouvez vous procurer cette magnifique fresque écrite à notre libraire virtuelle et nous nous ferons un plaisir de vous le faire parvenir à votre domicile.

Bonne lecture !

Michel Paul Beaudry
Club Culture