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LE SONGE DE SCIPION

LE SONGE DE SCIPION

 

Belfond

Auteur :  Ianin Pears

Traduction :  Georges-Michel Sarotte

457 pages

ISBN :  2-7144-3687-0

 

Prix :  34,95$

 

Le Songe de Scipion se situe en un lieu unique, la Provence, à trois époques cruciales de la civilisation occidentale :  l’effondrement de l’Empire romain au Ve siècle, les années de la Grande Peste au XIVe siècle et l’apogée du nazisme au Xxe siècle.  Manlius Hippomanes est un aristocrate obsédé par la préservation de l’Empire;  Olivier de Noyen, un poète au service d’un puissant cardinal qui complote pour restaurer la papauté à Rome;  Julien Barneuve, un intellectuel tenaillé par le doute et qui finira par rallier le gouvernement de Vichy.  Chacun d’eux nourrit une passion pour une femme d’exception dont l’existence se verra menacée. Un manuscrit ancien – œuvre de Manlius inspirée du fameux Songe de Scipion -, disparu puis ressurgi, partiellement transmis au fil du temps, sera réinterprété par Olivier et redécouvert par Julien.

 

Autour de ce texte antique mais aussi autour de l’amitié et de la force du sentiment amoureux, Iain Pears tisse une brillante trame narrative, entrelaçant intimement le destin des trois hommes. À travers eux se posent les questions qui hantent notre monde en temps de crise profonde, et retrouvent aujourd’hui une cruelle résonnance;

Qu’est-ce que la civilisation ? Où réside la vertu quand menace la barbarie ?  Dans l’engagement, ou dans la neutralité ?  Mais la barbarie n’est-elle pas aussi la face hideuse de la civilisation ?

 

Julien découvre des manuscrits anciens :  Manlius Hippomanes….évêque, homme de lettre et faiseur de miracles…Bien avant son temps il connaissait parfaitement le néoplatonisme, philosphie extrêmement complexe.  Ces textes ont été recopiés à la hâte par Olivier de Noyen vers 1336.

Quant à Julien, « il avait quinze ans quand les troupes allemandes déferlèrent sur la Belgique et envahirent le nord de la France et vingt quand parvint à son terme le carnage qui faillit anéantir toute une génération. »

 

Manlius rancontre Sophia après la mort du père de la jeune femme, le philosophe Anaxius.  Celui-ci fut impressionné par sa maîtrise de soi, sa noblesse et son érudition.  Parallèlement, Julien fait la rencontre d’une jeune femme juive, peintre, accompagant son père sur un bateau de croisière.  Elle s’appelait Julia.

 

Sophia oblige Manlius à réfléchir et analyser :  « La vertu naît de la contemplation du divin et de la pratique de la philosophie.  Mais elle naît également de l’exercice d’une fonction officielle.  L’un ne va pas sans l’autre.  Le pouvoir sans la sagesse n’est que tyrannie, la sagesse sans le pouvoir est sans effet. »

Julien regardait Julia, « ..amoureux de sa maîtrise de soi, conscient de cette qualité toute personnelle en même temps que d’un vague malaise en lui-même.  Chacun aperçoit brièvement le paradis une fois dans sa vie. »

 

« Si Olivier ne s’était pas trouvé sur le parvis de l’église ce jour-là et s’il n’était pas tombé amoureux, lui et sa famille n’auraient sans doute pas encouru un tel déshonneur. »  Olivier rencontre Rebecca, une jeune femme juive.

 

Voilà, trois périodes de l’histoire, trois personnages et trois rencontres déterminantes.

De l’an 420 à nos jours, le lecteur se réjouit

Aristote, Cicéron, Socrate, Clément I :  tumultes, guerres de religion interminables, la Grande Peste, peuples conquis… à travers les siècles, les purges ininterrompues du peuple Juif ont le même visage, celui de l’intolérance et du pouvoir absolu de la vérité.

 

« Voici dans quelle circonstance Scipion fut amené à raconter un songe sur lequel (c'est lui qui le déclare) il avait longtemps gardé le silence le plus absolu. Lélius exprimait le regret de ne pas voir des statues élevées publiquement à Nasica, dont le courage avait délivré Rome d'un tyran. Scipion lui répondit, après quelques autres réflexions: Quoique les hommes de bien trouvent dans la conscience de leurs belles actions la plus parfaite récompense de leur vertu ; cependant cette divine vertu aspire à des honneurs plus durables, et à un prix mieux défendu contre les injures du temps, que ces statues attachées par un plomb vil à leur base, et ces triomphes dont les lauriers se fanent si vite. c'est sur toi que se porteront les regards du sénat, des gens de bien, des alliés, des Latins; sur toi seul reposera le salut de l'État; enfin, dictateur, tu régénéreras la république, si tu peux échapper aux mains impies de tes proches.

 

Dans ce récit, retrouvons Manlius à l’époque de l’effondrement de l’Empire romain, Olivier de Noyen, poète au service d’un cardinal ambitieux au temps de la Grande Peste et Julien Barneuve, un intellectuel devenu collaborateur durant l’occupation nazi.  Le fil conducteur :  un texte inspiré du « Songe de Scipion », le manuscrit de Manlius portant sur la vertu civique, l’harmonie universelle.  Il pleure à la pensée que Rome puisse subir la ruine comme Carthage.

 

Toutes ces questions philosphiques qui hantent l’Homme et les civilisations depuis la nuit des temps, reviennent sans cesse.  L’histoire se répète, amenant avec elle guerres et désolation.

Ce roman exige une chronocité exemplaire et une connaissance de l’histoire et c’est précisément ce que Ian Pears explore avec ténacité et circonspection. L’auteur polarise le récit et pénètre au cœur du sujet.  Il se sert de l’histoire, de la philosophie et de la psychologie avec une précision troublante. 

 

Un roman éloquent sur la barbarie de l’Homme, la cupidité, l’ineptie et la folie du pouvoir. 

 

Il faut lire « Le Songe de Scipion », un roman majestueux !

Du même auteur :  L’affaire Raphaël, Le Comité Tiziano, L’Affaire Bernini et Le Cercle de la Croix.

 

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Bonne lecture !
Francine Charrette

Club-Culture