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Presse de la Cité
Auteur :
Takashi Matsuoka
Traduction de Martine C. Desoille
Roman
461 pages
ISBN :
2-258-06001-X
Prix :
24,95$
Évocatif et envoûtant, aux parfums d’Orient, un
récit ample et généreux, noble, truffé de tactiques militaires légendaires et
de guerres intestines entre clans à travers des personnages fielleux. Une histoire d’amour splendide.
Un premier roman pour Takashi Matsuoka, né à
Hokkaido au Japon mais a passé toute son enfance aux Etats-Unis. Après de brillantes études en physique, il
se consacre désormais à l’écriture et vit à Honolulu avec sa femme et leurs
deux enfants.
1er Janvier 1861. L’Étoile de Bethléem fait escale dans le
port d’Edo, capitale du Japon. A son
bord, trois missionnaires américains, deux hommes et une femme, venus apporter
aux païens la Véritable Parode des Apôtres de Notre-Seigneur-Jésus-Christ.
Mais, après plus de deux siècles d’un
isolationnisme farouche, le pays du Soleil levant, contraint et forcé d’ouvrir
ses portes aux nations étrangères, ne se laisse pas aisément séduire par le
chant des sirènes. Sans l’intervention
personnelle du jeune seigneur Genji no Okumichi – qu’on dit prophète – et de la
sublime geisha Heiko (maîtresse de Genji), l’œuvre des missionnaires serait
d’emblée vouée à l’échec. C’est ainsi
que, dans ce pays de contrastes dominé par l’ordre féodal des samouraïs et
rongé par les luttes intestines, les destins du seigneur et de ses hôtes vont
s’entremêler. Ensemble, ils devront
surmonter maintes péripéties, se heurter à leurs préjugés pour mieux les
dépasser et renaître à la tolérance, à la modernité et….à l’amour.
Comme entrée en matière, pour chacun des
chapitres, des textes symboliques signés Suzume-No-Kumo.
Cet ambitieux roman ne peut éviter les
comparaisons avec « Shogun » de James Clavell puisqu’il se situe dans
la même époque. Par contre, il ne se
situe pas au même niveau de complexité ni de subtilité…..et surtout, l’idée
maîtresse repose à la fois sur les contrastes et les similitudes des cultures,
les forces et les faiblesses des personnages dont le centre est l’amour –
triangle formé de Heiko, d’Émily et Genji.
La mise en scène fait allusion à la fin d’une
époque, à la fin d’un règne, provoqué par la présence de plus en plus fréquente
de frégates étrangères venues d’Europe et d’Amérique – Le Nouveau Monde –
amenant avec elles d’autres cultures, des langues, des traditions, des
religions et des armes destructrices (fusils, mitraillettes et canons).
Le lecteur est mis en présence de la brutalité,
de l’intransigeance et de l’indifférence que semblent porter les envahisseurs
sur tout un peuple. C’est ainsi que
nous assistons à la confrontation inévitable et par conséquent à
l’anéantissement de traditions millénaires.
« Shogun » de James Clavell est une
grande fresque historique très pointilleuse, détaillée et basée sur le suspense
– l’histoire avant tout. L’insertion
d’un volet romantique est accessoire….tandis que « Samouraï » de Matsuoka, est un grand roman d’amour à
l’époque des derniers Samouraïs – des ninjas – des geishas – des Shoguns et des
grandes traditions telles qu’elles étaient à cette époque trouble, ce qui
n’empêche pas la précision, la recherche et la minutie de l’auteur.
Ceci dit, la finesse de l’écriture, la poésie
et symboles sont loin de décevoir, au contraire. Tout au long du roman, l’auteur insiste sur l’abîme, la
dichotomie qui opposent les deux cultures et par conséquent expliquent les
divergences, les heurts, les incompréhensions et les polémiques qu’elles
suscitent.
D’un côté, la théorie ou tendance qui considère
l’individu comme la suprême valeur dans le domaine politique, économique, moral
et de l’autre, la théorie de l’insignifiance de la personne pour la
préservationet et le bien de la collectivité.
Le lecteur est invité dans l’univers secret des
geishas pour y découvrir les jeux de l’amour sous un angle différent, la
fidélité et les traditions familiales qui s’y réflètent. D’un côté, le raffinement et l’élégance et
de l’autre, ce qui nous semble grotesque et cruel. Il en va de même pour les samouraïs – leur formation, leur
tradition, leur abnégation, leur fidélité et leur fierté incommensurable
(jusqu’à la mort), le respect et la tendresse… en fait, l’auteur nous transmet
l’amour et le respect d’une culture d’une époque révolue, suite à
l’affrontement sauvage et sanguinaire de régimes venus s’approprier une terre
et ses habitants pour lesquels ils n’avaient que dépit.
Tous ces éléments sont contenus dans les
personnages du Rev. Zephaniah Cromwell, sa jeune fiancée – adolescente – Emily
Gibson et Matthew Stark, un tueur émérite qui se fait passer pour un
missionnaire dans un but bien précis.
Chacun de ces personnages sont venus à Edo pour
différentes raisons mais également parce qu’ils portent en eux un secret qu’ils
ont du mal à gérer.
Dès leur arrivée ils se retrouvent malgré eux,
intimement liés aux intrigues et aux déchirements internes des clans des
Seigneurs. Pour ajouter à ce volcan,
Edo sera bombardé de coups de canons, provenant des frégates. L’envahisseur est proche….
Cette toile de fond comporte plusieurs couches
dont le clan Akaoka : Genji, le père, l’oncle Shigeru et le grand-père
sont reconnus comme les plus grands samouraïs.
Un autre voile vient s’ajouter à l’intrigue, celui du don de proprhétie
dans la famille de Genji.
Mêlée à la guerre des clans, une geisha, Dame
Heiko, la maîtresse de Genji – et peut-être ninja - agent double au service
d’un ennemi à la solde du Shogun – la police secrète Kawakami. Elle représente la féménité, la sensualité,
l’intelligence et l’intrigue Sa présence est à elle seule un effleurement,
parfum suave, une effluve de ce que nous percevons de la femme au Japon de
1860……
Entre ces couches multiples savamment élaborées
se dessinent les similitudes entre les deux peuples à travers leur philosophie
et leur religion sans toutefois porter un jugement de supériorité pour l’un ou
pour l’autre. L’ouverture d’esprit de
Genji et de ses proches fidèles Japonais viennent à reconnaître silencieusement
leur faiblesse c’est-à-dire, une société hermétique, introvertie, qui a pour
conséquence, un retard important dans plusieurs domaines, surtout celui de la
technologie.
Stark et Emily sont conscients de la beauté et
de la sagesse du peuple japonais à travers leur approche équilibrée de la vie
et de la mort.
À la fin de ce roman, les personnages les plus
les plus conscients ont pressenti que la force des deux peuples – Japonais et
Américains – s’appuient sur leur capacité d’absorbtion et de compréhension
d’influences pour ensuite les transformer en quelque chose de nouveau.
Un roman fantastique et passionnant parce que le Japon
de la fin du XIXe siècle est resté isolé du reste du monde et qui plus est, à
une jonction cruciale de son histoire.
Pour les autres pays, le Japon est à la fois d’intérêt économique,
politique et géographique, une cible de choix pour l’Amérique à la recherche de
profits jumelés à des avantages multiples.
Pour ceux et celles qui ont été fascinés par
« Shogun » de Clavell et « Les Mémoires d’une Geisha »
d’Arthur Golden, vous serez séduits par le premier roman de Matsuoka.
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Bonne lecture !
Francine Charette
Club-Culture