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Belfond
Auteure :
Gwen Edelman
(Roman)
Traduit
de l’américain par Anne Damour
166
pages
ISBN :2-7144-3834-2
Prix : 24,95$
Entre Paris et Amsterdam, dans un train qui l’emmène à l’enterrement de Joseph, Kitty se souvient de la passion qui l’a unie à cet homme dix ans auparavant…..
À
la fin des années 80, dans une librairie new-yorkaise, Kitty Jacobs rencontre
Joseph Kruger. Elle a trente-deux ans,
lui soixante-dix. Délicate et sensible,
elle aspire à écrire : lui est un
célèbre dramaturge juif viennois salué comme le nouveau Kafka. Il brave toutes les convenances, se montre
arrogant, impatient, cynique mais dégage un tel magnétisme que Kitty,
subjuguée, se donnera à lui.
Comme
des photos instantanées, disposées dans un album souvenir, la mémoire de Kitty
déborde. Elle se souvient de tous les
moments, des échanges intenses et intimes, des cris et des larmes, des
confidences.
Dans
une librairie new-yorkaise, Kitty Jacobs rencontre Joseph Kruger. Elle a trente-deux ans et lui,
soixante-dix. Elle aspire à écrire et
il l’aborde sans préambule. Elle le
suivra jusque chez lui, curieuse et avide de le connaître. Nous les suivrons dans l’appartement de
Joseph. Durant des semaines ils se
gorgent de nourriture, d’alcool et de sexe.
Joseph raconte son histoire, d’Amsterdam à Paris en passant par la
Palestine, sa famille déportée, la clandestinité, les femmes innombrables
attirées par sa beauté, de ses mariages - ses deux femmes, ses deux enfants,
durant la deuxième guerre. Les
séquelles sont profondes, elles sont toujours vivantes et perturbent l’âme de
Joseph. Il vit dans l’angoisse, la
peur, ses souvenirs l’écrasent et le hantent.
Kitty
ne peut comprendre son désarroi mais elle écoute Joseph répéter sans cesse les
mêmes histoires- au début envoûtée mais plus tard, elle étouffe sous la
quantité effarante d’histoires atroces qu’il a endurées……Toute l’histoire se
raconte dans un même espace, celui de Joseph, un espace claustrophobe comme
celui de son esprit, pavés de ses souvenirs, comme une prison sans issu
possible.
À
force de raconter les horreurs de la guerre, les sévices qu’il a subis ainsi
que les tortures innommables sur des femmes, des enfants et des hommes
innocents, Kitty se sent aspirée dans l’univers de Joseph. Une lecture de plus en plus étouffante et
obsédante. Un homme pris dans son
propre piège en essayant d’y échapper à sa façon – il ne reste jamais au même
endroit bien longtemps.
Kitty
se retrouve prise au piège – elle le veut bien. Le mal de Joseph est hypnotique, elle le sait mais elle s’en
nourrit d’une certaine manière.
Une
écriture passionnante et une mise en situation très originale doublée d’un
regard incisif et très virulent. Le
lecteur assiste à une rencontre peu commune entre deux êtres
disparates : l’un, noyé dans ses
souvenirs – à la fin d’une vie et l’autre, ouverte à la vie, remplie de projets
et de rêves – elle est l’égérie de Joseph.
On
y explore le désespoir, le désir, la confrontation de deux générations – d’un
homme et d’une femme sensibles, de la morale.
Une question surgit de tout cet échange : « Quel est le prix à payer pour les survivants de la
barbarie ? »
Kitty
regarde par la fenêtre d’un train qui la mène sur la tombe de Joseph et ses
souvenirs surgissent.
Gwen
Edelman est née à New York en 1949.
Elle a fait ses études aux Etats-Unis et en France, à la Sorbonne. Elle s’est intéressée à la photographie et
au cinéma avant de devenir éditrice puis créer sa propre agence
littéraire. Depuis 1995, elle vit à
Saint-Germain-des-Prés et se consacre à ses deux passions : l’écriture et les voyages.
« Lorsqu’elle
faisait le marché avec Joseph, il achetait de tout. Des kilos de fruits, du fromage, des légumes, du café, des
saucisses, trois gros pains. Qu’est-ce
qui te prend ? Lui demandait-elle. Nous ne mangerons jamais tout ça en un
mois. On ne sait jamais, répliquait-il,
tâtant un melon, le humant pour en vérifier la maturité. Ne les jette pas, lui dit-il une semaine
plus tard en la voyant penchée au-dessus de la poubelle avec le fruit à moitié
pourri, les fromages trop faits, les deux pains rassis. Je te l’interdis. Mais Joseph, se défendit-elle, ils ne sont plus bons. Et alors ?
Nous les mangerons quand même. À
une époque, on ne trouvait rien à manger, lui rappela-t-il. Tu ne sais rien de tout ça. Mais c’était il y a cinquante ans,
protesta-t-elle d’un ton las. »
Un
jour, Joseph la quitta comme il l’avait rencontrée. Il a pris un taxi et ils ne se sont jamais revus……..
« Dernier
refuge avant la nuit » est son premier roman.
Bonne
lecture !
Francine
Charrette
Club-Culture