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LE RAVISSEMENT

(roman/fiction)

 

Éditions L’Instant même

Auteure :  Andrée A. Michaud

215 pages

ISBN :  2-89502-151-1

 

Prix :  24,95$

(Prix littéraire du Gouverneur général du Canada 2001)

 

Résumé

« C’était donc à moi et à moi seule d’intervenir quand les signes avant-coureurs de l’orage les rendirent tous sourds, et je m’en veux encore de n’avoir su conjurer la mort, de n’avoir su être Dieu lorsque la foudre s’abattit sur les arbres pour emporter la fillette, et de n’avoir pas deviné quel dessein s’accomplissait alors, car seule une plus grande vigilance m’aurait permis d’extirper cette enfant de l’orage, comme ces anges arrachant les innocents aux périls de l’enfer et les montant aux cieux. »

 

Venue se réfugier à la campagne, loin de la ville et des souvenirs qui blessent, une jeune femme se donne à l’éblouissement des matins naissants.  Mais l’orage éclate, entraînant la disparition d’une fillette.  Que se passe-t-il aux Bois noirs pour qu’une ombre nouvelle apparaisse sous les arbres magnifiques et que se fassent entendre des voix venues de la forêt, pareilles à un chœur de pleureuses ?

 

 

Un roman sous forme de récit, peu de dialogues, souvenirs répétitifs angoissants dans un univers énigmatique où l’on pressent la folie à chaque pas.  Phrases répétitives, images répétitives qui n’en finissent plus, pages après pages.

Deux parties :  la femme et son récit et, un détective nommé Harry découvrant deux petites filles mortes couchées sur la terre battue, enlacées (Alicia et Talia).

Qui sont-elles ?  Qui les a tuées ?  Pourquoi ?

Une femme se rappelle.  Il y a dix ans de cela.  Ce sont des cauchemars qui reviennent la hanter.  À la suivre dans ses pensées décousues et névrosées, nous nous sentons fragiles, nous marchons sur des sables mouvants.  Elle se souvient de papillons, des arbres, d’une fillette à la robe jaune comme le soleil est jaune, d’un orage, du vent, une bicyclette sous les pommiers, le chien tout blanc, la dame au chapeau de paille qui s’appelait Martha, Hank, l’homme et l’amant claudiquant.  L’amour incestueux entre Hank et sa sœur, l’amour incestueux de la mère etc….

Sommes-nous en pleine dérision ou est-ce bien arrivé ?

 

Pendant 75 pages, les mots défilent, s’étirent, des descriptions reprennent, encore et encore, ces mêmes images qui finissent par m’exaspérer.  C’est comme un sentiment d’impuissance.

À la page 72, la folie destructrice de cette femme surprend comme un coup de poing.  Elle est définitive :  « C’est alors, je crois, que la voix d’Élisabeth s’est élevée, plus forte parmi les autres, ayant perçu cet accès de cruauté comme une brèche, une autre des innombrables brèches dont mon esprit était fissuré et par lesquelles je m’étais laissé atteindre, plus blessée que les mouches moribondes rampant vers quelque recoin inaccessible à ma furie.  C’est alors qu’Élisabeth, sa voix brisée sous le plancher, s’est jointe au bourdonnement des mouches pour me donner la clé du message qui m’était destiné :  les pleureuses réclamaient l’enfant qu’on leur avait enlevé. »

 

Finalement, à la page 75 et 76, nous abordons les événements, le nom de la fillette infirme claudiquant aux yeux bleus couleur pervenche, vêtue d’une robe jaune, une petite fée coiffée d’un bonnet, un garçon et son chien etc…

 

Sa façon de raconter est extrêmement déconcertante.  On ne sait jamais si l’histoire est véridique ou si nous nageons dans le pur fantasme.  Une écriture poétique, redondante mais son style original et personnel est remarquable.  Je dois dire que la folie est présente comme une ombre, un spectre qui nous suit tout au long du récit.  Le roman en est imprégné.

 

Ce n’est pas une lecture de détente.  Je dirais que c’est une écriture hypnotique, un roman particulier qui ne laissera personne indifférent.

 

Bonne lecture !

 

Francine Charrette

Club-Culture