

Si le nom de Pierre Falardeau ne vous dit rien, posez-vous des questions! Ce cinéaste au cheminement bien particulier nous à déjà donné Elvis Gratton, Le Party, Le temps des bouffons, Octobre... De plus, il est bien connu sur la scène politique québécoise pour sa ferveur indépendantiste, son anti-impérialisme et son profond désir de corriger les erreurs de notre histoire en tant que minorité assujettie à l’envahisseur anglais depuis 1706. Pour compléter le portrait de l’homme, ajoutons qu’il mentionne souvent qu’au Québec il existe ‘’un peuple conquis et annexé à une puissance étrangère’’, et dans son scénario il poursuit dans la même veine en nous faisant découvrir la dernière nuit du chevalier De Lorimier ainsi que le contexte socio-politique de l’époque.
En effet, ce livre, comme l’auteur l’indique, n’est pas vraiment un livre, puisqu’il ne s’agit que d’un scénario de film, et que l’oeuvre complète, c’est justement la réalisation de ce long-métrage. Le problème c’est que Téléfilm-Canada ne veut pas cautionner le projet. On peut comprendre que les intérêts politiques de cet organisme fédéral n’aident vraiment pas la cause de Falardeau. D’ailleurs, il nous explique ce qu’il en pense dans la préface. C’est ainsi qu’il se défoule en laissant passer sa rage de vivre, celle de faire des films. Mais ce cinéaste en a vu d’autres, il a la ‘’couenne’’ dure et sa détermination est à toute épreuve. N’a-t-il pas harcelé les fonctionnaires de Téléfilm-Canada pendant plus de dix ans pour enfin réaliser Octobre (en version retravaillée...)! Donc, pour ne pas revivre la même expérience, il a publié le scénario original pour nous montrer que le matériel qu’il propose à nos sociétés d’état, est de grande qualité. Alors, messieurs les ‘’décideurs’’ vous ne pourrez plus argumenter que les scénarios de Falardeau ne sont pas à la hauteur, puisqu’avec le "15 février 1839", il nous propose assurément le projet le plus étoffé de sa carrière.
Il s’agit en effet d’un moment très important dans l’histoire du Québec. Cette dernière nuit, où De Lorimier à écrit son testament à tous les gens opprimés par l’armée anglaise, représente la fin des troubles de 1837-38. Les Patriotes, les Fils de la Liberté ainsi que toute la populace du Bas-Canada se retrouvèrent totalement démoralisés après les représailles anglaises (incendies, confiscation des terres, emprisonnement et même la pendaison de plusieurs dizaines d’hommes, dont De Lorimier).
Dans le scénario, Falardeau n’a pas besoin d’en ajouter, il laisse parler l’histoire c’est suffisant! Mais toutefois, il a choisi un des moments les plus intenses et les plus significatifs de l’histoire du Québec, un moment dramatique dont l’éloquence ne peut être remise en doute. Pourquoi ce film est-il important? Parce qu’il remet les montres à l’heure! Il rappelle à notre mémoire collective une vérité que les cours et manuels d’histoire considèrent comme une fâcheuse rébellion contre la couronne. Pourtant, celà démontre qu’il existe de graves problèmes au sein même de notre collectivité, et qu’ils ne datent pas d’hier. Le but de Falardeau c’est seulement d’aider les gens du Québec à redécouvrir leur histoire, à ‘’se souvenir’’, en attendant le film (que l’on prévoit pour 2007?), on peut toujours se contenter du scénario.
Serge Gouin
pour Club Culture
