La passion de Jeanne

Michelle Tisseyre
(Robert Laffont) (350p.)

Pour son premier roman, Michelle Tisseyre a voulu nous raconter une partie de la vie de sa grand-mère maternelle. L'écriture de l'auteur est remarquable et il est regrettable qu'elle en soit seulement à sa première publication. Les descriptions démontrent une attention particulière au détail et une sensibilité à l'entourage immédiat du personnage principal.

Jeanne, jeune femme, au début du siècle, vit dans la richesse et l'abondance. Sa mère veut offir à Dieu son unique fille qu'elle fait entrer chez les carmélites. L'insouciance et l'innocence de Jeanne font qu'elle ne réalise pas immédiatement l'ampleur de cet engagement qu'elle s'apprête à prendre. La maladie et sa tante Florence viendront lui sauver la vie. Florence devient alors un exemple de femme et lui donne l'affection que sa propre mère lui a toujours refusée. Son père étant politicien, Jeanne a la chance de fréquenter les grands personnages du pays de cette époque. Mais rien ne l'impressionne sinon le venue d'un jeune avocat, collaborateur de son père, Mick. Il la demande en mariage et sans le connaître davantage, elle accepte. Jeanne qui était à l'état pur et ignorant même les rapports matrimoniaux se retrouve devant un mari brusque et froid.

Même après la naissance de leur fille, ils ne connaîtreront jamais la paix conjuguale. Ainsi va la vie pour Jeanne, jusqu'au jour où elle fait la rencontre de Vladimir, un bel immigré russe. Promenade après promenade, Jeanne ne vit que pour ces moments intimes avec lui et en revient toujours aussi bouleversée. Malheureusement pour elle et pour nous, il disparaîtra soudainement de sa vie sans crier gare. Jeanne voit alors installer devant elle une vie sans issue...Les années passent ainsi...

Puis un jour, lors d'une réception, elle rencontre un jeune médecin du nom de Louis. Cet homme lui apporte l'amour, la chaleur et l'attention dont elle a toujours rêvé, mais n'a jamais obtenu de son mari de plus en plus ivre et violent. Elle ne peut plus vivre auprès de Mick qu'elle méprise. Mais en même temps, elle ne peut tolérer d'être séparée de sa fille. Il ne faut pas oublier que nous sommes en 1927 et que la religion dirigeait les consciences des foyers québécois. Il était clair que si une femme quittait son mari, elle lui laissait la garde et devait quitter le pays. Jeanne deviendrait ainsi la honte de la famille et de ses relations...

Jeanne qui n'a jamais pris de décision de sa vie...elle qui s'est toujours sacrifiée pour le bonheur des autres... Je vous laisse deviner sa décision...Dommage que nous ne puissions pas en discuter...

Le milieu dans lequel gravite Jeanne nous permet de découvrir Montréal de la haute société au début du siècle. En terminant, je suggère ce roman comme lecture d'été car il se lit facilement.

Josée Corriveau
pour Club-Culture